Raging Fury (Hell High)

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Et un de plus ! On n’en finit jamais vraiment, sur Toxic Crypt, de tomber sur de nouveaux one timer, ces jadis petits jeunes qui ont un jour décidé de miser leur avenir sur une petite Série B sans se douter que celle-ci tiendrait finalement moins du prometteur point de départ que de la sévère ligne d’arrivée. En 1989, ou plutôt en 86 puisque son film fut en réalité shooté bien avant sa sortie officielle, c’était à Douglas Grossman de tenter de décrocher les étoiles avec Hell High, menue bande nous renvoyant aux bancs d’école et parvenant, c’est un comble, à sonner à la fois comme trop scolaire… et pas assez.

 

 

Puisque la première impression, à défaut d’être toujours la bonne, est systématiquement capitale, le choix d’un titre pour une production cinématographique ne saurait être pris à la légère, le but étant bien évidemment que le public visé sache immédiatement dans quelle crémerie dépenser son capital. Et on le sent qu’il fut bien compliqué pour la seule et unique réalisation de Douglas Grossman de trouver sa juste appellation, et qu’il n’est finalement pas improbable que ce soit à ces complications au niveau de sa carte d’identité, et par extension aux questionnements des distributeurs à son sujet, qui claquemurèrent le long-métrage dans un tiroir trois années durant. D’abord censé s’appeler What Do You Want To Do Tonight?, signature dont le fumet fut sans doute jugé comme trop proche de celui des vieilles carpettes poussiéreuses des seventies tant ces sonorités évoquent les Whoever Slew Auntie Roo ? et autres What’s the matter with Helen ?, c’est le titre Raging Fury que les « pros » du marketing finirent par choisir. Avant de se rétracter (sauf chez nous, la VHS portant ce nom), peut-être cette fois pour éviter une clientèle persuadée qu’elle tient là un bon gros actioner armé comme s’il revenait de la der des der. Pas tout à fait le public que l’on veut aimanter ici, et puisque c’est les geeks avec une casquette Evil Dead 2 et un vieux t-shirt mité de Lifeforce que l’on aimerait voir passer à la caisse, il fut décidé d’opter pour le blase Hell High. Certainement judicieux sur le strict plan commercial, et on ne doute pas que le chaland ravi de ses expériences écolières avec Atomic College n’aura pas hésité longtemps à nourrir son Betacam avec la présente VHS. Mais il y a aussi fort à parier qu’à la sonnerie signant la fin des cours, ce même chaland s’empressera de ramener sa location avec la moue dépitée de celui qui vient de se faire avoir, promettant par tous les grands dieux qu’on ne l’y reprendra plus. Hell High ne triche pourtant pas tant que ça. Soucieux de respecter les usages de la Série B, il fait tout pour plaire à l’horror junkie, quitte à sembler presque trop calibré : la nudité est ici d’une gratuité telle qu’elle en pousserait au rire, alors que le gore se fait ferme et ne recule devant aucun coup de crayon dans la tempe ni embrochage au tisonnier. Mais Grossman manque de pugnacité et a de toute évidence l’esprit ailleurs, désireux qu’il est de rejoindre le banc des chroniques criminelles plutôt que le rondin des pelloches horrifiques toutes moites. La première appellation était donc la bonne, ou à tout le moins la plus fidèle au spectacle à venir. En se concentrant sur l’emprise progressive qu’a un adolescent déséquilibré sur un brave gars, lui proposant des activités nocturnes à la dangerosité graduelle, le film méritait en effet bien de s’appeler What Do You Want To Do Tonight?.

 

 

Cela commence néanmoins comme nombre de films du même rayon. Alors qu’elle va jouer à la poupée dans un cabanon perdu au milieu des marécages, une fillette est interrompue dans sa séance de dînette par un couple de motards, le conducteur amenant sa petite copine pour la peloter en ces lieux reculés. La gamine ayant eu le temps d’aller se cacher, elle en profite pour prendre un cours accéléré d’anatomie en passant un œil à travers les planches noircies par le temps, découvrant les teens en pleine dispute. Si la miss était d’accord pour se faire traîner dans le bayou, elle n’avait pas saisi que c’était pour s’y adonner à d’interdites galipettes. Furieux, son petit copain déverse sa rage sur les poupées laissées en plan par la gamine, en décapitant une ou deux avant de reprendre possession de sa bécane, sa copine accrochée à lui. Mécontente que l’on s’en prenne à ses copines de plastique, la gosse agrippe un petit seau de plage et le remplit de vase, qu’elle jette au visage du motard lorsque celui-ci repasse devant elle. Aveuglé et perdant le contrôle de son bolide, lui et sa trop prude compagne font un vol plané et s’empalent sur une grille de fer abandonnée dans les hautes herbes. Dix huit années passent et la petite est désormais Mademoiselle Storm (Maureen Mooney, qui incarne donc une jeune demoiselle d’environ 25 ans alors qu’elle flirte déjà avec la quarantaine), timide professeur de biologie ayant bien du mal à maintenir un semblant d’ordre dans sa classe. La majorette y roule de gros palots à son footballeur de boyfriend, le gros blagueur ricane à la moindre de ses propres vannes, la punkette chique son chewing-gum qu’elle va probablement coller sous le bureau, et Dickens (Christopher Stryker, décédé en 87 à l’âge de 27 ans), la forte tête du cours, se permet de lui jeter à la face les copies de l’interrogation qu’il devait ramasser. Jugeant qu’elle a déjà assez subi l’insolence du jeune homme, Storm le gifle sans se douter que Dickens y trouvera matière à forger une rancœur tenace. Une fois la récréation arrivée, et alors qu’il rumine en compagnie de son grassouillet ami Smiler (prononcé « Smilaaaa » par la quasi-totalité des comédiens) et de la rockeuse du dimanche Queenie (Millie Prezioso, embauchée parce qu’elle acceptait de faire du nu et qui, une fois sur le plateau, désirait garder sa laine ; le cauchemar de tout réalisateur de Série B souhaitée brûlante), Dickens découvre que Jon-Jon (Christopher Cousins, le seul à avoir eu une véritable carrière, par exemple passé dans Breaking Bad), bellâtre du lycée auquel les cheerleaders les plus sexy donnent d’ordinaire le bras, vient de perdre sa carte d’admission au club des élèves populaires. Frappé par une crise existentielle, Jon-Jon vient effectivement de quitter l’équipe de football américain, devenant aux yeux de ses anciens camarades et du coach le « froussard » et le « lâche ». Une recrue de choix pour Dickens, du genre à juger que plus on est de fous, plus on rit. Il a justement une horrible folie en tête.

 

 

Jon-Jon ayant accepté, sans grande réflexion, de rejoindre une bande dont la mauvaise réputation n’est pourtant plus à faire, Dickens teste son courage en l’amenant jusqu’au domicile de leur prof de sciences, justement occupée à prendre une douche et à se savonner. Le sens du timing. Et pas le dernier téton que l’on verra dans Hell High, puisque sans raison apparente, Jon-Jon rend visite à Queenie, en train de parfaire son rôle de copie leader price de Cindy Lauper en faisant de la gymnastique vaguement rock dans sa chambre. Elle lui montre sans crier gare sa poitrine – qui n’est donc pas celle de Presiozo, vous le savez désormais – et ils s’en vont rejoindre Dickens et Smiler dans les marécages, leur chef ayant visiblement un tour pendable en tête. Un peu cons nos jeunots, puisqu’une fois dans la grenouillère on les retrouve à mettre, à mains nues, de la gadoue dans des sacs poubelles, là où il leur aurait été si simple d’emporter une pelle. Que voulez-vous, on est, pour rappel, encastrés devant une Série B cheesy des années 80, et on sait par avance qu’il est inutile d’y chercher plus d’un neurone. Une fois leur bouillasse dans les sacs, la troupe retourne bien sûr au domicile de la pauvre Storm pour y faire un simili remake d’Orange Mécanique. Masqués, ils font un boucan du tonnerre en sautant sur le toit de la bicoque de la femme affolée, puis lui jettent au visage la bourbe récupérée un peu plus tôt dans les marais. Déjà passablement choquée par l’agression, et revivant qui plus est l’accident qu’elle causa dans son enfance, la victime doit en prime encore soutenir les caresses intimes de Dickens et Queenie. Profitant d’une bagarre éclatant entre Jon-Jon et les autres, elle se précipite vers la fenêtre et fait un plongeon qui lui aurait valu, en d’autres circonstances, d’être médaillée d’or, et s’écrase sur son gazon, inanimée. Panique à bord, ni Dickens ni ses suiveurs n’avaient songé à pareille issue, et il est décidé d’envoyer Jon-Jon récupérer la veste de l’un de ses anciens potes sportifs pour lui mettre le crime sur le dos. Sauf qu’il reste un souffle de vie à Storm – et à peine quinze minutes au film – et qu’elle compte bien l’utiliser pour punir ses mauvais élèves.

 

 

Comme dit en intro, Hell High a pour problème d’être à la fois trop studieux et pas assez. Ainsi, lorsqu’il s’agit de suivre à la lettre le manuel de la Série B tel qu’il fut écrit par Roger Corman quelques décennies auparavant, Douglas Grossman s’applique comme pas deux et rend un devoir au propre, avec la marge en rouge et la date dans le coin supérieur droit. De même, on sent que le bonhomme n’a raté aucun cours technique, son seul effort affichant une carrure enviable pour un petit produit comme le sien. C’est bien filmé, la mise en scène profite de quelques bonnes idées (Smiler titubant dans les escaliers tandis que la caméra vacille avec lui, par exemple), c’est toujours très correctement éclairé et, bien qu’ils affichent une certaine ringardise et sont déjà loin des dix huit ans qu’on leur prête, les comédiens ne sont même pas mauvais. Le comble du luxe dans le genre. Mais d’un autre côté, Grossman n’a pas suffisamment bûché son scénario, qu’il semble vouloir au-dessus du lot mais sans être prêt à fournir le petit effort nécessaire pour l’aider à s’élever. Au film d’horreur, Douglas préfère le crime drama à la Kubrick, cela suinte par tous les pores de Hell High, et on la devine immédiatement, son envie de se pencher sur une jeunesse en perte de repères. Jon-Jon est le prototype du gosse écrasé par les attentes démesurées que l’on porte en lui, et envoyant tout valdinguer sur un coup de tête pour se rendre compte que les amitiés fondées par sa popularité ne tiennent plus une fois la banalité retrouvée. Et Dickens, au même titre que Queenie et Smiler, ne sont jamais de cruels loubards à la Class 1984, le trio tenant plus des petits jeunes incertains quant à leur avenir, devenus nihilistes avec le temps et rejetant progressivement un monde qui ne veut de toute façon pas d’eux. De nobles intentions, mais encore faut-il travailler les personnages, leur modeler des caractères uniques et les rendre vivant. Ce dont Grossman est incapable.

 

 

Trop obnubilé par une feuille de route lui imposant des arrêts aux stations « slasher » et « rape and revenge », il tort ses protagonistes pour que ceux-ci se plient aux besoins de l’histoire, quitte à les pousser à de multiples contradictions en une minute à peine. Jon-Jon se montre réticent à l’idée d’aller agresser Storm, avec laquelle il n’a jamais eu de mot sévère ? Il sera néanmoins le plus virulent lorsqu’il faudra sauter à pieds joints sur le toit de sa demeure pour l’en faire sortir. Queenie, lassée des jeux dangereux de Dickens, montre à plusieurs reprises son envie de le laisser en plan avec ses idées loufoques. Elle n’en manquera pas pour autant l’occasion, alors que rien ne lui est demandé !, de montrer à celui qu’elle déteste de plus en plus comment il doit prendre, sexuellement s’entend, une Storm dans un état catatonique. Et une poignée de scènes plus tard, la voilà à se réjouir de retrouver sa prof en vie, alors qu’elle ne montrait aucune pitié à son égard auparavant. Enfin, la palme revient à Smiler, inquiet d’avoir laissé ses empreintes partout dans la maison, et repassant sur ses pas un chiffon à la main… avant de chipoter à de nouveaux objets pour tromper son ennui! D’autant plus impardonnable qu’on y croyait au départ, séduits que nous étions par la bonne tenue formelle et la caractérisation efficace des protagonistes, dont les rôles étaient alors clairement établis. Malheureusement, Hell High finit bien vite par prouver qu’il est à l’image de ses jeunes délinquants : complètement paumé et inepte. Dommage, car ça a failli être bien.

Rigs Mordo

 

 

 

 

  • Réalisation : Douglas Grossman
  • Scénario : Douglas Grossman, Leo Evans
  • Production : Douglas Grossman, David Steinman
  • Pays : USA
  • Acteurs : Christopher Stryker, Christopher Cousins, Maureen Mooney, Millie Prezioso
  • Année : 1986 (sortie : 1989)

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