Nightbeast

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Il y a des réalisateurs qui auront œuvré une bonne partie de leur vie dans le fantastique sans être remarqués, si ce n’est des plus archéologues des bisseux. Don Dohler était de ceux-là, de ces hommes disparus trop tôt et dans une triste indifférence. Petit coup de projecteur sur l’un de ses films les plus connus: Nightbeast.

 

Don Dohler était sympathique, très sympathique. Emporté en 2006 par ce fichu cancer, l’homme aura subit une vie compliquée, tragique, le foutu crabe s’attaquant également à sa première femme. Il était également le seul à s’occuper de sa sœur ainée, handicapée mentale, qui n’avait que lui. Un homme vaillant, qui ne s’est pas laissé abattre par les coups durs qui auront été assénés par un destin bien cruel. Les mauvais moments, on les fait souvent passer en se jetant corps et âme dans une passion et celle de Dohler, c’est la science-fiction. Un amour qui dure depuis sa plus tendre enfance et qui aura poussé Don à créer des fanzines, avant de passer à la vitesse supérieure en faisant quelques films amateurs. Un bisseux pur et dur, une sorte de Norbert Moutier à l’américaine, qui sera amené tout naturellement à faire des films sous la règle des trois B: Blood, Boobs and Beast. Soit les trois ingrédients nécessaires pour s’attirer les faveurs des amoureux de l’horreur, même si l’on ne dispose que de moyens très réduits. Une maxime qui sera également le nom d’un touchant documentaire dédié à Dohler, retraçant sa vie, de ses premiers essais à ses récentes séries Z, plus sexy encore. Un joli portrait, fortement recommandé et trouvable légalement sur la chaîne Youtube de Troma, qui nous offre également Nightbeast. Car si chez nous le nom de Dohler ne parlera pas à grand monde, le réalisateur a tout de même une petite fan-base aux USA, suffisante pour lui permettre d’avoir son docu rien qu’à lui.

 

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Ce qui frappe d’emblée avec Nightbeast, c’est la somme de talent qui ont débuté sur le tournage. On retrouve ainsi Ernest Farino pour la création des effets sur le générique d’ouverture, un gaillard qui finira par faire de même pour ceux des deux premiers Terminator et sur Abyss. Quant à la bête nocturne que nous promet le titre, elle est créée par John Dods qui finira par bosser sur Poltergeist 3, Ghostbusters 2 ou encore Alien Resurrection. Il y a même un tout jeune débutant qui fit ses gammes sur le film de Dohler en y jouant du synthé, un certain J.J. Abrams qui jouit d’un sacré succès depuis quelques années avec ses Star Trek ou Super 8 et qui est en train de bosser sur le prochain Star Wars. Et oui, on peut commencer à 16 ans en écrivant la musique d’une série Z tournée dans la forêt et réaliser un nouveau volet de La Guerre des Etoiles trente ans plus tard. Il y a donc une morale à tout ça: faites des films gores dans votre jardin, les mômes ! En fait, le moins talentueux du groupe, c’est finalement Dohler… Car aussi attachant soit le personnage, on peut difficilement fermer les yeux sur la qualité de Nightbeast, toute relative…

 

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Tout débute dans l’espace, avec un vaisseau qui vole à toute berzingue dans notre galaxie avant de se ramasser une météorite en pleine tronche, le forçant à atterrir sur notre belle planète bleue. Une première scène plutôt bien foutue pour un petit budget d’ailleurs, même si je me demanderai toujours comment un vaisseau spatial peut se prendre un astéroïde. C’est vrai quoi, c’est l’espace, il y a la place pour esquiver, merde ! Quoiqu’il en soit, un alien sort du vaisseau en question et se met à… tuer. Tout ce qui bouge, ce qui passe, ce qui vit. Il tue, encore et toujours, sans raison en plus, juste pour le plaisir. Ce qui ne plait pas au sheriff du coin, forcément, qui va réunir plusieurs paysans et tenter de se débarrasser de ce psychopathe d’une autre galaxie. La région semble d’ailleurs attirer les violents puisque l’un des habitants, un motard, s’amuse à faire de biens vilaines choses, comme tuer les jeunes filles. Bref, c’est pas l’endroit pour aller pique-niquer, c’est moi qui vous le dit ! C’est aussi tout le scénario qui, comme vous l’aurez compris, ne pisse pas bien loin et se contente du minimum syndical. Dolher se dit que les spectateurs sont là pour voir un gros gloumoute trouer du civil et ne se foule donc pas pour le reste.

 

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Le monstre ne perd d’ailleurs pas de temps puisqu’il commence son carnage dès qu’il sort de sa navette. Il tue bien une bonne dizaine de personnes en moins de quinze minutes, particulièrement frénétiques par ailleurs. Il se ballade, croise des campeurs, et joue de son pistolet qui fait « piou-piou » pour les désintégrer façon disco. Quelques pas plus loin, il lacère la tronche d’un père de famille avant de désintégrer ses deux gosses dans leur bagnole (car oui, ça tue des gosses chez Dohler), non sans avoir étripé un gus et sa femme auparavant. Les autorités débarquent, armées jusqu’aux dents, et entament une bataille avec le monstre, qui les mitraille avec son arme à faire rougir le Capitaine Kirk. L’occasion pour la sale bête d’éliminer quelques innocents de plus, le tout avec un grand sourire débile. Notons que la Nightbeast n’est pas seulement un oiseau de nuit et commettra également quelques méfaits en plein jour. On n’est donc jamais à l’abri de ses griffes, que l’on soit femme, enfant ou couche-tôt. Et ne comptez pas sur la police pour faire son travail efficacement ! Oh, ils essayent, et même plusieurs fois, mais il faut bien avouer qu’ils n’ont pas l’air bien motivés… Car comme tout film semi-amateur qui se respecte, les acteurs sont mauvais. Pas du genre à en faire des tonnes, non, plutôt à en donner le minimum. Tous endormis, ils récitent leurs textes avec la mollesse et la passion d’une limace anesthésiée. La plupart sont d’ailleurs des habitués de Dohler, des gars qui ont déjà joué avec lui ou le referont par la suite, comme Georges Stover, qui n’a jamais quitté le bis depuis et continue encore de payer ses factures en enchainant les séries Z. Des habitués qui connaissent d’ailleurs bien leurs rôles puisqu’ils les ont déjà (dés)incarnés dans The Alien Factor, premier film de Dohler dont Nightbeast est un remake.

 

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Ce n’est pas toujours facile de rester objectif face à une personne attachante comme Dohler, qui a connu son lot de mauvais coups du sort et qui a continué à faire des films malgré les critiques (car il est souvent considéré comme l’un des pires réalisateurs du genre) et le manque de moyen. Mais voilà, on ne peut pas dire que Nightbeast est une franche réussite… On peut passer outre les mauvais acteurs, après tout ça participe au coté « campy » du film comme disent les américains. On peut aussi faire l’impasse sur le manque de moyens, surtout que la créature n’est pas mal foutue pour une si petite production. Mais quand un film se paie un mauvais rythme, c’est souvent fatal, et celui de Nightbeast est à peu près aussi motivant que l’interprétation de ses comédiens. C’est d’ailleurs un peu la faute à Dohler, qui nous offre 20 premières minutes particulièrement dynamiques, avec des morts toutes les dix secondes, mais qui semble ne plus savoir quoi faire passé ce départ. Bien sûr, le monstre apparaît régulièrement pour venir découper un bras ou une tête, mais qu’est-ce qu’on s’emmerde entre-temps ! Le sheriff va et vient, trimbalant la choucroute grise qui lui sert de chevelure d’une discussion barbante à une autre, un déroulement qui est si peu passionnant que Dohler se rend compte qu’il vaut mieux caser une scène de cul s’il veut garder le spectateur (mâle du moins) en éveil. Une scène qui tombe un peu comme un cheveu sur la soupe et qui ressemble clairement à un boulard, mais qui nous permet tout de même de rigoler un peu. Il faut également avouer que Dohler n’est pas un grand réalisateur… Il le savait probablement, ce qui explique que les scènes gores s’enchaînent plutôt bien, la générosité permettant de détourner le regard de la pauvreté technique et du manque de punch de sa mise en scène. Un problème qui peut être évité lorsque l’histoire est suffisamment bien écrite ou folle pour amuser la salle. Après tout, Lloyd Kaufman n’est pas un très bon réalisateur non plus, tout comme Dohler il se contente de poser sa caméra et de filmer ce qu’il se passe devant sans se soucier outre mesure du rendu visuel de l’ensemble, se plaçant plus en témoin de la scène qu’en metteur en scène. Mais cela passe sans problème avec le boss de chez Troma (qui détient Nightbeast dans son catalogue) puisqu’il nous propose souvent des scènes inédites, des délires grand-guignolesques qu’on ne verra jamais ailleurs que chez lui. Alors que chez Dohler, on a juste un alien très vilain qui décime tous ceux qui croisent sa route, comme dans un slasher banal. Et, malheureusement, toute la tendresse que l’on porte à son géniteur ne s’est pas transmise au film, qui passe difficilement même en tant que nanar. Car mis à part un plan de la bestiole tirant au laser qui est repris une bonne vingtaine de fois en moins de cinq minutes, l’ennui étouffant le rire.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Don Dohler
  • Scénario: Don Dohler
  • Pays: USA
  • Acteurs: Donald Leifert, George Stover, Tom Griffiths
  • Année: 1982

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