The Dark (La Créature des Ténèbres)

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« Rat Salad ! » comme dirait (mais sans chanter, instrumental oblige) Black Sabbath au sujet de The Dark (1993), énième rongeur venu grignoter sa part du cake au fromage qu’est le sous-sous-genre du film de rat vénère. Car on n’a jamais manqué de souriceaux virulents dans les égouts du bis et les cloaques du petit budget, entre les morsures sponsorisées par le poto Nono et ses Rats de Manhattan et la grosse ratte dont ne s’éprend pas vraiment Peter Weller dans le beau D’Origine Inconnue. N’oublions pas non plus la version ailée de ce La Créature du Cimetière basé sur les écrits de Stephen King, et sur le dos duquel le canadien The Dark fait son beurre, non sans s’autoriser quelques menues audaces.

 

 

Jamais tranquilles : alors qu’il pensait pouvoir passer une soirée pluvieuse à se bourrer la gueule devant la tombe de sa défunte épouse, le scientifique Hunter (Stephen McHattie de Pontypool et plein d’autres trucs) se fait sortir du fond de sa bouteille de Jack Daniel’s par des coups de feu. Ils sont tirés par cette bonne vieille bouille de Brion James, agent du FBI qui semble avoir sauté ses cours de tir, puisqu’en plus de vider son chargeur dans un buisson, il troue l’épaule du pauvre McHattie. Mais alors que ce dernier gît au sol, inconscient, une créature énorme le frôle. Quelques heures plus tard, alors que le brutal Brion le somme de se dépêcher d’oublier les évènements récents, Hunter découvre que sa plaie s’est refermée comme par enchantement. Deux ans plus tard, notre laborantin a découvert la cause de cette miraculeuse guérison : c’était un rat mutant que chassait le FBI ce soir-là, et son sang aurait coulé sur la blessure du veuf. Une hémoglobine plus efficace qu’un flacon d’iso-Betadine, et donc très intéressant aux yeux de l’homme de sciences… De retour aux champs de tombes pour capturer la bête pour que la médecine en profite, et après avoir cassé la gueule à des motards mal élevés dans un bar et avoir embarqué la serveuse, Hunter doit à nouveau faire face à un Brion James pressé de tuer la grosse souris… et tous ceux qui ne sont pas sans ignorer son existence. Vu de loin, rien ne semble différencier franchement The Dark (aussi appelé La Créature des Ténèbres au pays de l’érable) du reste de la meute des mulots génétiquement modifiés. Et de près non plus d’ailleurs, puisque l’on retrouve les séquences aussi habituelles qu’obligées de tout animal attack movie soucieux de ne pas nager trop loin du Jaws de vous-savez-qui. Les protagonistes s’enfoncent dans son repaire, découvrent son garde-manger, le plus courageux accepte de servir d’appât, il y a le vilain pas gentil plus pressé d’étouffer l’affaire que de sauver des vies et pour faire bonne mesure, on bazarde une romance parfumée à la violette dans le bidule. The Dark parle d’un ragondin logé au champs du repos, mais on sait que son script aurait pu traiter d’un grizzli qui s’est cogné le petit orteil dans sa sylve ou d’un lion habité par Satan dans sa savane sans que cela le modifie de fond en comble.

 

 

The Dark n’étant en outre ni mieux branlé ni moins bien foutu qu’un autre film du rayon, votre appréciation du petit budget taillé par Craig Pryce (Revenge of the Radioactive Reporter) dépendra au final de trois choses. Premièrement, de votre connaissance – ou méconnaissance – du film d’animaux mangeurs d’hommes. Si c’est là l’une de vos portes d’entrées vers les boules de poil vindicatives, fortes sont les chances qu’il vous soit plaisant comme un aprem’ dans un bar à chats. A l’inverse, si le zoo de l’horreur n’a plus de secrets pour vous et que votre collec’ de DVD prend des airs de Ushuaia de l’épouvante, notre souris qui chausse du 47 ne vous secouera pas des masses, même si son costume un peu goofy sur les bords (on dirait celui de Theodore Rex, dans lequel jouait justement McHattie, avec de la fourrure) pousse étrangement à l’indulgence. En somme, il est moche mais aussi trop mignon pour être sévèrement critiqué. Deuxièmement, si votre petit plaisir dans la vie c’est de tenter de reconnaître toutes les têtes déjà croisées auparavant dans une Série B ou ailleurs, The Dark devrait vous offrir de quoi faire puisque le casting, composé de comédiens connaissant leur boulot, renferme pas mal de connaissances. Dont une Neve Campbell pas encore coursée par Wes Craven et sa face de spectre. Enfin, si vous avez la fibre animale et que vous militez pour la fermeture des abattoirs et le respect de la faune, le script de Robert Cooper (futur scénariste et producteur de la série Stargate) devrait vous salez légèrement les mirettes puisque la bestiole, si elle liquide bien un ou deux curieux, n’est pas montrée comme si dangereuse que cela.

 

 

Espoir pour la médecine, et donc l’humanité tout entière, plutôt que terrifiante menace pour le règne humain, le rat en question ne semble jamais décrit comme le méchant du film, rôle qui revient plutôt à un Brion James tout en grimaces et yeux écarquillés. Plus audacieux encore (et attention, ça va spoiler un petit peu), Craig Pryce n’hésite pas à rendre la mort du monstre larmoyante, montrant la bête épuisée, allongée non loin du héros, comme si elle espérait un peu de compassion de sa part. Ce n’est pas le bouleversant Okja, mais c’est quelque-chose. Et cela nous change de ces finals où l’on encastre de la dynamite dans la cul de l’alligator de service pour en faire un feu d’artifices de la Saint Sylvestre (pas cette année, y a couvre-feu les gars!). Rajoutez un décorum toujours agréable de vieux cimetière – ça vous permettra de vous remettre de la Toussaint expédiée de 2020 – et un rythme satisfaisant et les chances d’ennui sont virtuellement impossibles. Sauf si, à nouveau, on est déjà trop souvent passé par cette ménagerie-là, bien sûr…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Craig Pryce
  • Scénario : Robert Cooper
  • Production : Craig Pryce, Robert Bergman
  • Pays : Canada
  • Acteurs : Stephen McHattie, Brion James, Cynthia Belliveau, Neve Campbell
  • Année : 1993

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