The Crazies

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C’est sûr, revoir La Nuit des Fous Vivants (1973) et son remake The Crazies (2010) en pleine pandémie, alors que les mots « confinement » et « couvre-feu » se disputent des écrans aux statistiques toujours plus funèbres, donne un nouveau tour au film de George Romero et sa réplique moderne par Breck Eisner. C’est sur cette dernière que l’on s’attarde en cette saison fraîche, masque au nez et gel hydroalcoolique à portée de main.

 

 

Question rebootage, séquelles tardives et foire au remake, Romero goûta autant aux révisions travaillées et donc méritantes de ses œuvres (La Nuit des Morts-Vivants de Savini et L’Armée des Morts de Zack Snyder) qu’aux foirages purs et durs qu’il est de bon ton d’éviter (ces DTV faisandés que sont Creepshow 3 et Le Jour des Morts-Vivants 2 : Contagium). Dans cette grosse marmelade sanguine, où se situe donc le The Crazies nouveau ? fomenté à l’orée des années 2010 par un Breck Eisner ayant depuis toutes les peines du monde à inscrire son nom au panthéon, c’est finalement le fait que l’on parle assez peu de cette nouvelle poussée de folie qui nous donne une indication quant à son réel statut. Comprendre que la relecture est tout sauf offensante pour le réalisateur de Zombie mais qu’elle peine aussi à estamper les mémoires, la faute à un calibrage trop précis et étudié pour faire un malheur auprès d’une audience venue communier avec son pop-corn et son Cornetto à la fraise. La victoire du spectacle sur le pensum, et celle de la forme sur le fond. Il n’y a d’ailleurs aucun mal à cela, mais les amoureux de l’original regretteront longtemps ce petit coup de vernis passé sur l’écorce rugueuse de La Nuit des Fous Vivants. Difficile d’ailleurs de cacher que Breck Eisner ne retrouve jamais le caractère acide de son modèle, gigantesque crachat envoyé à la gueule de l’armée et de gouverneurs coupables d’avoir laissé se répandre un virus rendant meurtrier le quidam, qu’il s’en vont donc confiner puis cramer au lance-flammes pour réparer leur erreur. Et si possible l’enterrer bien profond. Chez Romero, la note était salée et la critique satirique, avec pour toute possibilité de sauvetage un scientifique enseveli sous les différentes procédures militaires (on se souvient de toutes les peines qu’avait le savant à faire part de ses avancées à cause d’un système de reconnaissance vocal défaillant) et des hommes en combinaison blanche, tantôt de terribles assassins, tantôt de simples bonshommes ne sachant trop ce qu’ils foutent là ni comment passer le temps. Chez Eisner, on préfère le mouvement à la réflexion, et c’est en toute logique que l’on éteint doucement les braises de la rébellion que travaillait Romero, même si le propos entre les deux versions reste le même : nos dirigeants, c’est rien que des enflures et des menteurs.

 

 

Si le message ne diffère que fort peu d’une variante à l’autre, Eisner se décide néanmoins à avoir les idées moins larges et zoome sur la petite équipe menée par le shérif David (Timothy Olyphant, bien loin de ses rôles de teenager salaud dans Scream 2 et Go), sa femme enceinte Judy (Rhada Mitchell de Silent Hill, le saurien Solitaire), l’adjoint du shérif Russell (Joe Anderson, Les Ruines et Le Territoire des Loups) et une ado un peu paumée qu’ils décident de protéger (Danielle Panabaker, le Vendredi 13 selon Marcus Nispel). Oubliez donc l’aspect documentaire du film initial, et effacez de vos mémoires ces va-et-vient que se permettait Romero entre toutes les classes concernées par son drame humanitaire (les civils, la soldatesque, leurs commandants et des médecins écoutés d’une oreille) : la multiplication des points de vue à laquelle pouvait s’adonner une petite production indépendante ne pourrait trouver place dans un produit Hollywoodien pensé pour être acheté dans les hypermarchés, et par extension voulu comme pas trop compliqué. Si l’on osait, on dirait que La Nuit des Fous Vivant était un bon colloc entre virologues, voire un débat pas toujours très animé (le film souffrait de quelques longueurs) mais systématiquement intéressant entre les divers parties, alors que sa descendance The Crazies est la version Hanouna. Simplifiée à l’extrême, coupant la parole à ces gros cerveaux employant des termes trop compliqués à saisir pour le bovin flanqué devant sa telloche, et misant sur le tempo plutôt que sur les neurones. Un choix tactique plutôt payant, tant ce petit survival bien racé ne nous laisse jamais le temps de faire un pique-nique sur le bas côté pour réfléchir à ses maigres sous-textes. Là où Romero nous perdait parfois, oubliant de nous tenir la main alors qu’il s’apprêtait à traverser une foule plutôt dense, Eisner nous menotte à son poignet avant de piquer son sprint.

 

 

Un divertissement et rien d’autre, voilà ce que nous promet le gars derrière The Last Witchunter avec Vin Diesel, et le bougre tient joliment son rôle. Oui, on peut regretter les bordures grindhouse du premier volet, avec ses crépitement de pelloche et le charme de son indépendance. Mais on peut aussi, pour d’autres raisons, apprécier le confort d’une production cossue, superbement éclairée et aux plans toujours judicieusement mesurés par son maître à penser. Oui, Eisner en fait un peu trop parfois, comme avec ce climax explosif aux effets déjà vieillissants, mais difficile de lui reprocher d’embrasser une ampleur que Romero ne pouvait s’offrir. Et l’un dans l’autre, The Crazies attire la sympathie de par la sincérité de sa modestie : alors qu’il aurait facilement pu prendre ses grands airs et disserter à loisir sur la politique, on sent l’envie du Breck de juste torcher de bonnes séquences horrifiques, peut-être pas très novatrices mais usant de décors peu utilisés (le car-wash, la scène dans le garage). Mieux : on perçoit clairement son envie, plus ou moins ravalée, de verser dans le splatter qui tâche, et qu’il ne faudrait pas trop le pousser pour qu’il transforme Timothy Olyphant en un Bruce Campbell constamment malmené par des dingos sanguinaires. Voir la scène de la scie circulaire à la morgue, rebondissant toute seule au sol en se dirigeant vers l’entre-jambe de l’acteur. La série Ash vs Evil Dead n’est pas loin en ces instants. De quoi faciliter la bonne impression que l’on a de The Crazies, petite récré du week-end, tout sauf amené à faire date (ce qu’il ne fit d’ailleurs pas) et vous hantant moins que l’original avec sa Lynn Lowry vaporeuse (et qui vient faire de la bicyclette le temps d’un plan dans ce rajeunissement), mais faisant plus que son office. Un film d’horreur compétent, et c’est déjà bien.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Breck Eisner
  • Scénario : Scott Kosar, Ray Wright
  • Production : Michael Aguilar, Rob Cowan, Dean Georgaris
  • Pays : USA
  • Acteurs : Timothy Olyphant, Radha Mitchell, Joe Anderson, Danielle Panabaker
  • Année : 2010

 

2 comments to The Crazies

  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:

    Entièrement d’accord, c’est une version clairement hollywoodienne de l’original qui ne retrouve jamais rien de l’ambiance et de la virulence de Romero, mais dans ce cas là on pourrait en dire autant du remake de Snyder. Faut quand même lui reconnaitre d’avoir de sacrées idées visuelles (l’avion crashé sous l’eau en vue aérienne quoi) et des séquences pas éloignées du remake de Hills Have Eyes (le fou à la fourche dans l’hosto). Et le casting est tout à fait honorable.

    Dommage que ça se casse la gueule sur la fin, pour le coup vraiment typée « film 2010 » avec un tas de clichés et raccourcis (l’adjoint qui devient fou sans trop de raison là où c’était bien amené dans l’original, l’ado qui se fait tuer juste because) et l’idée que les derniers contaminés ressemblent aux mutants de L’Avion de l’Apocalypse plutôt qu’à des gens normaux. Mais bon, c’est pas désagréable et bien rythmée, et vu les milliers de films de zombies fatigué de l’époque, c’est déjà pas mal.

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