Screamtime

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Derrière son titre particulièrement bateau, l’anglais Screamtime (1983) cachait le retour de Michael Armstrong aux affaires sérieuses, quelques treize années après le méritoire La Marque du Diable. Cette invitation aux hurlements est aussi, accessoirement, le dernier wagon accroché à la locomotive du film à sketchs made in Britain. Ou plutôt l’une des voitures situées juste derrière un certain Creepshow (1982), succès commercial qui donna, on le devine, des idées au père Armstrong.

 

 

Après tout, quitte à ce que la réussite du film porte-manteau de Romero profite à des confrères cinéastes, autant que ceux-ci proviennent soient au service de sa Majesté, le pays sur lequel le soleil ne se couche jamais s’étant penché sur le cas des EC Comics bien avant le coup d’envoi Creepshow. Pensant sans doute que les anthologies, les Anglais les ont dans le sang, Armstrong et son comparse Stanley Long (Les Aventures érotiques d’un chauffeur de taxi) saisissent la balle au vol et la font rebondir à domicile via un Screamtime que l’on devine imaginé et tourné à la hâte. Egalement scénariste de cette compile d’historiettes, Armstrong ne s’est de toute évidence pas creusé la tête à la pioche lorsque vint le moment d’imaginer l’histoire liant toutes les autres. Souvent la partie la plus casse-gueule du genre, ces passages piétons reliant un trottoir à l’autre ont de toute évidence été tracés dare-dare, puisqu’ils se résument au vol à la tire de quelques VHS par deux zonards, qui s’empressent d’aller engouffrer leur butin dans le magnétoscope d’une amie. Facile comme la table de dix. L’intérêt étant ailleurs, et donc dans les différents chapitres macabres promis, on ne va pas s’en formaliser. Tout comme on ne se révoltera pas trop durement face à la relative insignifiance du premier conte, qui, tourné une quinze d’années plus tôt, aurait sans doute profité de la présence de Peter Cushing. Mais les temps ayant changé, c’est à Robin Bailey (Terreur Aveugle) que revient la chemise de Jack, vieil artiste de rue récoltant son petit sou en s’agitant dans son modeste théâtre de rue, dans lequel un bouffon rigolard frappe comme de coutume les autres marionnettes avec un bâton, quand il ne se fait pas mâchouiller par une main gantée façon dragon. Pas de quoi vivre la grande vie et fréquenter les soirées mondaines, mais que sont donc les discussions autour de bulles d’or face aux regards éblouis des petits Londoniens ? Si cela semble l’évidence même pour Jack, sa femme Lena (Ann Lynn, Les Dix Derniers Jours d’Hitler) aspire a plus de confort, qu’elle se persuade de trouver au Canada, là où elle pourra trouver un travail agréable et où pourra commencer un nouveau départ pour leur fils Damien, bon à rien avec lequel Jack n’est jamais parvenu à tisser le moindre lien. En guise de représailles pour ce manque d’attention, le fiston met le feu aux marionnettes de son vieux père, ce qui n’est pas pour déplaire à Lena, qui milite depuis plusieurs années pour que son mari se débarrasse de ses petits copains de bois.

 

 

Evidemment, trop is te veel comme on dit au plat pays, et une main assassine finit par frapper d’une poutre en bois les fronts surpris de Damien et Lena. La faute à un Jack ayant sombré dans la folie ou les assauts de jouets moins inanimés qu’ils le laissent paraître ? Dans les deux cas, Screamtime ne se montrerait de toute façon pas original, et ça ne loupe d’ailleurs pas. Comme on sait qu’il est bien rare qu’une anthologie dégaine ses cartouches les plus mortelles d’entrée de jeu, on ne s’inquiète pas trop, même si Armstrong (on estimera que Long serre plutôt des cordons rattachant les différentes histoires) se fend d’une réalisation plutôt quelconque assez peu rassurante. Certes, les meurtres s’abandonnent à une frénésie bienvenue, mais celle-ci, faite de plans brefs, tente surtout de masquer le manque de hargne des coups portés. Rien de honteux jusque-là, mais certainement pas de quoi crier « hourra ! ». Le niveau s’élève heureusement au changement de cassette, un rajeunissement s’opérant puisque nous suivons désormais un couple fraîchement marié et prenant possession de l’imposante demeure qu’ils viennent d’acquérir. Un vrai nid d’amour ? Pensez-vous… Non seulement rien ne fonctionne sur place, l’électricité faisant des siennes tandis que la plomberie crache une eau cramoisie par la rouille, mais en plus la nouvelle maîtresses des lieux voit des fantômes dans tous les coins. Un carnage se serait-il déroulé sur place par le passé ? En tout cas, Armstrong n’est pas sans ignorer les bons résultats de Poltergeist et Amityville, dont il s’accapare les grandes lignes, allant jusqu’à faire venir une médium vaguement rigolote sur place. La bonne idée tient à la résolution, surprenante et surtout plus maligne que la moyenne. On ne vendra pas la mèche car elle mérite la découverte, mais on tient là l’une des conclusions les plus satisfaisantes du genre.

 

 

Après cette petite balade atmosphérique dans des couloirs hantés, Armstrong et Long optent pour la simplicité d’un petit conte « coup de poing », à la trame scénaristique anorexique mais se voulant plus efficace que les deux premières fables, histoire de finir en beauté. Pari plutôt réussi. Cette fois, on s’intéresse aux problèmes financiers d’un blondinet amateur de motocross et manquant de fonte pour se payer une bécane neuve. Pour remplir les caisses et pouvoir casser les oreilles du voisinage, le jeunot accepte un job présenté comme bien payé d’homme à tout faire dans la maisonnée habitée par deux vieilles femmes. Bizarres les vioques en passant, puisque selon elles leur ancêtre était une bourgeoise nymphomane ayant pactisé avec des fées (!) pour que celles-ci cachent à son légitime qu’elle fricotait avec un nombre indécent d’amants. Dotée d’un sens de l’humour bien à elles, et présentées comme des sadiques se repaissant de la douleur humaine, les fées auraient enterré les toy boys de la noble sous terre pour en faire des esclaves zombies. Si notre pilote n’écoute tout cela que d’une oreille, il ne manque par contre pas de remarquer la grosse liasse de billets contenue dans une vieille manne, et décide de revenir sur place la nuit tombée, avec son frère et un ami garagiste. Inutile de le dire, nos voleurs rencontreront les fameuses fées, qui réveilleront les morts-vivants logés sous la terre du jardin, animeront des nains de jardins (joués par des acteurs de petite taille) et useront de la télékinésie pour crucifier un cambrioleur au mur. Assez cheap – on esquisse forcément un petit sourire gêné en voyant un comédien atteint de nanisme déguisé en David le gnome et sautant sur le dos de l’un des jeunes – mais agréable car parfaitement dégraissé et filant droit au but. Et une terminaison tout ce qu’il y a de plus acceptable pour un Screamtime très marqué par la Amicus, dont elle ne retrouve jamais les charmes mais à laquelle elle fait plutôt honneur, en dépit d’une carrure de fragile.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Michael Armstrong, Stanley A. Long
  • Scénario : Michael Armstrong
  • Production : Peter Long, Stanley A. Long
  • Pays : Grande-Bretagne
  • Acteurs : Robin Bailey, Ann Lynn, Ian Saynor, Yvonne Nicholson, Dora Bryan, Jean Anderson
  • Année : 1983

2 comments to Screamtime

  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:

    Bien résumé oui, c’est cheap à mort, pas très créatif et clairement conçu en quatrième vitesse, mais je lui trouve du charme quand même. Peut-être le côté anglais. Et si le fil rouge est quasi inexistant, l’idée du mec qui reste devant son film pendant que ses potes partent baiser dans la pièce d’à côté m’a toujours fait rire. Aussi les nains de jardin sont super 😀

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