Le Monstre de Venise

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Ah, Venise ! Sa basilique, ses gondoles, ses masques de bouffons… et son assassin casqué d’un crâne, portant la bure de moine et sévissant dans les sous-terrain rocailleux de la ville des amoureux, où il embaume des conquêtes tout sauf consentantes. On en pince pas non plus pour ce giallo sorti avant la grande heure du crime en jaune, Le Monstre de Venise (1965) n’ayant en vérité que le charme de sa cité des doges pour lui.

 

 

Deux petits films et puis s’en va ! La carrière de Dino Tavella est à l’image de la comète de Halley : ça passe dans le ciel, on se réunit sous les étoiles pour la reluquer et avoir un truc de quoi causer le lendemain devant les urinoirs, puis on y repense plus jamais. Un destin auquel pourra difficilement échapper Il Mostro di Venezia, connu des Américains sous le titre plus coup de poing The Embalmer et thriller noir et blanc lorgnant sur les terres de la terreur. Sans grande efficacité malheureusement, ce récit que l’on pourrait résumer à un épisode de Scooby-Doo – un fou furieux déguisé en squelette kidnappe des demoiselles en passant par les canaux, histoire d’élargir sa collection de fiancées mortes – ne déclenchant jamais l’hystérie collective. Il faut dire que l’ensemble sonne déjà-vu et n’est jamais qu’une délocalisation en faveur de l’Italie des germaniques krimi. Comprendre que l’assassin barbote dans des égouts dans lesquels il se rend via des passages secrets, que ses victimes boivent la tasse alors que la police patauge dans l’incompréhension, et que c’est l’habituel journaliste plus futé que la moyenne qui fera un plongeon vers la vérité. Tintin au pays des squelettes hommes-grenouilles pour le dire autrement, puisque le vilain sort les palmes et le tuba pour tirer dans l’eau ses proies, tel un Amsterdamned prenant un peu d’avance sur l’Histoire. On connaît la chanson, et on sifflotait d’ailleurs ce vieux refrain depuis quelques années déjà, The Embalmer semblant, au milieu de ses années soixante, déjà daté. On songe effectivement à ces crime dramas vaguement morbides dans lesquels Bela Lugosi faisait les gros yeux dans les années 40, et si l’on devait rapprocher le film de Tavella d’autre-chose, ça serait probablement de Voodoo Man. Soit une belle antiquité de 1944, dans lequel notre Bela chéri amoncelait les petites chéries livides. Des hommes à femmes mortes dans les deux cas, mais là où le petit délire vaguement vaudou d’antan marquait des points de par le charisme de son acteur principal et son rythme satisfaisant, Le Monstre de Venise fait un vilain plat en jouant les guides touristiques.

 

 

Egalement scénariste, Tavella saupoudre son intrigue policière des gaies escapades d’un groupe de touristes, bien sûr voué à compléter les rangs d’embaumées du Skeletor de service. Alors on trottine dans les vieilles rues de la ville, on assiste à un simili numéro de cabaret dans un hôtel et on s’emmerde un peu, voire beaucoup. Pire encore sont les échanges entre les gratte-papiers et les enquêteurs, d’une banalité confondante (de toute façon, on a l’impression que c’est presque par hasard que le reporter finit par découvrir la cave maudite du killer on the loose, dont on devine immédiatement l’identité), les personnages étant tous creux comme des gogues. On ne verse même pas un demi-larme lors du final, un peu plus osé, voyant l’héroïne, souriante mais pas plus attachante que le reste des troupes, succomber aux attaques de la tête de mort. Inefficient en presque tous points, Le Monstre de Venise délivre tout de même quelques jolies séquences gothiques, comme celle voyant le tueur se cacher parmi de véritables dépouilles squelettiques. Et ces plans en vue subjective accompagné de freeze frames sur les futures victimes n’est pas la moins bonne idée de Tavella. Mais tout le reste semble si flasque, si balisé et si peu habité que rien n’y fait : on se fait chier et on finit fatalement par se lier d’amitié avec le bouton « avance rapide » de la télécommande. Avec de pareilles Séries B, pas étonnant que le Dino finit en voie d’extinction…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Dino Tavella
  • Scénario : Dino Tavella, Paolo Lombardo, Antonio Walter,…
  • Production : Christian Marvel
  • Pays : Italie
  • Acteurs : Luigi Martocci, Maureen Brown, Alcide Gazotto, Alba Brotto
  • Année : 1965
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