Destination Inner Space

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Peut-être trop habitués que nous sommes à lever le nez vers les étoiles dans l’espoir d’y trouver des OVNI tournoyants, nous n’avions plus pensé à aller chercher notre poids en petits hommes verts dans les fonds marins. Heureusement que Destination Inner Space (1966) est là pour se charger de nous pousser dans la pataugeoire.

 

 

Le parcours de Francis D. Lyon pourrait presque être enseigné à l’école de la Série B tant celui-ci est typique : après plusieurs années à parcourir les plaines désertiques le Stetson vissé au caillou, le zigue finit par remplir son frigidaire en bossant pour la petite lucarne – il emballe quelques épisodes de Perry Mason – et termine sa carrière en versant dans le fantastique. Sans doute une bonne idée soufflée par son producteur de frangin, un Earle Lyon ayant pris bonne note de l’intérêt grandissant du public pour la science-fiction. On lui devra d’ailleurs en partie Cyborg 2087 (1966), de nos jours considéré, à juste titre, comme un brouillon du Terminator de James Cameron, puisqu’il y était question de la visite d’un cyborg du futur tripatouillant dans son passé, et donc notre présent, pour embellir l’avenir de l’humanité. Pas de grand Autrichien à la mâchoire serrée ni de squelette de métal dans cette menue mais volontaire production (que les bons gars d’Artus Films proposèrent voilà quelques années dans un coffret dédié aux films de robots), mais déjà des idées. La même année, Earle place donc son frère sur le projet Destination Inner Space, écrit par un autre habitué de la Série B frissonnante, Charles C. Pierce (The Cosmic Man, Les Créatures de Kolos et… Cyborg 2087 justement). Une réunion de malfaiteurs qui n’accouche cependant pas du casse du siècle, Destination Inner Space étant de ces produits passant le contrôle technique sans encombre mais peinant à se faire une place au panthéon, faute d’originalité. Vous ne vouliez pas forcément les retrouver, mais vous passerez néanmoins 80 nouvelles minutes en la compagnie de ces savants pas trop fous, de ces laborantines de charme et de ces commandants plus virils qu’un car entier de rugbymen. Soit peu ou prou la troupe habituelle que l’on copie/colle d’un B-Movie à l’autre depuis le début des années cinquante, et le genre de protagonistes que s’échangeaient Roger Corman et Sam Katzman dans la cour de récré, façon « Ton Bulbizarre contre mon Salamèche. » Pierce invente néanmoins un background malheureux à deux d’entre eux, jadis les témoins du naufrage d’un sous-marin qui les laissa hantés par la culpabilité de ne pas avoir pu sauver l’équipage. Evidemment, X années plus tard, les zouaves se renvoient la balle pour savoir à qui la faute et n’en finissent plus de se regarder comme des luchadors parés à se mettre sur la gueule devant une foule en folie. Il faudra pourtant bien s’entendre, car une sorte de raie manta d’acier passe non loin de la base aquatique dans laquelle ils étudient je ne sais quoi (pour être tout à fait franc, mon attention n’était pas au maximum lors des 40 premières minutes, toujours chiantes dans ce genre de pelloche), et qu’il serait bon d’enquêter.

 

 

Les plus courageux se rendent bien évidemment à l’intérieur et découvrent une espèce de grosse saucisse Zwan tout juste décongelée, qu’ils ramènent dans leurs quartiers pour que le scientifique de la troupe découvre si c’est avec la béarnaise ou le ketchup qu’elle doit être mangée. Il n’aura même pas le temps d’ouvrir le pot de mayo : le boudin noir grossit à vue d’oeil et finit par éclore, donnant naissance à un gros hareng portant la crête rouge, tel un punk à chien ne jurant que par le groupe The Exploited. On a un peu de peine à croire que cet homme-poisson extra-terrestre de belle taille puisse sortir d’une petite saucisse, mais on comprend très vite que les Lyon n’ont pas le compas dans l’oeil : de proportions humaines la majorité du film, le bestiau prend soudainement des dimensions gargantuesques lorsque les personnages l’observent à travers un hublot. Pas besoin de sortir l’équerre pour voir qu’un truc cloche, mais la Série B nous a rodés à l’indulgence. Tout comme elle nous a appris à vérifier le poux du voisin lors des mortelles séances de blabla, où quelques chanceux amenés à se trouver une place dans quelques bandes cultes des eighties (Scott Brady de Gremlins, Sheree North de Maniac Cop, James Hong que vous connaissez fatalement pour Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin) se demandent ce que peut bien être cet objet nageant non identifié. On s’emmerde gentiment en ces instants, mais on savait qu’on ne saurait y échapper et que notre salut viendrait, ou ne viendrait pas, de la baudroie mutante.

 

 

Etre ou ne pas être un creature feature généreux et ne cachant jamais sa gloumoute, telle est la question pour Destination Inner Space, qui aurait fort bien pu remiser son monstre au hors-champ, par embarras d’un costume un peu ridicule dont on verrait la tirette. Heureusement, Pierce à de grosses burnes et ne rougit pas devant la tunique de sa poiscaille venue d’on ne sait où, et reste conscient que si quelqu’un va un jour se payer un ticket pour voir son film c’est bien dans l’espoir de la voir gifler de la blouse blanche. Il prend donc la bonne décision et la laisse vagabonder à sa guise, sans manquer une occasion d’y aller de son gros plan sur ses yeux vitreux. Bon choix, car non seulement cela chasse les interminables causeries de la première moitié, mais en plus cela permet de se rendre compte que, tout craignos monster soit-elle, la vilaine truite a le petit charme de ces filles un peu vulgos mais qui compensent leurs boutons par un comportement aguicheur et un sacré coup de langue. Faites pas genre, vous avez tous craqué au moins une fois pour une de ces dames durant vos années fac. Evidemment, et comme pour ces conquêtes d’un soir, la relation avec Destination Inner Space n’ira pas plus loin : on veut bien danser collé-serré avec à la fête d’anniversaire du copain Charles-Henry, mais on ne va pas non plus la ramener à la maison pour la présenter à grand-papa. Il manque effectivement ce petit goût de « reviens-y » à cette prod des sixties pour qu’elle surnage au-dessus de la masse, et on peut déjà prendre les paris que six mois plus tard on ne parvient déjà plus à la distinguer d’un War-Gods of the Deep ou d’un Terror Beneath the Sea. Peu de chances que l’on y revienne de notre plein gré, dès lors…

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Francis D. Lyon
  • Scénario : Arthur C. Pierce
  • Production : Earle Lyon
  • Pays : USA
  • Acteurs : Scott Brady, Sheree North, Gary Merrill, Wende Wagner
  • Année : 1966

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