Natas : The Reflection

Category: Films Comments: No comments

C’est à croire que les indiens d’Amérique étaient, dans les années 80, maudits et destinés à trimballer leurs coiffes de plumes dans tout ce que la production horrifique pouvait avoir de cheap. Après les appréciables à leur façon Scalps de Fred Olen Ray et le slasher Ghost Dance, c’est au tour de Natas : The Reflection (1983, mais à priori sorti en 86 en VHS) de montrer que le genre savait être très à l’ouest.

 

 

Même pas besoin d’aller checker la carrière de Jack Dunlap sur IMDB, la seule vision de Natas : The Reflection nous assure que le bonhomme n’a certainement jamais rien tourné avant, et qu’il n’a rien fait depuis non plus. Bingo : s’il a bien participé à une poignée de téléfilms en tant que comédien, nous tenons bien là son unique réalisation. Rien de très étonnant venant de l’époque 1970 – 1985, période dorée pour des apprentis cinéastes bénéficiant d’abord de l’essor des salles de quartiers crapoteuses, toujours promptes à diffuser tout et surtout n’importe-quoi à condition que ce le produit leur soit peu cher et patauge gaiement dans les marécages de l’exploitation ; ensuite de la tonitruante arrivée du magnétoscope dans les foyers, permissions accordées de fourrer dans un morceau de plastique et sur bande le premier délire venu. Du coup, les horror addicts pouvaient fort bien plaquer leur boulot de boulanger le vendredi, tourner une pelloche durant les deux mois qui suivent, et retourner cuir des croissants pour le restant de leurs jours après avoir découvert que leur carrière de faiseur d’horreurs ne prend pas. Un banc des « losers » (toutes proportions gardées, réussir à sortir un film, quel qu’il soit, étant déjà une victoire en soi) bien garni et au bout duquel vient donc s’asseoir Dunlap, que Natas : The Reflection prive de tout espoir. Faut dire qu’elle est loin d’être terrible – et c’est là un bel euphémisme – cette affaire d’une tour infernale nommée Natas, érigée par Satan en personne (Natas à l’envers, eh oui) dans le but de collecter des âmes. S’il parvient à maintenir ces fameuses âmes en peine sous son joug durant suffisamment de siècles, la porte des enfers s’ouvrira et il n’en sortira probablement pas que des macarons à la framboise. Obsédé par cette légende qu’il considère comme véridique, le reporter de choc Steve (Randy Mulkey, revu en 2011 dans Super Shark et avant cela dans la série Tremors) enquête depuis si longtemps qu’il en est devenu obsédé à l’idée de retrouver Smohalla, un shaman indien incarné par Michel Galabru. Ou Nino Cochise, décédé quelques mois après le tournage et que le générique d’introduction nous présente comme un mec de 109 ans. Non seulement ce n’est pas très délicat de balancer l’âge de ses acteurs de la sorte, mais ensuite il est permis d’avoir de sérieux doutes sur la véracité de cette info, le Nino semblant plutôt tourner autour des 80 piges. M’enfin, il ne devait plus être à ça près, le bougre.

 

 

Errant dans la montagne aride, Steve finit par trouver le vieil indien, point de sauvegarde de son aventure qui lui offre une carte et une amulette magique, deux items précieux pour dénicher le Démon. Notre Tintin du jour s’en va donc croiser le fer avec le diable en personne, non sans passer par une ville fantôme, typée vieux western et habitée par des zombies. Cowboys mort-vivants, prostituées en putréfaction, barman plus très frais : tous sont en vérité des revenants dont l’âme appartient à Natas. D’abord fait prisonnier par ces living deads maquillés à la va-vite (on a oublié de peinturlurer la nuque de certains…), Steve parvient à s’échapper grâce à l’arrivée d’un sioux sur son canasson – Smohalla bien sûr – et retourne en ville demander à sa petite copine et certains de leurs proches de l’aider à résoudre l’énigme Natas. Le problème avec Dunlap c’est que s’il a une histoire, il ne sait de toute évidence pas la raconter. Pour preuve cette introduction, extrêmement brusque puisque nous montrant Steve en train de se faire engueuler par son boss, lassé de le voir perdre son temps sur des mythes diaboliques alors qu’il devrait grossir le journal de colonnes sur les chats perdus et les arnaques à l’assurance. Et juste après, par la grâce d’un montage brutal, Steve se retrouve à la bibliothèque avec un ami chercheur, qui a étalé tous les bouquins sur les Amérindiens sur une table et a déjà découvert tout ce qu’il faut savoir sur Natas. Un peu trop directe comme entrée en la matière. Imaginez un peu la même chose pour, disons, L’Arme Fatale : si le premier volet débutait avec Gibson et Glover en train de se faire sermonner dans le bureau du commissaire, et que la deuxième scène les voyait déjà en train d’apprendre toute la vérité sur leur enquête de la bouche de Tom Atkins, cela poserait un sérieux problème. Car on ne saurait rien de la menace à combattre, car les protagonistes ne nous ont pas été présentés, et parce que la résolution de l’énigme intervient dans les dix premières pages du script. Tolérable pour un court ou moyen-métrage, pas pour une Série B durant 90 minutes et ayant donc encore des kilomètres de bobine à dérouler.

 

 

Après avoir sprinté comme un dingue sur la ligne de départ, Dunlap montre d’ailleurs très vite des signes d’épuisement, son Natas freinant des deux pieds quasi-immédiatement et traînant de la patte jusqu’au générique final. C’est bien simple, une fois dans la ghost town, le film semble ne plus savoir comment la quitter. Sans trop que l’on sache si c’est parce que le Jack était trop heureux d’avoir un décor crédible et pensait qu’y situer le film aiderait bien sa production value, ou parce qu’il s’est rendu compte que son scénar’ était un peu court et qu’il lui faut désormais meubler comme un beau diable. Un public en bons termes avec les films du far west n’y trouvera peut-être rien à redire, mais si comme votre serviteur la vue d’un moustachu portant le stetson et de saloons décrépis ne vous a jamais émoustillé, Natas : The Reflection risque fort d’être des plus pénibles. Puisqu’il a désormais tout le temps du monde, Dunlap ne se presse donc jamais et fait déambuler ses personnages sur ces terres sablonneuses, consentant à en éliminer un de temps en temps. On se dit d’ailleurs, après cinquante difficiles minutes de vide, que l’ensemble va mettre le turbo après le coup de poignard dans le cou que se ramasse l’un des persos. Pensez vous… Certes, ses camarades flippent un peu et se mettent sur leurs gardes, mais ils vont aussi batifoler dans la grange, se pelotant dans la paille… jusqu’à ce qu’un zombie à la gueule en vrac décide de sortir du foin. Suffisant pour que les héros prennent une fuite bien légitime ? Nope, à la place ils retournent se coucher au saloon, l’une des cocottes, inquiète et on peut la comprendre, décidant d’aller se lover dans le sac de couchage de l’un des mâles du groupe. Surprise, le zombie pervers y est déjà, et chaud bouillant il fout le feu à la couchette, emportant la mamzelle dans les flammes. Furieux, son boyfriend retournera se coucher (!) et attendra le petit matin pour réclamer vengeance. Tout ce qu’il trouvera, c’est la décapitation par faucille et les moqueries des téléspectateurs.

 

 

Certes, ça gicle un brin, et les effets spéciaux, bien que plongés dans le noir, proposent un gore cheap mais de qualité. N’empêche qu’on s’emmerde toujours autant et qu’il faut attendre les dix dernières minutes pour que Natas retrouve du poil de la bête. Pile quand Satan daigne sortir de sa grotte (la tour promise en début de film étant probablement trop onéreuse à construire, le prince des ténèbres devra se contenter d’un caillou) et embellir le film de son joli costume de démon noir. Et c’est dans une bataille de rayons magiques (en fait du Tipex que l’on a fait couler sur la pellicule) que se réglera le sort du monde entier, un miroir aux vertus magiques renvoyant le cornu dans son puits de flammes. Et parce qu’il faut un happy end, tous les seconds rôles liquidés dans la ville fantôme reviennent à la vie tandis qu’une chanson ringarde vantant les mérites de l’amour résonne dans les cages à miel. Tout ça pour ça… Qu’il est dur de se montrer clément avec Natas : The Reflection. D’ordinaire, nous les lui aurions pardonnées, ses bévues de débutant, plus charmantes que condamnables. Comme une prise de son qui semble avoir été faite dans une boîte de conserve, certains dialogues étant trop étouffés (je vous mets au défi de comprendre ce que jacte Satan) alors que les effets sonores donnent l’impression qu’une grenade vient d’exploser à côté de votre canapé (quand Steve pose son verre sur une table au restaurant, on a l’impression qu’un rhinocéros vient de défoncer la porte d’entrée). Et puis le script est si con qu’on a presque envie de lui envoyer des fleurs : d’abord lassée de voir son mec perdre son temps sur des légendes qu’elle considère absurdes, la fiancée de Steve change du tout au tout quand il lui rapporte une preuve (qui n’en est pas vraiment une, mais bon…) que Natas existe bel et bien, désormais prête à le suivre jusqu’en enfer s’il le faut. Un virage à 360 degrés, et pas un petit. Enfin, si ce n’est cette dégueulasse chanson vaguement country en guise de conclusion, on apprécie la bande-son, mélange de déflagrations captées avec le répondeur du plus vieux téléphone du monde et de synthés, et qui nous offre une idée très précise de ce que donnerait un concert de John Carpenter sur un champ de mines. Des défauts amusants, mais pas des rasons suffisantes pour vous pousser à tenter ce pénible Natas, dont le seul but est de ramper à la maigre force de son auriculaire jusqu’à l’entrevue entre Steve et Satan, seul moment vaguement excitant de cette terrible heure-et-demie.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Jack Dunlap
  • Scénario : Jack Dunlap
  • Production : Jack Dunlap, Peggy Dunlap
  • Pays : USA
  • Acteurs : Randy Mulkey, Pat Bolt, Craig Hensley, Nino Cochise
  • Année : 1983
Tags:  , , ,

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>