Blood Beat (Sortilèges)

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C’est toujours pile au moment où vous pensez avoir tout vu, tout entendu, tout vécu, que débarquent dans votre boudoir une famille de chasseurs dotée de pouvoirs psychiques et un samouraï fluorescent pressé de refaire la déco du sapin à grands coups de katana. Qui les a invités ? Un drôle de français, Fabrice-Ange Zaphiratos, parti vivre au Wisconsin pour y tourner un bad trip sanglant, plein de filtres dignes du A Night to Dismember (1983) de Doris Wishman mais dont le mood général évoque plus volontiers l’oeuvre du roi de l’horreur rurale Don Dohler. Welcome to Blood Beat (1983), parfois nommé Sortilèges en Macronie et dans les contrées avoisinantes.

 

 

Si Blood Beat se trouve généralement être le grand oublié des listes compilant tous ces christmas horror movies, dans lesquelles les Gremlins de Joe Dante tirent sur la barbe du faux père-noël de Christmas Evil, c’est un peu de sa faute. C’est que cette Série B (les méchants pas gentils parleront sans se gêner de Série Z, et on ne sait pas encore si on a envie de batailler pour leur donner tort), malgré son roi des forêts paré de ses étoiles scintillantes et planté au milieu du salon (celui de Zaphiratos lui-même, conscient qu’il est financièrement plus intéressant de tourner à domicile plutôt que de louer son décorum à autrui), évoque plus volontiers la chute des feuilles que la cascade de flocons, Sortilèges sentant bon l’octobre froid et la cueillette de la cèpe d’automne. Et c’est encore de sa faute s’il se retrouve le plus souvent sur le banc de touche lorsque les junkies de l’épouvante se lancent dans un marathon orienté slasher des bois, ceux-ci préférant composer leurs équipes avec les plus sûrs et entraînés Madman, Carnage, Massacre au Camp d’été, voir, pour amuser la galerie, Don’t Go in the Woods. Non pas que la lame de Blood Beat soit émoussée et se briserait face à la bonne vieille hache de Madman Marv, notre guerrier nippon constamment entouré d’une lumière bleutée venue trahir son caractère fantastique, faisant le taf’ en la matière, comme s’il était toujours à fendre l’air à la bataille de Nagashino. Des petits trous, des petits trous, encore des petits trous, il en fait dans les bides des campagnards du Wisconsin, quand il ne les égorge pas ou ne sort pas son arc pour leur tirer entre les omoplates une flèche parfaitement taillée. Non, le soucis de ce deuxième film du copain Fabrice-Ange, cinq ans après un La Grande Frime (alias A Nous les Minettes) que l’on imagine bien éloigné de ce défilé de ventres ouverts, c’est qu’il n’a de slasher que le nom et l’affiche. Et qu’au splatter fendant les crânes estudiantins, il préfère des délires psychotroniques et visuels que seul un space cake peut vous glisser dans le cortex. J’espère qu’il vous reste un petit creux et que vous avez votre combinaison spatiale à portée de main, car vous allez croquer dedans vous aussi.

 

 

Noël, c’est certes les publicités Coca pleines de cerfs frôlant les toits enneigés, les caissières de chez Carrefour obligées de contenir un vomito parce que Tonton Gilbert a acheté un plat de fruits mer sentant fort la moule avariée, et la course à la console de jeux en promo pour faire plaisir au petit dernier, mais c’est aussi et pour certains surtout la famille. Dans le cas présent celle de Gary, hommes des bois typiques de la production Direct-to-Video des 80’s puisque portant la barbe et la chemise à carreaux rouges et noirs. Celle de Cathy aussi, compagne que l’on devine sensible puisqu’elle s’adonne aux joies du coup de pinceau sur la toile et couvre ses frêles épaules d’un châle de hippie. Le Peace and Love couplé au « faut que je tire dans le cul d’un daim pour ressentir un peu d’excitation » en somme, la chasse étant comme toujours dans les bosquets de l’exploitation un hobby particulièrement prisé. Ces deux ermites (pas de voisins immédiats, donc pas d’emmerdes) reçoivent en cette fin décembre la visite de leurs désormais grands enfants : Dolly, fifille qui semble si stupide qu’elle doit être du genre à voir trois fois un épisode de Peppa Pig pour en comprendre la fin, et Ted, beau brun fadasse au possible mais que toutes les filles du comté doivent s’arracher. C’est Sarah qui aura tiré le gros lot, demoiselle timide que le Teddy vient donc présenter à sa mère et à son beau-père, couple reformé et pas encore marié, au grand désespoir d’un Gary pressé d’alourdir son annulaire. Un petit week-end tranquille en prévision, à manger de la bûche au moka après que le frère et la sœur, tous deux dans leur vingtaine, aient terminé de jouer au Monopoly allongés au sol comme des gosses tout juste revenus de l’école. Le bonheur. Enfin, si l’on oublie que Maman Cathy et la nouvelle arrivée Sarah ont du mal à s’attacher l’une à l’autre, la daronne étant en outre persuadée de l’avoir déjà vue auparavant. Fait bizarre, elle avait préparé un cadeau de Noël à son nom alors qu’elle ignorait jusqu’à sa venue… Strange shit for strange people, dude. La situation empire encore lorsque Sarah est conviée à une partie de chasse, à laquelle participe aussi l’Uncle Pete, toujours partant pour plomber un fion de biche. N’acceptant pas que l’on liquide du Bambi, la citadine se met à hurler, faisant rater les tirs de tout le monde, et s’enfuit… pour tomber quelques mètres plus loin sur un pauvre randonneur à l’article de la mort. Le pauvre a les entrailles à l’air.

 

 

On le découvre assez vite, un samouraï hante la région et s’infiltre dans les maisonnées pour y exécuter leurs occupants. Et on ne parle pas là d’un banale maniaque échappé de sa cellule capitonnée et ayant trouvé un costume de guerrier Jap’ dans une brocante, mais d’une espèce de spectre à la voix autotunée (mais de l’autotune foireuse de 1983, hein) ne trouvant rien de mieux à faire que de traverser le Winsconsin pour y taillader des ventres à bière en marcel. Rien que pour lui, Blood Beat mérite, si ce n’est l’amour, un peu de respect. Mais comme Zaphiratos avait probablement fumé autre-chose que des cigarettes en chocolat durant les huit semaines que durèrent le tournage – un délais plutôt long pour une production aussi désargentée -, il ne s’en tient pas là et décide de jouer du montage parallèle pour montrer une Sarah prise de convulsions ou d’orgasmes (c’est pas très clair, mais rien ne l’est dans Sortilèges) à chaque fois que la tête d’ouvre-boîte tranche dans le lard des rustauds du patelin. Cathy ne va pas fort non plus et se met à dessiner des peintures sanguinolentes, ses capacités mentales lui faisant ressentir l’approche du bourreau échappé du Soleil Levant. Il faudra attendre le dernier acte (et attention, ça va Spoiler), plein d’effets visuels annonciateurs des Dragon Ball Z à venir, pour que la vérité éclate enfin : Sarah est la sœur morte de Cathy, à priori décédée durant Hiroshima et qui revient chercher sa frangine dans une armure fluo pour se sentir moins seule en enfer. C’est du moins ce que j’en ai tiré, les élus passés un jour devant ce B-Movie charcutant moins de collégiens que de méninges s’accordant sur le fait que Blood Beat est difficilement compréhensible. Parce que le tout n’a aucun sens, certes, mais aussi parce que la prise de son est souvent mauvaise, les dialogues étant plus souvent qu’à leur tour engloutis par une bande-son piochant sans se retenir dans les compiles de musique classique.

 

 

N’empêche que le charme opère. Un charme particulier, pas tout à fait celui qu’un adolescent des années 2000 pouvait ressentir en reluquant le popotin de Clara Morgane en crypté. Plutôt celui, incertain, que l’on éprouve en regardant un peu plus longuement cette camarade de classe que l’on n’avait jamais vraiment remarquée auparavant, discrète et pas coquette pour un sou, mais dont on devine des traits gracieux derrière les binocles et une poitrine appétissante sous sa doudoune d’eskimo. Blood Beat, c’est la mocheté devenue irrésistible dès qu’elle se décide à sourire. Et ce n’est pas la framboise que l’on engloutit d’une traite, facile à manger et cueillie sur la même branche que La Nuit des Masques et Black Christmas. C’est le citron qui vous fait faire la grimace pincée, pas forcément agréable sur le moment, mais dont le goût reste en bouche longtemps. Voir la pelloche de Zaphiratos comme un slasher serait d’ailleurs une erreur, tant celle-ci doit être empoignée comme un monster flick à la Don Dohler. Comprendre que les coups de sang de la bestiole sont ici moins importants que l’atmosphère générale, que cette ruralité typiquement américaine, que l’on ne retrouva d’ailleurs que dans les productions indépendantes des 70’s et 80’s. Dans ces décors sentant le vrai, parcourus par des acteurs certes très limités, mais là encore crédibles car sans doute trouvés dans le voisinages, et donc bien à leur place. Blood Beat n’est sans doute pas le massacre attendu, et en tant que film d’épouvante, il trébuche à presque toutes les marches malgré une réalisation nettement plus inspirée que ce que le genre et la production de l’époque nous ont habitués. Mais il y a quelque-chose de séduisant, un plaisir voyeur, à partager le modeste quotidien de ces gens ordinaires, dont aucune routine ne nous sera épargnée : s’ils jouent au Monopoly on les verra compter les billets alors que le chat se roule sur le plateau de jeu, s’ils lisent un magazine il ne se passe rien d’autre, lorsqu’un fainéant demande à sa femme un café et du jus d’orange, on la voit faire des allés et retours entre le divan et la cuisine… Un innommable ennui pour 99 % de la population, occupée à se demander quel est l’intérêt d’aller inventer un samouraï boule à facettes si c’est pour préférer filmer des disputes de couple ou un bûcheron se laver les mains. Les 1 % restant, composés de cinéphiles pas tout nets sans doute, apprécieront Blood Beat pour ce qu’il est : une proposition plus artistique qu’il n’y paraît, timbrée au possible, pas si nulle que cela quand il s’agit de sabrer son casting, aux scènes de cul peu bandantes mais bienvenues tout de même et que l’on définira comme sacrément unique. L’un dans l’autre, si l’on plonge dans le lac de la Série B la moins friquée, c’est aussi pour trouver tout cela, non ?

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Fabrice A. Zaphiratos
  • Scénario : Fabrice A. Zaphiratos
  • Production : Helen Boley, Fabrice A. Zaphiratos
  • Pays : USA
  • Acteurs : Helen Benton, Claudia Peyton, Dana Day, Terry Brown
  • Année : 1983

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