Very Bad Santa (Santa’s Slay)

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Les liens unissant le catch au cinoche horrifiques ont toujours été assez ténus, et ce dès que le doux brigand Ed Wood avait fait du cogneur suédois Tor Johnson son monstrueux Lobo dans Bride of the Atom. Depuis, tous les Kane du monde ont décalqué à un moment ou un autre la gueule d’un ou deux jeunes décérébrés et la saga Leprechaun fut même ressuscitée par des pros du ring, remplaçant le culte Warwick Davis par un Hornswoggle que l’on imagine plus combatif puisque échappé de la WWE. En 2005, c’était à Bill Goldberg de s’y coller avec un Very Bad Santa de saison, et l’occasion de montrer que le chauve tout en tablettes de chocolat a beaucoup d’humour plutôt que celle d’en faire une icône du fantastique.

 

 

Grandes sont les chances pour que, tout petit, David Steiman fut du genre à se relever la nuit du réveillon pour aller ouvrir en douce les cadeaux glissés sous le sapin. C’est que l’Américain donne l’impression d’être un homme pressé, son Santa’s Slay, seule et unique réalisation à son actif, rentrant immédiatement dans le vif de son sujet en faisant dégringoler de la cheminée un Père-Noël à l’humeur de bison qui vient de se cogner un sabot contre la table de nuit. Une ou deux menues minutes de passées et voilà déjà que Goldberg, sous le manteau rouge sponsorisé par Coca-Cola, est déjà en train de planter des étoiles scintillantes entre des omoplates, envoie le chien valdinguer d’un tir au but bien placé et noie les cocottes dans le punch après leur avoir cramé la face. Et puisque le patriarche auquel on rend visite (incarné par James Caan!) n’aime pas la dinde aux marrons qu’il a pourtant l’honneur de désosser en face de notre vieille copine Rebecca Gayheart (Urban Legend bien sûr, et Scream 2 dans un petit rôle), on lui enfonce une cuisse dans le gosier pour s’assurer qu’il a bien les dents du fond qui baignent. L’esprit de Noël en plein. Et une dark comedy de toute évidence inspirée par Gremlins, le plaisir que prend Steiman à gâcher les fêtes de fin d’année pour ces petites vieilles et autres catholiques chantants étant similaire au pied que prenait Joe Dante à malmener Dick Miller vingt piges auparavant. A la différence près que le réalisateur de Hurlements avait un vrai script dans ses moufles pour organiser son invasion de petits salauds verts, là où que Steiman doit se contenter d’un vague concept dans ses chaussons.

 

 

Le pitch du film est ainsi également son début, son milieu et sa fin : par le passé, Santa Claus perdit un pari qui le force depuis à se montrer bon et généreux envers les petits enfants, qu’il se doit de couvrir de jouets durant 1000 ans. Le millénaire prenant fin, le gros barbu plein de « Oh ! Oh ! Oh ! » va pouvoir mettre le ramdam dans une petite ville, liquidant à l’aide de cadeaux explosifs ou de boules de Noël piégées tout ceux qui ne lui reviennent pas. Deux ados (dont la mimi Emilie de Ravin, déjà croisée dans les dunes chaudes de La Colline à des Yeux version Aja) et un grand-père magique (incarné par le vénérable Robert Culp, éternel adversaire de Columbo) s’allient pour lui faire avaler son bonnet et le renvoyer au Pôle Nord la guirlande entre les jambes. Ca sera tout, merci d’être passés ! Very Bad Santa colle tellement à son sujet qu’il en oublie de se créer une véritable narration, l’intégralité de cette Série B de luxe – c’est tout de même parrainé par Brett Rush Hour Ratner, Steiman ayant été son assistant sur plusieurs films, on devine d’où naît le copinage – semblant constituée des assauts du buffle Goldberg sur un bon peuple la tête perdue dans les flocons. Certes, on nous présente décemment les héros et leur brave papy, pétrifié à l’idée que Santa en revienne à ses instincts les plus primitifs et vienne piétiner les crèches à l’aide de son rêne diabolique, mais ça ne pisse pas bien loin non plus. Parce que Steiman se cogne bien du peu d’histoire qu’il a dans les mains et se précipite dans le traîneau tiré par Rudolph pour enchaîner les tueries décalées. Un public désireux de voir la vie en slasherama ne sera d’ailleurs pas à la noce : oui Goldberg enfoncera une menorah dans une gorge, une pioche pénétrera un front et un sucre d’orge sera logé dans un crâne, mais le gros des tueries mise plutôt sur la force de gladiateur de la star, qui envoie par-dessus la troisième corde tous les malheureux sortis faire un bonhomme de neige.

 

 

Santa’s Slay opère donc une glissade à la luge vers le cinéma d’action, laissant loin derrière les Douce Nuit, Sanglante Nuit et autres Christmas Evil qu’on l’imaginait avoisiner. Tant mieux pour sa personnalité, effectivement plus notable que si l’ensemble s’était contenté de nous refaire le coup du serial killer de garde à la messe de minuit. Mais tant pis pour l’horror addict, que l’on retrouvera affalé dans son canapé avec une moue lassée plaquée sur la tronche, fatigué par cet enchaînement mal pensé de zigouillages (les deux meilleures scènes, le massacre de la famille en intro et l’arrivée du Santa vicelard dans un bar à strip-tease, sont situées dans la première moitié, laissant la seconde bien démunie en moments forts) et de mauvaises punchlines déclamées avec conviction – mais sans talent – par un Goldberg à la voix de rogomme. Heureusement pour Very Bad Santa, le tout tient plus du dessert avalé vite-fait que du buffet à volonté, ses 75 minutes ne nous prenant pas en otage plus longtemps qu’il ne le faudrait. En ressort un petit défouloir pas détestable mais qu’il est difficile de porter aux nues, surtout victime de la fainéantise de son scénariste, à priori persuadé qu’il suffit de placer le Père Noël dans des situations absurdes pour faire naître l’humour. Cela fait sourire dix minutes de voir cette figure de générosité distribuer des coups de coudes à de braves gens, oui. Mais sans contexte, sans personnages dotés d’une véritable personnalité et sans sens du rythme (les gags ne nous prennent jamais par surprise) la comédie ici proposée trébuche et finit la gueule dans la poudreuse. Un faux trailer aurait largement suffit…

Rigs Mordo

 

 

 

 

  • Réalisation : David Steiman
  • Scénario : David Steiman
  • Production : Brett Ratner, Sammy Lee
  • Pays : USA
  • Acteurs : Bill Goldberg, Douglas Smith, Emilie de Ravin, Robert Culp
  • Année : 2005

 

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