Snowbeast

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Si je vous dis « film des seventies dans lequel une bestiole traque les vacanciers, en tue une petite poignée, alors que les autorités tentent d’étouffer l’affaire pour ne pas pousser à la fuite les touristes », vous me répondrez probablement « Jaws ! » Et vous aurez faux, car c’est avec le télévisé Snowbeast (à priori sorti en DVD chez nous sous le titre La Bête des Neiges) que nous sommes partis faire des bonhommes neigeux. Pour mieux leur éclater la face, of course.

 

 

C’est sûr, lors de sa diffusion, ce Snowbeast (1977) taillé pour la petite lucarne dût probablement affronter son lot de mauvais plaisants criant sur tous les toits que les efforts combinés du spécialiste de la série TV Herb Wallerstein (Star Trek, Mission : Impossible) et du scénariste Joseph Stefano, entré au panthéon pour Psychose, n’ont finalement accouché que d’un ersatz glacé des Dents de la Mer. Difficile de les contredire cela dit, notre grosse bête parcourant la poudreuse pour y griffer du skieur faisant définitivement partie de la frange la plus orthodoxe du animal attack. Et donc par extension un scrupuleux décalque de la méthode Spielberg. On vire la plage et les petits baigneurs, on fait tomber les flocons et on rameute les adeptes des sports d’hiver, et roulez jeunesse ! Car rien ne manque à la panoplie du film de créature ne se sentant pas de cohabiter avec l’Homme, la plus petite ligne du célèbre script voyant un grand blanc croquer du surfeur étant ici retranscrite. Pour dire, Stefano nous refait même le coup des chasseurs et policiers tout fiers d’avoir abattu un pauvre petit ours brun, persuadés qu’ils sont d’avoir mis fin à la vague de coups de pattes casseurs de mâchoires qui rougit leur montagne. Il n’en est évidemment rien : ce bon vieux big-foot sévit toujours et il faudra plus qu’un peu de plomb pour enterrer notre furieuse carpette. A Bo Svenson, Yvette Mimieux et Robert Logan de se retrousser les manches et faire en sorte que le monstre ne vienne plus mettre le dawa lors du carnaval d’hiver qu’organise la vielle Sylvia Sidney, que les clients de Tim Burton connaissent bien pour Mars Attacks ! et Beetlejuice.

 

 

En somme, pour trouver un minerai d’originalité dans Snowbeast, il faudra se lever tôt et creuser profond. Comme Spielby, Wallerstein use des plans en vue subjective lorsque la créature fonce sur les demoiselles en détresse. Et comme dans la soupe à l’aileron qui fit un beau hold-up dans les cinoches bien achalandés, la vénérable Sylvia Sidney planque sous le tapis le fait qu’un tas de poil fermement décidé à arracher la gueule de tout ce qui passe à portée de griffes traîne sous les remontées mécaniques. Au fond, la seule réelle différence tient au fait qu’oeuvrant pour une chaîne de télé, Wallerstein ne peut se permettre de zoomer sur des visages en putréfaction ou les plaies ouvertes des promeneurs malheureux. D’ailleurs, à chaque fois que big-foot sort de sa cachette pour malmener du quidam, l’écran se fige et se voit accompagné d’un filtre rouge coulant sur un fondu au noir, annonciateur de l’inévitable coupure pub. Pour la virulence, on repassera, d’autant que visiblement un peu gêné par le look de sa bestiole, le réalisateur ne la capte que lors de très brefs plans. Autre menue distanciation que Snowbeast prend avec son modèle des eaux, le script décide de miser sur un triangle amoureux pour dessiner ses protagonistes. Yvette Mimieux fut ainsi dans sa jeunesse draguée par le beau Bo et le content de lui-même Robert, et choisit Svenson pour finalement se rendre compte dix ans plus tard que son mariage s’écaille et qu’elle aurait peut-être dû opter pour une romance avec Logan. D’autant que celui-ci serait toujours partant pour une deuxième chance et connaît le succès avec sa station de ski, là où Svenson n’est plus que l’ombre de lui-même. Perso attachant d’ailleurs que le sien (Logan et Mimieux sont corrects, mais sans plus), ancien grand champion de ski de fond si effrayé à l’idée de devenir has-been qu’il préféra se ranger des planches. Désormais abandonné par l’estime qu’il a de lui-même, il prouvera à sa femme qu’il sait être plus qu’un vieux déprimé en affrontant big-foot lors d’un mano a mano.

 

 

Plus un palliatif aux Dents de la Mer qu’autre-chose, Snowbeast aurait sans doute gagné quelques points en passant du petit au grand écran, puisque lui aurait alors été permis de ruer dans les brancards. Toujours frustrant de découvrir que le gore nous est décrit par les personnages plutôt que montré sans détours. N’empêche que le tout se suit sans déplaisir, et que le soutien d’une chaîne télévisée assure une certaine crédibilité question décorum et figuration. On n’ira pas de notre standing ovation, mais on applaudira poliment à la fin tout de même, en particulier le copain Bo, ici impeccable.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Herb Wallerstein
  • Scénario : Joseph Stefano
  • Production : Wilford Lloyd Baumes
  • Pays : USA
  • Acteurs : Bo Svenson, Yvette Mimieux, Robert Logan, Sylvia Sydney
  • Année : 1977

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