Sangre de Virgines

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Si ce n’est à l’occasion des Plaga Zombies, nous ne nous étions pas encore véritablement penchés sur le cas de l’Argentine, contrée que l’on connaît plus pour son tango et son équipe de foot que pour sa capacité à nous coller une flippe d’enfer. Sangre de Virgines (dont vous aurez deviné la traduction : le sang des vierges) s’y essayait pourtant en 1967, période voyant le cinoche vampirique perdre peu à peu sa dorure. Un sous-genre mordant que le réalisateur local Emilio Vieyra (La Vengenza del Sexo) tente néanmoins de rehausser d’ardentes étreintes. Décidément, quels dragueurs ces Argentins.

 

 

C’est à croire que la figure du vampire ne s’intéresse qu’aux petites jeunettes déjà prises, à ces fiancées dont on s’apprête à faire scintiller l’annulaire et que l’on changeait, à l’époque, en de respectables femmes au foyer faisant la lecture au petit dernier dans l’attente que le chef de famille revienne de son travail, canne et chapeau claque à la main. Si Sangre de Virgines esquive l’époque victorienne pour dérouler sa macabre histoire dans les sixties, il fait néanmoins honneur aux habitudes mises en place par la Universal et la Hammer : son pompeur de sang Gustavo (Walter Kliche) n’est pas du genre à passer son éternité dans une crypte avec une seule et unique rombière : il les lui faut toutes. Cela inclut fatalement la belle Ofelia (Susana Beltrán), pas encore vampirisée mais déjà tourmentée entre son amour pour le blafard Gustave et le jeune homme de bonne famille à laquelle son père l’a promise. La pression parentale semblant plus forte que l’amour véritable, elle accepte de s’abandonner à l’aristocrate devenu son légitime époux, le rejoignant dans le lit conjugal pour l’attendue lune de miel. De quoi faire voir rouge à Gustavo, qui s’immisce entre eux et encastre une dague dans la nuque du jeune marié, avant de mordre Ofelia et la transformer en une malheureuse créature de la nuit. Enfin, pas tout à fait, car dans Blood of the Virgins les vampires n’ont pas à craindre les rayons du soleil, et se permettent donc de sortir à midi comme à minuit. Il serait effectivement dommage de ne pas profiter du climat océanique de la région, sous-entendu par de nombreux plans de mouettes en pleine voltiges, des images noyées dans un filtre rouge que l’on imagine présent en vue de nous donner le goût du fer en bouche, et que l’on suppose au départ prévues comme des coupes aux moments où la brave Ofelia tombe la nuisette. Ce n’est pas le cas : Susana la belle ne cache en effet jamais les beaux tracés de son buste.

 

 

Après un générique d’introduction dessiné et joliment naïf, et la tragique histoire de la pauvre Ofelia, Sangre de Virgines opte pour la fête. Celle à laquelle s’adonnent un groupe de touristes, de vieux amis parcourant montagnes enneigées, yacht où l’on a toujours une bonne bouteille dans le frigidaire et lac devant lesquels on peut y aller de son instant Kodak. Et puisque Emilio Vieyra compte bien faire monter la température, les couples vont se rouler dans la paille, se pelotent derrière un buisson et ces dames profitent de l’hystérie d’une boîte de nuit pour monter sur les tables et retirer leurs hauts. Notre vampire flick serait-il une co-réalisation entre H.G. Lewis le crade et Jess Franco l’obsédé ? Même pas, quand bien même ces gros plans sur des giclées sanguines échappées des torses et nuques évoquent le réalisateur de Blood Feast, et que ces zooms sur les poitrines malaxées par des mains, qui s’étaient probablement levées lorsque l’on demandât un peu plus tôt si l’un des comédiens se ferait volontaire pour les moments « artistiques » du film, rappellent la mise-en-scène peephole de l’auteur de Célestine, Bonne à tout faire. Après un bon quart d’heure à ne rien faire, si ce n’est les fous et les chauds lapins, la bande subit le coup de la panne et se voit forcée de passer la nuit dans la maison où logeait jadis la famille d’Ofelia. Une demeure que l’on dit hantée par les « fantasma », maudite de surcroît, mais suffisamment douillette pour que l’on accepter de prendre le risque de partager la chambre avec un spectre ou deux. Ils sont d’ailleurs bien accueillis, nos vacanciers : alors que leur visite est aussi impromptue qu’on puisse l’être, un festin de roi les attend dans la salle à manger et le domestique au teint malsain ne semble pas plus surpris que cela de leur arrivée tardive. Notez que nos héros, sans doute trop excités par leur aventure du soir, ne se demandent pas vraiment non plus ce que peut bien ficher un majordome dans un cabanon réputé abandonné, ou alors le temps d’une si fugace pensée. Evidemment, dès que tout ce beau monde à le dos tourné, l’intendant verse dans le vin une poudre que l’on suppose ne pas être du sucre, et tout le monde s’endort après la première gorgée. Le lendemain, ne reste que les hommes dans la demeure, les filles étant portées disparues, Gustavo, toujours en activité dans la région, ayant décidé de les utiliser pour agrandir son cheptel de soumises. On se demande d’ailleurs en quoi elles peuvent bien intéressant la star d’un film, on le rappelle, titré Blood of the Virgins, puisque ces aphrodites n’en sont de toute évidence pas à leur première soirée sans pyjama ni culotte.

 

 

Il serait de toute façon mentir que de prétendre que l’on essaie d’y comprendre quelque-chose. D’une part parce que l’on se rend bien compte que Vieyra cherche moins le sens qu’il ne traque les instincts les plus bas de son audience, pour mieux les satisfaire via des éruptions de violence et des caresses intimes. D’une autre parce que l’on a tôt fait de s’assoupir devant ces vas-et-vient entre la demeure où ont disparu les mignonnes, le poste d’une police peu concernée et la triste chambre d’hôpital où se repose la seule cocotte retrouvée. Du reste, on se laisse dériver sans passion, buttant de temps à autre contre une scène érotique qui nous pousse à laisser mi-clos nos yeux fatigués. Non pas parce qu’elles sont excitantes, ces fameuses séquences où poitrines et torses velus se percutent sans étincelles ni brûlante sueur, mais parce qu’on le doit bien à la vaillante et charmante Susana Beltrán, résignée à utiliser son corps dénudé comme bouclier pour protéger le pénible Sangre de Virgines de l’échafaud. Une abnégation que l’on se doit de saluer par l’éveil. Mais c’est difficile. Vieyra peine à trouver des séquences intéressantes à filmer, ne disposant ni des cryptes impies de la Hammer, ni des castels brumeux de la Universal pour redorer le blason de son vilain film. Pas la peine non plus de compter sur le charme naturel et hypnotique d’un Bela Lugosi ou Christopher Lee. On rit souvent de Zandor Vorkov, sur lequel tous les doigts inquisiteurs se posent lorsqu’il s’agit de pointer le pire Vlad Tepes de l’Histoire, sa prestation dans le Dracula contre Frankenstein (1971) du dingue Al Adamson, où il ne peut s’empêcher de cligner des yeux toutes les cinq secondes, lui valant tous les pieux taillés en pointe de la Critique. Si Walter Kliche a au moins l’apparence aristocratique que demande le rôle, et ne ressemble donc pas à un beatnik crasseux que l’on aurait déniché dans un squat malfamé comme Vorkov, il ne fait pas meilleure impression pour autant une fois nos les écrans. Semblant avoir vidé une boîte entière de Valium et armé de canines que l’on jurerait en papier plié, il mérite lui aussi sa douche de goudron et de plumes. Celles de ces mouettes qui n’ont de cesse d’apparaître toutes les dix minutes, constamment accompagnées de leur filtre écarlate, sans trop que l’on comprenne leur intérêt. Il faudra attendre la fin du film pour suspecter l’impensable : alors que les vampires ont été tués par une Ofelia rancunière et rendue haineuse après avoir découvert qu’elle n’était pour son Gustavo qu’une fidèle parmi les autres, le Prince of (cheap) Darkness réapparaît sous forme d’une chauve-souris en plastique qu’un technicien agite en hors-champs à l’aide de deux fils. Et quelle transition se permet Vieyra ? Celle vers un plan de ces fameuses mouettes, bien sûr. On devine alors la raison de leur présence : n’ayant probablement pas pu trouver de plan de chauves-souris battant des ailes non loin des nuages gris, il a opté pour des piafs et rougit l’image dans l’espoir que cela ne se voit pas trop. C’est raté, on ne voit que ça.

 

 

Impossible de conseiller Blood of the Virgins, même pour une soirée rigolade tant on ne se gausse jamais. C’est au contraire le coma profond qui guette ici, ou une séance d’avance rapide, c’est au choix. Dommage d’ailleurs car l’ensemble fait preuve d’un culot bienvenu. On apprécie cet effort dans le gore, et cette volonté d’érotisme à une époque où ces dames les plus plantureuses n’avaient pas encore totalement la mainmise sur les écrans. Et puis, le personnage d’Ofelia change du tout-venant, rares étant les servantes vampires désabusées et décidant de se venger du sinistre comte à la base de tous leurs spleens crépusculaires. Mais rempli de vide et de pas grand-chose, Sangre de Virgines ne fait jamais honneur à ses belles volontés et reste sur le quai des abandonnés auxquels on n’a même pas fait nos adieux.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Emilio Vieyra
  • Scénario : Emilio Vieyra
  • Production : Orestes Trucco
  • Pays : Argentine
  • Acteurs : Susana Beltrán, Walter Kliche, Ricardo Bauleo, Gloria Prat
  • Année : 1967

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