Evil Judgment

Category: Films Comments: No comments

Evil Judgment, petite Série B en provenance du Canada façonnée en 1981 mais ne trouvant le chemin des vidéoclubs qu’en 84, nous permet de remettre de l’ordre dans nos calculs et confirme quelques méchants soupçons que nous traînions depuis quelques années concernant les gialli. A savoir que la somme d’un tueur mi-pervers mi-ganté et celle d’une malheureuse traquée aux souvenirs brumeux n’égale pas forcément la somme des deux autres côtés. Et qu’une fois que l’on retire de l’équation des artisans chevronnés comme Sergio Martino, Lucio Fulci ou bien sûr Dario Argento, le genre perd son mur porteur et s’effondre de lui-même pour ressembler à un vilain épisode de série télé policière pour grand-mère. Soit la définition quasi-exacte du faux slasher Evil Judgment, qui sent finalement moins le burger au bacon que l’osso-bucco à la milanaise.

 

 

Jamais simple de se mettre à dos la pègre, les truands ne se refusant jamais un petit coup de pression bien placé si cela peut leur éviter le lancé de dé les traînant jusqu’à la case prison. Du coup, pour se débarrasser de ce bien embêtant juge Robertson (Walter Massey, pas tout à fait un inconnu du genre puisque croisé dans Zombie Nightmare et Happy Birthday to Me), la mafia aurait envoyé un homme de main zigouiller sa pauvre épouse. De quoi freiner le procès tant attendu, et envoyer un Robertson rendu fou par la nouvelle sur l’aire de repos d’un asile pour un petit moment. Sauf que l’on est, on le rappelle, dans un slasher 80’s et que l’on sait que les cellules capitonnées sont rarement fermées à double-tour : Robertson, après avoir étranglé son toubib et égorgé une infirmière avec un scalpel, s’échappe dans la nuit noire. Petite pause dans son périple pour faire connaissance avec Janet (Pamela Collyer), jeune blonde rêvant des plus scintillantes scènes du monde où elle pourrait y aller de son plus beau déhanché, la cocotte étant désireuse de devenir une danseuse star. Pour l’heure, elle est surtout coincée sous le tablier de serveuse d’un bistrot grec réputé pour sa dégueulasserie, la soupe servie par le patron sentant si fort l’urine que le vieux clodo attablé sur place décide de sortir son zboub pour pisser dans le potage. Evil Judgment n’est pas commencé depuis six minutes qu’il fait déjà preuve d’une indéniable classe. Pour consoler une Janet dépitée d’avoir à peine de quoi payer son loyer, son petit-ami Dino (Jack Langedijk, Darkman II) vient lui faire des bisous sucrés. Sympa de la part de ce mafioso à la petite semaine, ce bellâtre à la petite moustache gagnant sa croûte en revendant des téléviseurs tombés du camion. Les mamours seront de courte durée, car arrive la Némésis du rital : la prostituée April (Nanette Workman), accessoirement la meilleure amie de Janet et ce que Dino considère comme une très mauvaise influence pour sa dulcinée. C’est vrai que sortir avec un brigand de bas étage, c’est beaucoup mieux. Après s’être engueulé avec April, Dino s’éclipse, laissant à la fille de joie l’occasion de proposer à Janet d’opter pour le même choix de carrière qu’elle. Après tout, le trottoir rapporte mieux que la gargote dans laquelle elle végète et qui sent de toute façon autant la pisse que les rues mal éclairées où elle pourrait vendre son intimité. Après avoir dansé sur les tables et derrière la vitrine du resto, rameutant sans tarder quelques curieux et autres amoureux de la cuisse ferme, April et Janet décident d’aller dans un manoir isolé où leur est proposé un plan à trois avec un vieux richard. Autant dire que le seul pourboire vaut déjà le déplacement.

 

 

Sur place, nos demoiselles sont accueillies par un prétendu Ron, que le spectateur reconnaîtra comme le portrait craché du juge échappé de l’hosto quelques minutes plus tôt. Néanmoins, quelque-chose cloche dans sa conduite : alors qu’il grognait et se comportait comme un buffle qui viendrait de marcher dans le crottin du voisin lors de l’introduction, le voilà tout sourire, pour ne pas dire aimable. Certes, il a la fâcheuse tendance à mettre une sale ambiance avec son humour morbide (il se cache sous les draps et hurle pour faire sursauter ses amantes d’un soir, imite Jack l’éventreur avant d’éclater dans un fou rire), mais il ne semble pas bien méchant. Mais alors que la fête débute enfin et que les corps se rapproche, un fusible saute, plongeant la vaste demeure dans la pénombre. April et Ron vont vérifier la cause de ces ténèbres imprévues et prennent tant de temps que Janet finit par aller à leur recherche. Elle les trouvera, mais égorgés et vidés de leur sang, une main portant le gant de cuir noir lui agrippant ensuite les mollets. Dans sa fuite, elle tombe nez-à-pare-choc avec une voiture. Réveillée à l’hôpital et faisant désormais face à l’enquêteur Armstrong (Roland Nincheri, apparu dans Visiting Hours et le très bon Le Monstre du Train), elle se fait dire qu’elle aurait tenté de se suicider et aurait, pour cause de médication forte, la mémoire qui flanche. Difficile à avaler pour notre apprentie danseuse, qui reçoit en outre des appels téléphoniques menaçants d’un malpoli la traitant de pute de l’autre côté du combiné. Ignorant si elle peut faire confiance à son Dino trempant lui-même dans des affaires louches, et persuadée que la police lui ment effrontément, Janet n’a plus d’autre choix que de creuse elle-même jusqu’à la vérité.

 

 

Et c’est là que Evil Judgment, jusqu’alors pas terrible mais rendu intéressant de par la galerie de losers ou sales type dont il s’entoure, bascule dans l’ennui le plus total. Au confluent du psychokiller movie (on pense parfois à Terreur sur la Ligne et autres produits du même type) et du giallo à la Dario, le réalisateur Claudio Castravelli – tiens donc, un nom qui sent les tagliatelles ! – s’accapare tous les passages obligés du genre. Une immense et luxueuse baraque renfermera donc de terribles secrets comme dans Les Frissons de l’Angoisse, la pauvre Janet se perdra dans les tourbillons de sa mémoire défaillante telle une Edwige Fenech ne pouvant plus différencier sa gauche de sa droite, et une cruelle machination viendra alourdir le tout, l’héroïne ne sachant plus à qui elle peut confier ses déboires puisque le tueur peut se planquer derrière chacun des seconds rôles, et enfin le bon vieux coup des sosies (oups, spoiler je suppose). Autant dire que l’on voit la vie en jaune durant 90 minutes. Et ce n’est pas nécessairement pour le mieux : comme souligné en introduction, le giallo, s’il n’a pas un magicien derrière la caméra pour transformer ses scripts, systématiquement mal développés, perd tout intérêt. Tourné par Saint Dario ou même l’apôtre Sergio, Evil Judgment aurait sans nul doute pris des couleurs et se serait vanté d’avoir en son sein un suspense à tout le moins efficace. Mais shooté par Castravelli, le résultat se fait terne et triste, tandis que les passages horrifiques adoptent le côté instantané du slasher (le tueur apparaît et frappe, merci et à demain!), nous privant des ballets meurtriers si communs dans les studios romains quelques années plus tôt. Un mélange qui ne prend jamais vraiment, et ne peut ni compter sur le gore (quelques coulures sur la nuque, soit rien qui ne part pas d’un coup de Kleenex) ni sur le charme de son premier rôle (Pamela Collyer n’est pas Edwige Fenech, et c’est rien de le dire) pour faire diversion…

 

 

Elle n’était pourtant pas mauvaise, cette idée de mêler un massacreur échappé de l’asile à une intrigue plus politique, bardée de flics corrompus et de malfaiteurs se cherchant des poux durant toute la durée du film. Mais l’exécution est si pauvre et les coups de sang si peu salissants ou excitants que le délavé Evil Judgment finit par rejoindre les rangs, déjà garnis, des gialli chiants plutôt que d’accéder au panthéon où sont diffusés en boucle Qui l’a vue Mourir ? et L’Oiseau au Plumage de Cristal. Et avec sa trop forte retenue, la pelloche de Castravelli ne peut même pas aller boire une bière fraîche dans le cabanon réservé aux slasher bas du front mais ultra efficaces. Raté sur toute la ligne, donc, et on ne sauvera guère du déluge que ces personnages plus intéressants que la moyenne, que l’on parle de cette pute au grand coeur ou ce Dino à l’humeur changeante, tantôt capable de risquer sa vie pour sa petite amie, tantôt salopard au point de la mettre à la porte alors qu’elle est totalement nue. Microscopique originalité à noter aussi : le fait que la police ne soit ici pas totalement inutile, puisque c’est bien elle qui mettra fin au carnage en logeant quelques balles dans le buffet du magistrat dément. Ouf, l’honneur de la marée-chaussée, d’ordinaire présentée comme un ramassis d’incapables, est sauf ! Votre soirée cinéma, par contre…

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Claudio Castravelli
  • Scénario : Victor Montesano, Claudio Castravelli
  • Production : Claudio Castravelli
  • Pays : Canada
  • Acteurs : Pamela Collyer, Jack Langedijk, Walter Massey, Nanette Workman
  • Année : 1981 (sorti en 84)

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>