Ma

Category: Films Comments: 4 comments

Elle est gentille, Sue Ann, affectueusement surnommée Ma (Octavia Spencer, La Forme de l’Eau) et si tendue à l’idée que les petits jeunes du coin se mangent un arbre à la sortie de leurs beuveries qu’elle les invite à venir festoyer dans sa cave. Attention cependant à ne pas lui manquer de respect, car le courroux de la big mamma sait se montrer à la hauteur de sa bonté de façade. N’attendez cependant pas trop de ses sautes d’humeur : c’est du Blumhouse, donc du tiédasse.

 

 

En offrant la chaise de réalisateur au jusque-là comique Jordan Peele pour Get Out, le producteur Jason Blum dût se sentir à la base du hold-up du siècle. Pourquoi dès lors ne pas renouveler l’expérience et refiler à nouveau le guidon du corbillard au marchand de glace ? Après l’humoriste Peele qui endosse le costume du nouveau leader de la blaxploitation moderne et horrifique, c’est au multiple Tate Taylor (de la comédie avec Pretty Ugly People, du drame avec La Couleur des Sentiments, du mystère avec The Girl on the Train et de l’action avec Ava) de voir s’il sait jongler avec les hachoirs sans se couper une phalange via Ma (2019), teen movie à 50 % thriller et 50 % horreur. Pour un résultat 100 % pas terrible, faut-il ajouter. Les prémices valent pourtant le coup d’oeil : une poignée d’adolescents, pressés d’en être au week-end pour se prendre la biture du siècle, demande innocemment à la quarantenaire Sue Ann si elle accepterait d’aller leur acheter leur alcool à l’épicerie du coin, les breuvages les plus forts étant bien évidemment interdits aux lycéens. Non seulement elle accepte, mais en plus elle finit par leur proposer de faire la teuf dans l’intimité de sa maisonnée, perdue au milieu des bois. Comment refuser ? Et comment résister à la bonhomie de celle qu’ils baptisent Ma, bientôt organisatrice de bacchanales où la jeunesse peut se rapprocher et picoler à l’envi sans avoir à subir le sévère regard parental. Inespéré pour Sue Ann, assistante vétérinaire esseulée, et par le passé une ado raillée par les étudiants les plus populaires. Une séance de rattrapage, en somme, mais qui finit par lui échapper : la trouvant de plus en plus bizarre et malaisante, les teens prennent leurs distances et esquivent les javas de la quadra. Vexée, celle-ci montre son visage, celui d’une petite fille jamais sortie de ses 16 ans et pas décidée à perdre ses nouveaux petits copains.

 

 

Si Ma, le film, s’en était tenu à ce modeste mais prometteur point de départ, tout se serait bien passé. Car l’un dans l’autre, et même si Misery, May ou Harry un ami qui vous veut du bien existent déjà et devraient satisfaire les spectateurs en quête de premier rôles psychopathes, veloutés à l’extérieur mais rocailleux à l’intérieur, ne me vient aucune raison de cracher sur un nouveau membre de la famille des « sourire devant, coup de masse sur la rotule derrière ». Et heureux j’aurais été de voir un petit film de frousse psychologique, où comme Angela Bettis la crédible Octavia Spencer ruinait progressivement l’ambiance de par le décalage progressif entre cette bonne femme et les benjamins dont elle s’entiche, avec en guise de cerise une réaction brutale et sanglante aux contrariétés vécues par la fameuse Ma. Mais comme s’il se refusait à la simple efficacité, et dans un sursaut de fierté mal placée, le scénariste Scotty Landes décide de jouer au plus malin en versant dans un fatigant « tout-est-lié » venu nous apprendre que les ados sont en vérité les rejetons de ceux qui moquèrent Ma vingt années auparavant, que celle-ci l’a su dès le début du film et que, dès lors, tout n’était que le plan machiavélique d’une rancunière bien évidemment bourrée à craquer de secrets. Comprendre que comme dans 99 % des films d’horreur sortis depuis 15 ans, les héros seront interdits de se rendre dans certaines pièces de la maison de Ma, qui y planque ses arrière-pensées, mais aussi une fille plus ou moins cachée qu’elle prive de monde extérieur. Du déjà-vu et rien d’autre, ce qui ne serait pas gravissime si au moins Tate Taylor maîtrisait le suspense ou avait à coeur de nous en donner pour notre billet et ne pas se retenir question violence.

 

 

Raté dans les deux cas ! Trop fidèle à la déjà fatiguée méthode Blum, Ma est prévisible au-delà du raisonnable et quasiment exsangue, Taylor n’assumant qu’à moitié son rôle de grossiste en frayeurs. Oui, notre vengeresse agrippe le sexe de celui qui ruina sa jeunesse, le couteau à viande à la main… mais c’est pour se contenter de lui injecter du sang de labrador et lui taillader les veines. Autant nous promettre un tour de grand-huit pour nous envoyer sur le cheval de manège. Rebelote lors du dernier acte, alors que Ma est parvenue à droguer tous les jeunes et s’apprête à les punir d’avoir été plus heureux qu’elle. Direction le torture-porn ? Si peu : une bouche sera cousue, des plaquettes de chocolat de beau gosse seront ruinées au fer à repasser et quelques coups de poignards tomberont, mais personne n’en mourra. Dommage, certains le méritaient bien. C’est qu’il ne faudrait pas s’aliéner les kids venus voir leurs pairs causer Instagram et loler comme des cons, Ma, alors qu’il aurait pu être le sombre portrait d’une femme mal dans sa peau, se rappelle qu’il n’est qu’un banal et inoffensif produit commercial et ne tente donc jamais rien. D’autant plus regrettable que Taylor bénéficie d’un casting sympa (Luke Evans est dans la place, et Juliette Lewis en est désormais à jouer les prudes mères de famille) et que la photographie, hivernale et maussade, promettait autre-chose. Reste aussi Octavia Spencer, impeccable mais dont la force reste insuffisante pour nous faire oublier que nous sommes englués devant un téléfilm de luxe.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Tate Taylor
  • Scénario : Scotty Landes
  • Production : Jason Blum
  • Pays : USA
  • Acteurs : Octavia Spencer, Diana Silvers, McKaley Miller, Juliette Lewis
  • Année : 2019

 

4 comments to Ma

  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:

    Merci de me donner ce genre de munitions pour continuer à dire que Blumhouse, c’est quand même le cancer du genre 😀 Rien de ce que j’ai lu me fait envie putain, c’est quand même fort. Puis bon, elle est sympa Octavia Spencer mais la terreur est bien la dernière chose qu’elle m’inspire.

  • Roggy  says:

    Je confirme que le film n’est pas des plus mémorables malgré la présence de l’excellente Octavia Spencer. Comme l’écrit justement Rigs, le grand problème du film reste sa prévisibilité à l’instar de pas mal de productions Blumhouse et surtout de Get Out, modèle absolue en la matière.

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