Douce Nuit, Sanglante Nuit 4 : L’Initiation

Category: Films Comments: 2 comments

Sans doute échaudés par un troisième volet à la pénibilité extrême, il fut décidé dans la crypte toxique de prendre congé de la saga Douce Nuit, Sanglante Nuit pendant un temps. Celui nécessaire à la recharge de notre motivation, sans doute… Mais puisque la saison le demande, on y retourne et on festoie à la table de L’Initiation (1990), quatrième épisode dégainé par un Brian Yuzna fidèle à lui-même et donc généreux en mutations physiques et viandes putrides.

 

 

A priori, le sympathique Brian ne dût pas subir une angoisse insoutenable à l’idée de prendre en charge la suite de la franchise Silent Night, Deadly Night, tant passer derrière les deuxième et troisième opus n’a rien d’un handicap. D’ailleurs, probablement conscient que ces deux-là perdaient leur temps à tenter de retrouver la verve meurtrière de l’excellent film d’origine, l’instigateur de Re-Animator 2 s’oriente vers quelque-chose de totalement différent pour son Initiation, livrant une vision toute personnelle, et même représentative de son œuvre, des fêtes de fin d’années au jus d’entrailles. Si l’appréciable au millième degré Douce Nuit, Sanglante Nuit 2 et sa nullarde séquelle étaient nées sous le signe du slasher, le numéro 4 de la lignée suit un tracé propre à Yuzna, définitivement plus proche de l’art tout en bidoche transformée de David Cronenberg que du lancer de hache prisé au début des années 80. Une volonté de s’écarter du matériau d’origine pour ne plus vexer les mères de famille venues protester le crucifix à la main à la sortie du premier film, lui reprochant de vicier l’image du brave Père Noël ? C’est mal connaître le père Yuzna, qui abandonne certes la figure du barbu vindicatif et punissant les enfants pas sages en les étranglant avec des guirlandes (ça s’appelle se faire sévèrement enguirlander, même) mais n’en invente pas moins, avec son scénariste Woody Keith – déjà au poste sur Society et La Fiancée de Re-Animator – de quoi faire hurler toute une veillée de Noël. The Initiation, c’est l’histoire de la naissance d’un antéchrist à forme de larve ou de cafard, organisée par un petit couvent de mégères resserrant progressivement ses liens autour d’une journaliste, si pressée de quitter son statut de simple faiseuse de café à la rédac’ qu’elle ne se rend pas compte qu’en enquêtant sur une combustion spontanée, elle vient de tomber dans un terrible piège. La gagnante du jour, nommée Kim (Neil Hunter de Carnosaur 2) se fait donc manipuler par une bouquiniste étrange (Maud Adams de Rollerball et L’Homme au Pistolet d’Or), trop heureuse de lui offrir un livre sur une soi-disant déesse blanche et vierge, et trop pressée de lui offrir des pruneaux pour être honnête. Ceux-ci resteront d’ailleurs sur l’estomac de la Kim, et pour cause : ils plantent en elle la graine permettant la naissance d’une espèce de dieu insectoïde. Merry Christmas everyone.

 

 

 

Contenant des éléments que Woody Keith avait imaginés pour Society sans pouvoir les y implanter, et développant des idées et thématiques que l’on retrouvera plus tard dans Faust et Amphibious 3D, Silent Night, Deadly Night 4 fait on l’a dit office de parfaite porte d’entrée dans le joyeux monde plein d’asticots gluants et de chair tordue de Brian Yuzna. Doigts entrelacés tels des rubans (ça c’est sûr, ça vient de Society), corps rongé par de gros vers, scène de viol dans un abattoir, pauvre femme tombant enceinte d’un cancrelat : on peut imaginer que le pro du gore pâteux Screaming Mad George s’est fait plaisir. Et que les distances prises avec la saga déstabilisa, pour ne pas dire poussa au courroux, quelques fans de la première heure du Billy Chapman jadis chargé de punir les vilaines en les empalant sur les bois d’une tête de cerf. Mais on peut aussi être certains que les défenseurs d’un fantastique avançant progressivement vers la dépravation la plus totale (si votre rêve le plus secret est d’un jour voir cette trogne de dingo de Clint Howard se la jouer Orange Mécanique et agresser sexuellement une malheureuse, vous savez désormais quel film demander à Papa Noël) y trouveront leur compte, tant le réalisateur fait monter graduellement la tension jusqu’à un chaos d’une noirceur peu commune. Cela commence donc lentement, Yuzna posant ses pions à son aise et nous la jouant finalement (et finement diront certains) à la Rosemary’s Baby : quelques figures morbides sur les murs ou les portes, Clint Howard en zonard barbouillé, le comportement de plus en plus louche de la bibliothécaire, la rencontre avec un gros boucher d’origine asiatique aux mains barbouillées de sang, spaghettis tombant au sol et prenant la forme d’une main… Et puis les blattes, présents du début à la fin, partout, tout le temps et de toutes les tailles pour célébrer la pestilence de Silent Night 4, alors lent mais intimidant de par sa lourdeur de pachyderme.

 

 

Et puis all hell breaks loose comme on dit, dans un dernier acte fou récoltant les fruits pourris des graines semées pendant près d’une heure : Clint le bizarre devient un fou furieux du surin, les vieilles femmes rôdant près de la librairie révèlent leur nature de simili-sorcières (Rob Zombie s’en serait-il souvenu pour The Lords of Salem?), les conifères garnis de boules lumineuses prennent feu alors que l’on étrangle sous leurs épines les pères de famille, les gentils garçons risquent de se faire éventrer en sacrifice à une divinité macabre, et ceux qui ne jouent pas le jeu s’enflamment, telle la première victime de l’introduction, carbonisée alors qu’elle chutait d’un toit. Peu gai, et pas tout à fait titulaire de l’esprit chantant qui accompagne généralement la pluie de flocons et la bûche à la noix de coco de votre grand-tante, mais c’est là la méthode Yuzna. Si vous ne ressentez pas l’envie pressante de prendre une douche à l’arrivée du générique de fin, le lascar considérera probablement avoir raté son coup. Brian, aussi sympathique dans la vraie vie que son travail est impitoyable, veut que sa Série B empeste et que le spectateur respire les mêmes effluves dégueulasses que son héroïne, prises de vomissements terribles et se retrouvant carrément la face au sol dans les restes de corned-beef tombés du corps de son petit-ami, pendu à un crochet deux mètres plus haut. Extrême sans avoir à trop en faire et en sauvegardant une certaine retenue, et il est probable que Clive Barker aurait apprécié le tournant pris par une saga que l’on ne reconnaît dès lors plus vraiment. Pas grave tant que le virage est réussi, ce qui est définitivement le cas ici, Silent Night, Deadly Night 4, derrière ses airs de film de commande, et donc de B-Movie anecdotique dans l’oeuvre du maître, cache en fait l’un de ses plus méchants méfaits. Et donc l’un des plus recommandables. Dommage que Neil Hunter manque de charisme et vienne dès lors mettre un petit coup au discours très féministe englobant le métrage, les hommes (dont Reggie Bannister, notre vieux copain de Phantasm) étant ici soit les laquais souillons des reines de la manigance impie, soit de fieffés crétins. Enfin, on peut regretter que la condition modeste du projet (qui reste un direct-to-video) l’empêche de prendre son envol, tant on sent qu’il se cogne les ailes à chaque fois qu’il tente de les déployer dans le petit carré du 4/3 dont il se fait le prisonnier. Dommageable, mais rien qui doive empêcher la VHS de venir salir votre soirée du 24 décembre, bien entendu.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Brian Yuzna
  • Scénario : Woody Keith
  • Production : Richard N. Gladstein
  • Pays : USA
  • Acteurs : Neith Hunter, Clint Howard, Maud Adams, Tommy Hinkley
  • Année : 1990

2 comments to Douce Nuit, Sanglante Nuit 4 : L’Initiation

  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:

    Lords of Salem, mais putain oui tout à fait ! J’oserai sans doute jamais la ramener dans une vraie conversation, mais celui-ci m’a toujours paru bien plus impie et efficace que le film de Zombie sur le sujet. Une vraie orgie de body horror qui m’avait ravi, puis bon, montrer Clint Howard avec un masque-bite sur le nez, ça fait gagner des points.

    D’accord avec toi sur tous les points, c’est crade et complètement éloigné de la série originale (que j’apprécie fortement au passage, et jusqu’au look de Billy dans le 3 avec sa petite cervelle à l’air qui nous souhaite un joyeux noël à la fin du film. C’est nul mais mignon), mais putain qu’est-ce que sa claque. J’ignorais les pseudo-liens du film avec Society hors Yuzna / Mad George, mais maintenant que tu le dis ça semble une évidence et ça explique bien des choses.

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>