Camp Fear

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A la base, Camp Fear (1991) était visiblement censé incarner beaucoup de choses. Tout d’abord la volonté de son distributeur de surfer sur la sortie de Cape Fear (alias Les Nerfs à Vif version De Niro, 1991 itou) en mettant sur le marché une cassette au blase similaire. Ensuite celle de donner une suite au sympathique slasher Cheerleader Camp (1988), même si les deux films ont autant en commun que Portés Disparus et Je vous trouve très beau. Enfin, on peut imaginer sans trop se tromper que le réalisateur Tom E. Keith espérait trouver en ce trek au grand air le souffle suffisant pour lancer sa carrière. Dans les trois cas, c’est raté, re-raté et re-re-raté.

 

 

Car on ne revit plus jamais le Mister Keith après Camp Fear, le zigue rejoignant le troupeau toujours grandissant des fusils à un coup : une fois qu’il est tiré, le barillet reste désespérément vide et la pétoire retrouve un tiroir poussiéreux que l’on s’empresse de refermer. Le garçon avait pourtant pour lui l’art de se trouver au bon endroit au bon moment, soit ce début des 90’s si propice à l’éclosion d’une longue carrière de grossiste en Séries B. Et conscient du schéma qu’il se doit de suivre pour s’entourer à jamais d’ingénues siliconées (cela semble incompatible dit comme ça, et pourtant…) et de monstres mi-caoutchouc mou mi-frigolite, le Tommy réunit sur son campement une future star du carré magique (Vincent Van Patten, très vite devenu un coutumier d’Alerte à Malibu et des Feux de l’Amour), des petites jeunettes à l’évidente joliesse et, pour toute épice, une créature ancestrale qui n’en veut comme de juste qu’à leurs mollets parfaitement épilés. Il a de bonnes raisons cela dit, car contrairement aux hordes d’affreux hantant les bois pour y planter des serpettes dans les nuques parce que ça les détend, le géant chauve et tatoué servant d’indestructible menace à Camp Fear est un druide veillant à la sauvegarde de notre pauvre monde. C’est bien simple, s’il n’offre pas quatre âmes à une espèce de serpent de mer bullant au fond d’un lac, des cataclysmes s’abattront par dizaine sur la planète et réduiront l’humanité au statut de vague souvenir. Cela a d’ailleurs déjà commencé, de nombreux tremblements de terre esquintant le calme du week-end au vert que propose un professeur d’archéologies et folklores (Van Patten) à quatre de ses étudiantes. Les plus sexy évidemment, le prof n’étant pas un lapereau de l’avant-veille. Il sort d’ailleurs avec l’une d’elle, la charmante Betsy Russell que l’on retrouvera quinze ans plus tard dans la saga Saw pour un rôle régulier et qui se trouvait, justement, dans Cheerleader Camp. N’empêche que l’arrivée de ces demoiselles, et le fait qu’elles soient suivies par un gang de hard-rockeurs (dont le leader ressemble à une version bodybuildée de Kerry King de Slayer, du temps où le guitariste avait encore sa belle tignasse), facilite la vie du druide, qui n’a plus qu’à se baisser pour trouver de quoi satisfaire l’appétit de son dieu reptilien encore indécis quant à sa volonté de plonger le nouveau millénaire dans les flammes les plus ardentes.

 

 

Le problème avec Tom E. Keith c’est qu’il avait, si ce n’est de l’or, au moins un point de départ séduisant entre les mains et que plutôt que de le faire fructifier et en développer les points forts, il a décidé de se la jouer pantouflard et de ne rien faire du tout. Il lui aurait pourtant été facile de profiter de cette idée, tragique et plutôt originale pour un produit mineur comme Camp Fear, que l’avenir de l’humanité dépend de la mort des sympatoches héroïnes du film. En l’apprenant, Van Patten et les motards fans de gros son pourraient ainsi décider de rallier les rangs du druide et l’aider à capturer les cocottes. Mieux : plutôt que de sortir les grosses ficelles du hasard et rendre fortuite la rencontre entre le colosse hurlant et ses futures sacrifiées, pourquoi ne pas faire de Van Patten un spécialiste de ces vieilles légendes indiennes et le changer en vil manipulateur invitant ses élèves au camping pour qu’elles y donnent leur vie pour la sauvegarde du genre humain ? Il y avait même un beau final punk à dessiner ici : prise d’un état d’esprit girl power et légitimement en rogne contre tous ces mâles qui leur veulent du mal, elles pourraient décider d’envoyer se faire foutre la planète entière et liquider druides, sea-serpent divin et compagnie pour plonger la Terre dans un chaos finalement bien mérité. Un vrai doigt d’honneur imprimé sur pellicule, peut-être pas de ceux dont on parlerait l’oeil humide de nostalgie aux banquets cannois, mais on s’en serait à tout le moins souvenu. A la place, Keith cède à la facilité et emballe un petit budget tout ce qu’il y a de plus convenu, coupant sa tarte en deux parts égales, la première étant dédiée à une longue exposition où nous sont présentées les filles, la deuxième à une encore plus étirée traque entre les lycéennes (qui ont toute l’âge d’être bien implantées dans la vie active, mais on sait comment ça va dans le genre…) et le Panoramix mutant lancé à leurs trousses. On s’emmerde d’ailleurs sacrément durant cette deuxième partie, qui bien que contenant plus d’action que la première parvient à sembler moins rythmée.

 

Le fameux dieu serpent…

 

Plus répétitive aussi, puisque des puériles mais amusantes disputes entre filles, les unes râlant du manque de confort que leur apporte leurs maigres tentes alors que les autres, plus technophiles, se concentrent sur leur boulot, nous passons à ces classiques sprints de nuit dans la forêt. Je ne le dirai jamais assez ici : si les bosquets sont le havre de paix que recherche tout cinéaste désargenté, puisqu’il pourra y tourner gratuitement toutes les éviscérations et tous les ébats saphiques qu’il désire sans avoir à débourser un petit sou ni s’inquiéter des passants, ces mêmes réserves naturelles condamnent instantanément leur production à ressembler aux 781 593 autres B-Movies shootés en plein air. Camp Fear abandonne trop vite toute idée d’avoir un caractère propre, s’enfonçant dans la routine du genre sans réellement pouvoir rivaliser avec ses camarades de vidéoclub, faute d’argent dans les caisses. A l’exception d’un égorgement plutôt salissant et dont les jets de peinture rougeaude peuvent rappeler le gore italien des seventies, peu ou rien à se mettre sous la dent sur ces sentiers où résonne la fringale de l’horror addict mal nourri. Pour dire, le fameux dieu dont dépend la survie de notre espèce n’est visible qu’un quart de seconde, Keith étant si embarrassé de ce dragon de papier semblable à ceux qui envahissent les rues lors du Nouvel An chinois qu’il décide de lui laisser la tête sous l’eau. Que reste-t-il à Camp Fear pour faire illusion, dès lors ? Pas le cul, en tout cas, puisque les fifilles ne daignent jamais dévoiler un peu de peau… De quoi dépiter un distributeur sachant que la nudité est toujours l’assurance de vendre une caisse ou deux de VHS, et qui mit Fred Olen Ray sur le coup pour qu’il torche à la va-vite une introduction plus généreuse en boobs à savonner. Et le réalisateur de s’exécuter en nous offrant quelques minutes d’une gratuité absolue, où quelques beautés peu naturelles (dont l’inévitable Michelle Bauer) se passent le relais sous la douche. Un bel effort de faire chauffer les slips, mais il est inutile puisque le reste du métrage nous y vide un bac plein de stalactites.

 

 

Son salut, Camp Fear ne le doit qu’à la sympathie que l’on éprouve pour ses personnages. Ces rockeurs du dimanche tout d’abord, si mal écrits qu’ils en deviennent touchants : d’abord de vils agresseurs sexuels prêts à violer nos chères collégiennes, qu’ils suivent à la trace en utilisant les connaissances d’un alcoolo local joué par cette vieille baderne de Buck Flower, ils deviennent sans trop d’explications de vrais braves gars, sincèrement peinés d’apprendre qu’elles sont sur le point d’être sacrifiées. Et puis les filles en question bien sûr, dont on sent à chaque ligne de dialogue qu’elles devinrent d’authentiques bonnes copines sur le plateau. C’est qu’elles ont l’air de bien s’amuser lorsqu’elles se fessent avec une cuiller en bois ou se chamaillent, rendant la première moitié du film divertissante de par leur seule gaieté. On saluera surtout Peggy McIntaggart, belle blonde prise dans une tornade de grimaces et donnant visiblement tout ce qu’elle a, électrisant à elle seule Camp Fear de par son surplus d’énergie. On notera d’ailleurs que Tom Keith essaie durant tout le film de la dénuder, que ce soit en la réveillant en nuisette trop peu transparente, en la rhabillant d’une tenue de femme des cavernes cachant mal ses énormes seins refaits ou en l’envoyant sur la piste de danse, probablement dans l’espoir qu’un téton voyageur s’égare hors de son corset. Ca ne sera pas pour cette fois : si la mamzelle se montra nettement moins pudique dans d’autres productions (elle joua fréquemment les strip-teaseuse ou les prostituées, rôles allant généralement de pair avec le tomber de pyjama), elle gardera sa jolie ligne pour elle devant l’objectif de Keith, qui pour le coup s’est bien fait enfler. Nous aussi, remarquez.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Tom E. Keith (et Fred Olen Ray)
  • Scénario : Tom E. Keith
  • Production : Victoria Till
  • Pays : USA
  • Acteurs : Betsy Russell, Peggy McIntaggart, Vincent Van Patten, Mindy Myer
  • Année : 1991

3 comments to Camp Fear

  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:

    Marrant, j’ai toujours cru qu’il s’agissait d’un slasher lambda et bien cheap comme les autres rejetons du début 90. C’est con du coup, si c’est naze c’est quand même ultra prometteur rien que pour le serpent de mer. Je le tenterai quand même du coup, parce que tu peux pas me balancer Buck Flower, gang de hard rockeurs, druide mutant et blonde sexy sans attiser mon intérêt.

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