Pocahauntus

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Cela ne vous aura pas échappé mais depuis quelques années, le tout-puissant Disney est occupé à mettre sur le marché des versions « live » (les guillemets sont nécessaires pour des machins constitués en large partie d’effets en CGI) de ses dessins-animés les plus célèbres. Mais bien avant que les lions orphelins et les éléphants volants réinvestissent les écrans plats avec de nouvelles couleurs, la plutôt méconnue et pour ainsi dire évaporée du Net (ses sites et chaînes Youtube sont désormais effacées) Veronica Craven dépensait quelques 10 000 dollars (soit en-dessous de que dalle) pour le bien de Pocahauntus (2006), zéderie résolue à faire de la belle indienne de légende une véritable boogeywoman.

 

 

Veronica Craven est visiblement du genre à assurer ses arrières. Ainsi, alors que débute son Pocahauntus, un panneau introductif assure que le film à venir ne suit jamais trop studieusement la véritable histoire de cette native américaine enlevée par les colons anglais, comme si la réalisatrice nous disait de ne pas trop cogiter quant au spectacle à venir. Peu de chances que l’on y place plus de deux neurones de toute façon, l’interminable présentation des différents protagonistes (je n’ai pas chronométré, mais elle doit bien durer vingt minutes) nous mettant immédiatement dans le bain : cette version no budget du mythe de la peau rouge tombant éperdument amoureuse d’un beau blond du vieux continent cherche moins son inspiration dans la documentation apache que dans la télé-réalité où s’agglutinent de jeunes bimbos au stade terminal de la connerie. Il y a donc du lourd au casting avec cette doctoresse nymphomane faisant de lourdes avances à tout mâle passant devant son petit nez aquilin, ce surfeur voyeur et adepte de la fumette, cette pornstar n’écartant pas seulement les cuisses sur des plateaux roses à l’odeur de foutre, ce chef d’entreprise faisant des cunnilingus à sa secrétaire à même le bureau, cette bourgeoise alcoolique vomissant devant ses invités et enfin cette lesbienne écolo, activiste aimant autant s’attacher aux arbres pour protester contre la déforestation qu’aux sommiers pour se laisser dominer par ses amantes. Pas la peine de vous faire un dessin, tout ce beau monde a la matière grise localisée dans le string léopard. Accessoirement, ils descendent tous des vils Anglais coupables d’avoir, dans le désordre, marié de force Pocahontas, violé toutes les femmes de son clan et annihilé ce qu’il en restait. Comme de juste, ces excités de la foufoune ne se posent aucune question lorsqu’ils découvrent qu’ils partagent les mêmes ancêtres belliqueux et ont tous été invités dans ce Camp Crystal Lake du pauvre (ils semblent littéralement camper dans un jardin) par on ne sait trop qui. Le spectateur le sait, lui : Pocahauntus, version revancharde de la belle Amérindienne, est derrière tout ça et va bien sûr profiter d’une vengeance sanglante et les envoyer sioux pieds sous terre (rires gras).

 

 

 

Le problème avec Veronica Craven, outre des talents que l’on considérera comme ténus (le film n’est pas plus mal shooté que le tout-venant de la Série Z amateure, mais il n’est techniquement pas meilleur non plus) c’est qu’elle semble équitablement influencée par Massacre au Camp d’été et American Pie, alors qu’on aurait aimé qu’elle penche plutôt du côté de la tuerie jadis orchestrée par Felissa Rose, à laquelle on songe lors des apparitions de Pocahauntus. Et plutôt que de mêler les saveurs en faisant des vas-et-viens entre la comédie adulescente et le carnage old-school, elle scinde nettement les deux parties et les prive de synthèse, près de 45 minutes étant consacrées à de trop chastes gambades (pas un boobs à l’écran, ce qui n’arrange rien et étonne compte tenu du caractère génital des débats) et à l’humour navrant tiré de personnages antipathiques. La lutte contre l’ennui et le sommeil, en équipe contre le pauvre mangeur de B-Movies fauché, sera longue et difficile, je ne vous le cache pas. Et pas la peine non plus de vous faire croire que le lancé de tomahawk final rattrape véritablement l’apathie des débuts. Car tout rehaussé de quelques effets gore cheap mais néanmoins généreux (front fendu, empalement à la mode Cannibal Holocaust, entrailles arrachées à la mimine, décapitation, énucléation…) soit-il, Pocahauntus ne parvient jamais à faire oublier la nullité de sa première partie. Ne pouvant compter ni sur la nudité pour détourner l’attention de l’indolence de l’ensemble, et même pas assez foireux pour devenir la source d’une bonne rigolade entre copains du samedi (c’est naze au dernier degré et mal interprété, mais vu que c’est conscient de ses carences et que ça finit même par en jouer, ben ça perd ses points de charme), ce slasher à la lame émoussée se brise dès le premier lardage. Et le pauvre hère coincé devant cette aberration de se sentir comme certaines des victimes de Pocahauntus, qui quand elle ne trucide pas le vacancier avec son casse-tête aspire carrément son âme comme si elle soutirait une taffe à une e-cig : vidé de toute volonté.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Veronica Craven
  • Scénario : Veronica Craven, Barry Ratcliffe
  • Production : Veronica Craven
  • Pays : USA
  • Acteurs : Stephanie Basco, Barry Ratcliffe, Eliza Swenson, Lisa Allen
  • Année : 2006

2 comments to Pocahauntus

  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:

    Un peu le problème de beaucoup de shot on video Z si tu veux mon avis, ce gros soucis de rythme qui vient tout niquer. Il m’a fallu des années pour l’accepter et ça passe désormais mieux, ce qui permet de relever un peu les qualités de certains comme celui-ci, ou au moins tu as ces derniers moments de bravoures là où d’autres n’ont rien du tout (l’empalement est quand même cool).

    Pas surpris par contre de sa disparition du Net, ce genre de truc est ultra fréquent dans ce type de milieu. Dommage quand même, déjà qu’il y a virtuellement 0 infos sur le sujet, c’est pénible pour aller à la pêche aux infos.

    https://imgur.com/Z5eBZpD

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