The Wretched

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« The Wretched », ou « le malheureux » selon notre ami Google Translate. Un adjectif collant assez mal aux frères Brett et Drew Pierce, connus d’une audience pas encore écœurée en 2011 par la comédie zombiesque grâce à leur Deadheads, et que l’on devine plutôt ravis par l’accueil fait à leur petit dernier The Wretched (2019), budget modique ayant tout de même, et par surprise, rapporté dans les 66 millions de dollars. Un bon placement, mais un bon film à l’arrivée ?

 

 

Désastre pour à peu près tout le monde si ce n’est quelques géants à la Amazon ou les tisseurs de masques, la crise du Covid aura au moins profité aux frères Pierce et à leur deuxième long-métrage, parti occuper la place laissé vacante par des blockbusters se mettant en retrait dans les quelques rares cinémas toujours en activité et les drive-in ressuscités pour l’occasion. Résultat, cette petite chose nommée The Wretched, d’abord destinée à une exploitation éclair dans de rares salles – une sortie technique, comme on dit – finira par passer de toiles en toiles et de parkings en terrains vagues transformés en cinoches de fortune, récoltant une pluie de billets verts que l’on ne pensait possible que sur les bureaux en marbre de la cité des anges. Mieux : les Pierce ont désormais leur banquette réservée à côté de celle de James Cameron, puisqu’ils sont les premiers depuis un certain Avatar à maintenir une place de premier au box-office six semaines durant. Un exploit seulement rendu possible par la disparition des plannings de l’agent 007, des casseurs de fantômes en culottes courtes et de l’habituelle armada de super-slibards, c’est évident. Mais il est toujours plaisant de voir le petit David coller un uppercut au grand Goliath, même lorsque celui-ci est à moitié dans le coaltar. Disponible chez nous depuis le 2 décembre en DVD et Blu-Ray sur le varié catalogue de Koba Films, The Wretched s’essaie désormais à l’ensorcellement du public francophone. Le terme est d’ailleurs pesé et choisi puisqu’il est ici question des agissements d’une sorcière prenant l’apparence des mères de famille pour mieux attirer leurs enfants dans sa tanière au fond des bois en vue de les y dévorer, envoûtant au passage leurs proches de manières à ce qu’ils oublient jusqu’à l’existence de ses victimes. Fraîchement installé dans la nouvelle maison de son père, le teenager Ben commence à se poser des questions sur les agissements de sa voisine, qu’il surprend en train de s’enfoncer dans la sylve une fois la nuit tombée alors qu’elle devrait s’inquiéter de la disparition de son propre fils.

 

 

Sorcière, vous avez dit sorcière ? Et Vampire, vous avez dit Vampire ? (1985) toujours coincé dans le magnéto de la famille Pierce, le petit classique de Tom Holland semblant de toute évidence être l’influence numéro un de la fratrie, qui en reprend les principaux éléments scénaristiques. L’habituel ado vivant seul avec l’un de ses deux parents découvrira donc d’un coup de jumelles que la MILF vivant à côté de chez lui se comporte de plus en plus étrangement, jusqu’à ce que celle-ci finisse par se sentir observée et décide de répliquer, multipliant les coups de pression à l’encontre d’un Ben comprenant peu à peu dans quel bourbier il se retrouve et que personne ne le croira jamais. L’éternel modèle Fenêtre sur Cour quitte donc le caveau du dandy vampire pour partir à l’école des sorciers, même si les frères Pierce semblent aussi avoir revu le Paranoiak avec Shia Leboeuf, lui-même un remake inavoué du chef-d’œuvre d’Hitchcock, The Wretched mettant l’accent sur l’aspect teen movie. Ben lorgnera donc sur le popotin bien taillé d’une jolie brune passant ses vacances à la marina où travaille son père, mais finira par s’enticher de sa collègue Mallory, moins bimbo mais plus sympa, alors que les jeunes fils à papa du patelin lui feront de mauvaises blagues et lui distribueront même quelques coups de poing dans la mâchoire. Classique, mais il paraît évident que les Pierce ne pourchassent pas l’originalité et courent plutôt après une Série B aux retournements certes attendus (encore que les twists de dernière bobine sont plutôt bien amenés) mais dont on appréciera le confort. Sur le strict plan technique, le film a d’ailleurs de l’allure : soigné de A à Z (belle réalisation de la part des frangins, bonne musique et une photographie de toute beauté ne trahissant jamais les origines modestes du projet), The Wretched a les épaules assez larges pour intimider les productions Blumhouse sur leur propre terrain.

 

 

Plus malins que la moyenne, les Pierce ne multiplient jamais les jumpscares sans non plus tomber dans le tout atmosphérique, visant la juste balance entre effroi et exposition. Comme dans les années 80 en somme, période dorée où il était encore possible d’ambiancer son splatter flick en travaillant ses personnages, de donner dans le spectaculaire sans nécessairement renoncer à un script bien construit. Comme l’antique Fright Night, encore. Old fashion donc notre The Wretched, mais sans nous faire un plan rétro pour autant : on a bien notre petite pop music désuète et pleine de synthé en introduction, mais on évite les posters de Cindy Lauper placardés dans tous les sens, les jouets Star Trek vintage et les lourdes et épuisantes références à Romero et Carpenter. Les Pierce aiment certes les années 80, mais ne se trompent pas de décennie pour autant, shootant un film bien ancré dans son époque. Si une scène ou l’autre peuvent évoquer le Démons de Lamberto Bava (la sorcière, sous son apparence véritable, s’extirpe d’un corps qu’elle déchire au passage), l’ensemble ne se drape jamais d’un caractère passéiste et semble plutôt vouloir actualiser les vieilles histoires plutôt que de faire remonter le temps au genre (j’ai notamment pensé à l’oublié Instinct de Survie de 2009 avec Kevin Costner). Tant mieux, la nostalgie 80’s commençant doucement mais sûrement à sentir le renfermé… Est-ce à dire que ce conte de fée version gore (on n’hésite ici jamais à nous montrer des marmots se faire becter à pleines dents cariées par la big bad witch) touche à la perfection ? Non, The Wretched s’handicapant de lui-même par un héros assez peu sympathique, le Ben pour lequel nous sommes censés rouler étant bien trop lisse sur le papier pour que l’on s’entiche de lui (que savons-nous de sa petite personne au juste, si ce n’est qu’il est l’enfant malheureux d’un couple séparé? Rien ou presque.) tandis que le comédien ayant la charge de l’interpréter a bien du mal à faire passer une émotion. Problématique compte tenu du fait que l’on passe l’intégralité des 95 minutes du films à ses côtés.

 

 

Acte manqué également pour la sorcière : angoissante lorsqu’elle est planquée sous la peau d’une mère de famille au regard meurtrier venue frapper à la porte de l’ado trop curieux, elle mute en un banal et inefficace zombie hurlant dans le dernier acte. Il aurait été plus sage de s’en tenir à la méthode Blair Witch Project pour le coup, et ne pas trop en dévoiler de sa nature profonde tant elle effraie plus lorsqu’elle possède des Madame Tout-Le-Monde pour leur faire porter des crânes de bouc dans leurs caves et greniers. De petites tares dommageables mais qui ne devraient pas empêcher The Wretched de vous accompagner le temps d’un soir.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Brett Pierce, Drew Pierce
  • Scénario : Brett Pierce, Drew Pierce
  • Production : Brett Pierce, Drew Pierce, Chang Tseng,…
  • Pays : USA
  • Acteurs : John-Paul Howard, Piper Curda, Jamison Jones, Azie Tesfai
  • Année : 2019

2 comments to The Wretched

  • Roggy  says:

    Vu en festival, ce petit film reste malgré tout très classique sur la forme mais j’aime bien la mythologie développée autour de la nature et de la sorcellerie. Je suis moins fan du reste, de l’aspect teen-movie notamment.

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