The Lodge

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Mine de rien, cela faisait déjà quelques années que nous ne recevions plus notre carte de bons vœux de la part de la Hammer Films ressuscitée, d’une discrétion exemplaire depuis la sortie du correct La Dame en Noir 2 (2014). Et c’est pile à l’instant où l’on commence à s’inquiéter un peu trop que la firme britannique se rappelle à notre bon souvenir via The Lodge (2019), christmas movie d’obédience auteurisante tourné en petit comité par le duo mixte Veronika Franz/Severin Fiala, déjà titulaire d’un Goodnight Mommy (2014) avec lequel leur dernière offrande partage quelques thématiques.

 

 

A priori, Riley Keough ne doit pas courir après les vacances d’été, le sable fin et les margaritas sur la plage. Comme si elle avait déjà fait le plein de vitamine D sur le set aride de Mad Max : Fury Road, dans lequel elle jouait l’une des jeunes fiancées d’Immortan Joe, cette Californienne d’origine se terre depuis dans l’ombre de films tout sauf rayonnants. Aucune chance effectivement qu’elle se ramasse un coup de soleil sur des bandes assombries (à des degrés divers, certes) comme Le Diable tout le temps, Under The Silver Lake, The House that Jack Built, It Comes at Night et Aucun Homme ni Dieu. Belle carrière déjà dans le septième art ténébreux pour la petite fille d’Elvis (c’est pas de la blague, elle est la descendante du King), à priori pas prête de tromper la mélancolie de sa filmographie pour aller se compromettre dans des comédies imbéciles ou des pelloches girly avec Melissa McCarthy. Pour rappel, dans l’excellent Le Diable tout le temps, elle incarnait l’acolyte d’un tueur en série et y acceptait de coucher avec les proies désignées par son époux, puis de poser nue avec leurs cadavres après que Monsieur les ait castrés. On a beau avoir eu le gros Presley pour grand-père, on n’en est pas pour autant Love me tender. Sans surprise, on retrouve ce goût pour la noirceur dans The Lodge, où elle incarne Grace, unique rescapée d’une secte versée dans le suicide collectif. Elle rebondira plutôt bien par la suite, séduisant par sa jeunesse un Richard Armitage (la trilogie Le Hobbit) plaquant dès lors son Alicia Silverstone de femme, lassé qu’il est d’avoir à justifier le fait qu’il vive sous le même toit que la Batgirl du tant moqué Batman et Robin. Ne supportant pas de se faire plaquer pour une petite jeunette, potentiellement psychopathe par-dessus le marché, Alicia se suicide d’une balle dans la bouche, laissant seuls ses deux enfants (dont Jaeden Martell, abonné aux rôles de gosses tristounets depuis que son petit frère s’est fait arracher un bras dans Ça). Six mois plus tard, à l’arrivée des fêtes de fin d’année, Armitage, fort occupé par son rôle de professeurs des universités, propose à la chair de sa chair de passer quelques jours avec Grace dans le pavillon familial. L’occasion d’apprendre à mieux la connaître, entre deux bonhommes de neige et une séance de patinage sur le lac gelé. Mais une fois le père parti, les tensions s’accentuent et vont même de mal en pis lorsqu’un laid matin Grace et les enfants découvrent qu’ils n’ont plus de courant et que le frigidaire s’est vidé de lui-même, comme par enchantement. Alicia Silverstone chercherait-elle vengeance depuis la tombe ?

 

 

On se doutait un peu depuis Goodnight Mommy que la paire Fiala/Franz considérait que le fantastique dont elle se fait la signataire mérite le Louvre, et The Lodge vient solidifier cette impression en refusant de s’adonner à la ghost story pleine de jumpscares pour mieux embrasser le drame psychologique tout sauf indigne de la plage horaire la plus tardive d’Arte. Les plus pressés fuiront d’ailleurs les lieux du drame en apprenant qu’il leur faudra par exemple attendre vingt minutes avant de voir le personnage principal entrer dans le champs, et qu’il ne se passe en vérité pas grand-chose au fil des 108 minutes que dure le film. Inanimée, cette étonnante production Hammer l’est jusqu’à la paralysie, le gros de l’action se résumant à une Riley Keough frigorifiée passant d’une pièce à l’autre du chalet pour prendre ses cachets, vérifier le thermostat et chercher où diable la confiture aux fraises a-t-elle bien pu passer. Veronika Franz et Severin Fiala donnent dans le minimalisme scénaristique, plus concentrés qu’ils sont sur leur mise-en-scène, soignée mais à la grammaire plus simple qu’il n’y paraît, puisqu’elle oscille entre deux types de plans seulement. Ceux figés, au centre desquels les personnages se rongent les ongles en espérant des jours meilleurs, et ceux aux travellings ankylosés, particulièrement nombreux dans l’introduction, que l’on pourrait résumer à un long zoom sur le visage meurtri par le spleen d’une Alicia Silverstone que l’on est heureux de revoir. C’est au Noël le plus triste de monde que l’on nous convie donc : cela bouge peu, la musique est si effacée qu’elle en frôle l’inexistence et aucune couleur ne fleurit ni sur ce lit de neige immaculée, ni sous ce ciel d’un gris cimetiéreux. Si ce n’est lors d’une virée sous le blizzard, quasiment surnaturelle, le duo colle au plus prêt à la morne inquiétude de personnages dévitalisés, semblant attendre la mort dans un chalet sous-éclairé, purgatoire dont Grace tente de s’extirper en se repentant de ses péchés passés.

 

 

Pas désagréable, car Franz et Fiala compensent leur manque de vélocité par une certaine précision et une belle photographie ; mais pas franchement passionnant non plus. La faute à quelques repères voyants (on pense évidemment à Shining, et on sent que les auteurs autrichiens ne seraient pas fâchés d’être rattachés à la mouvance elevated horror) et un script dont on devine tous les tournants bien avant que ceux-ci ne soient visibles, l’effet de surprise étant proche du zéro absolu dans The Lodge. Bon point néanmoins pour le final : bien qu’attendu depuis le départ, celui-ci a au moins le mérite de se montrer violent sans jamais rompre son imperturbable calme. Nous ne barderons donc pas de médailles ce huis-clos frigide (dans tous les sens du terme), mais on érigera volontiers une plaque au nom de la Miss Keough, dont l’excellence de l’interprétation permet au film de tenir sur ses frêles pattes. Beau tour de force de la demoiselle de parvenir à être en même temps une silhouette menaçante (le prologue, où elle n’apparaît que de dos ou en ombre chinoise, l’intronise bellement) et une pauvre fille à sa place nulle-part, rejetée par la famille qu’elle a malgré elle participé à détruire et dont elle doit désormais se faire l’un des piliers. Tantôt effrayante, tantôt semblable à un oisillon tombé du nid, Grace est indéniablement l’intérêt principal de ce trop long métrage, celui qui nous fait rester installés face à ce The Lodge jamais à la hauteur de sa vedette. Les amateurs de thrillers psychologiques les plus patients devraient y trouver matière à se ruiner le moral, les autres verront trop clair dans le jeu de Franz et Fiala et abandonneront la partie à mi-chemin. Quant à nous, on se demande toujours pourquoi la jadis si baroque Hammer Films ne se distingue pas de la production actuelle en réveillant ses momies romantiques et ses vampirettes dévergondées…

Rigs Mordo

 

 

 

 

  • Réalisation : Severin Fiala, Veronika Franz
  • Scénario : Sergio Casci, Severin Fiala, Veronika Franz
  • Production : Simon Oakes, Aliza James
  • Pays : USA, Grande-Bretagne, Canada
  • Acteurs : Riley Keough, Richard Armitage, Jaeden Martell, Lia McHugh
  • Année : 2019

2 comments to The Lodge

  • Roggy  says:

    Malgré une certaine rigidité, j’ai passé un moment pas si moche devant le film grâce à cette tension palpable entre les enfants, le père et Riley Keough qui illumine de sa présence au milieu d’une nature immaculée avant une fin attendue mais bien véner. Belle chro l’ami.

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