Pledge Night

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Le bizutage, c’est pas joli joli, surtout lorsque l’on jette dans une baignoire remplie d’acide sulfurique un pseudo-hippie. Pseudo car il s’agit en fait d’un métalleux des années 80 bien connu des thrashers puisqu’il s’agit de Joey Belladonna, l’indien hurlant d’Anthrax, groupe que l’on retrouve bien sûr tout au long de la BO du film. N’empêche qu’après ce bain forcé, faut pas s’étonner que le gus revienne des enfers vingt ans plus tard pour trouer de l’insupportable ado…

 

 

 

Si Pledge Night (1988, sorti en 90) peut se vanter d’une chose, c’est d’avoir une jaquette de VHS soulevant la curiosité : d’une cuvette de chiottes taguées de partout s’y dresse ainsi un poing fier tenant une banane à moitié épluchée. Une affiche à la tonalité très différente de celle prévue à l’origine (dont le flyer est visible dans le volume 2 des books B-Movies Posters de Damien Granger), lorsque le film se faisait encore appeler A Hazing in Hell et se faisait passer pour un slasher pur et dur en mettant en avant une batte de criquet cloutée, tenue par une main que l’on suppose peu amicale. Paul Ziller, par la suite réalisateur de quelques Séries B pour les costauds comme Back In Action avec Roddy Piper et Billy Blanks ou Bloodfist IV avec Don Wilson, serait-il du genre à ne pas savoir ce qu’il veut, hésitant dès lors entre l’humour débilos et le splatter bien de son époque ? On parie cent billets que oui, une mise sûre tant le résultat à l’écran soutient cette hypothèse, le film étant scindé en deux partie distinctes et de durée égale. A quarante minutes pile (sur quatre-vingt) nous quittons donc le giron de l’humour bêta pour passer aux déambulations d’un boogeyman vengeur (désormais interprété par un certain Will Kempe, Belladonna ayant probablement d’autres félines à fouetter dans son tour-bus), et Pledge Night vient de se tracer une ligne de démarcation au milieu de son visage mi-rieur mi-grimaçant pour se faire double face. Et comme souvent lorsqu’une petite Série B de pas grand-chose s’aventure au mélange des saveurs, le déséquilibre ne tarde jamais à poindre, l’une des deux moitiés étant indéniablement plus réussie et divertissante que l’autre. Contre toute attente, ce n’est pas à la partie strictement horrifique de nous enchanter, mais bien la première, entièrement faite d’initiations humiliantes et de gags fuis par la finesse.

 

 

Moins un récit avec un début, un milieu et une fin qu’une collection de scénettes sans doute imaginées sur le tas, Pledge Night s’attarde très longuement sur les jeux dangereux auxquels s’adonnent une poignée de jeunes mecs. Des membres d’une fraternité toute américaine s’il en est, et acceptant de gober des verres de terre ou de se faire injurier par leurs aînés des heures durant parce qu’ils sont persuadés que les grands leaders de leur patrie sont eux aussi passés par là. C’est le « hell week » comme ils appellent ça, et si à vos yeux La Revanche de Freddy, bien connu pour son sous-texte gay friendly, tenait plus de La Cage aux Folles que d’autre-chose, alors le premier boulot signé Ziller devrait carrément vous évoquer les premiers méfaits pornos de David DeCoteau, lorsque notre chauve préféré jouait aux boules avec des julots aux slips écarlates. Homo-érotique, Pledge Night l’est à un point tel que l’un des acteurs prévus préférera claquer la porte du set plutôt que de devoir imiter ses petits copains et se glisser sous un « frère » prêt à s’évanouir après de trop nombreuses pompes pour amortir sa chute, ou tendre le fessier en avant pour un marquage de cul au fer blanc. Pas très étonnant finalement que Ziller s’en ira filmer ces gros biscotos de Don Wilson et Billy Blanks dans la salle d’entraînement pour capter la moindre dégringolade de sueur sur leurs pecs d’acier, le gazier vouant déjà un intérêt certain aux amitiés viriles. Quitte à en faire parfois un peu trop dans l’absurde ou dans la teen comedy basse de plafond. Niveau connerie, difficile de faire mieux que cette séquence dans un bar, dans lequel une MILF strip-teaseuse vient dévoiler ses deux blocs de silicone, baffant l’un des héros avec son énorme poitrine tandis que le reste des troupes, sans raison apparente, décide de se réunir en un amas de corps agités du bassin. Si vous avez toujours eu pour but dans la vie de vous coller devant un petit budget dans lequel des mecs plutôt sportifs font semblant de s’enculer en formation pyramide, le tout devant les regards mi-amusé mi-what the fuck des cocottes qu’ils draguaient auparavant, ne cherchez plus, Pledge Night vous tend les bras. Pas mal non plus ce jeu, auquel il fallait penser, de la cerise. Les règles sont plus simples que la plus banales des épreuves de Koh Lanta : on place deux cerises sur des blocs de glace, et chaque équipe doit coincer la sienne entre ses fesses et aller la déposer sur un autre bloc gelé à l’autre bout de la pièce, pour qu’un brother la récupère et prenne le relais pour refaire le chemin inverse. Le gagnant aura l’insigne honneur de pouvoir goûter au fruit défendu après que celui-ci soit passé de raies en raies. La chance…

 

 

On se moque gentiment, mais cette première partie faite de soumissions entre jeunes hommes consentants – on l’espère, du moins – a le mérite d’être tellement stupide qu’elle en devient irrésistible. Et puis elle est toujours plus enlevée que la facette épouvante de l’affaire, qui d’un coup d’un seul perd tous ses points de charisme dès que le démoniaque Acid Sid (joli pseudo, faut reconnaître) s’extirpe du tout-à-l’égout pour mettre fins aux festivités. Et Pledge Night de soudainement devenir ultra cheap, la faute à un rythme alors en berne, à un jeu du chat et de la souris qui semble se dérouler dans deux pièces et un couloir (argh, ce même plan ressorti dix fois de mectons courant dans le même corridor mal éclairé), ainsi qu’à cette volonté qu’à Ziller de voir grand. Trop grand pour le coup, car en tapant dans le film de boogeyman fantastique façon Les Griffes de la Nuit, le metteur en scène enfile une salopette trop large pour lui et son maigre budget. S’il se murmure que les petites natures de la MPAA demandèrent de nombreuses coupes lors des meurtres pour limiter le côté trashos de l’opération, on ressort surtout du film avec la désagréable sensation que la fonte finit par manquer et que pour économiser de coûteux effets spéciaux, il fut décidé de dévier la caméra des assassinats les plus cools. On ne voit donc pas grand-chose des méfaits du Sid, qui tel un personnage des Looney Tunes glisse une bombe (avec mèche et tout et tout) dans le falzar d’un fils à papa pour lui faire exploser le troufion, ou sort sa main des toilettes pour en fister à mort ou castrer un autre (on ne sait pas trop vu que, une fois encore, le hors-champ s’impose). Frustrant, et on se demande pourquoi Ziller ne s’est pas contenté d’un plus sobre slasher : certes, il y perdait en originalité (encore que les wanna be Freddy Krueger ne manquaient pas à l’époque) mais cela rentrait au moins dans le budget. Il s’y essaie d’ailleurs au départ, Sid ne sortant pas immédiatement des W.C. et utilisant le corps d’un certain Dan, jeunot mentalement instable et se mettant à trucider ses congénères dans un rire fou. Tournevis dans le dos, batteur électrique dans la bouche, ghetto blaster balancé dans la baignoire (quand une nénette s’y frotte le poitrail, sinon ça n’a pas de sens) ; ce n’est pas le bout du monde, mais au moins on en profite pleinement ou presque.

 

 

D’ailleurs, tout banal soit-il, le Dan en question fait un meilleur assassin que ce satané Acid Sid. Certes, il n’en impose pas des masses visuellement, n’étant qu’un joufflu à chemise comme on en croise cent-dix aux conventions pour les geeks, là où le Sid semble être le résultat de la chute d’un membre de Twisted Sister dans un baril radioactif, tronche pustuleuse et toxique à l’appui. Sauf que notre grosse tignasse acide a le charisme d’un cale meuble, sortant des draps de lit ou de derrière une porte en lançant un maigre « Ah ! Ah ! », alors que Dan abandonne la retenue d’un Anthony Perkins pour embrasser le côté déglingo de Woody Woodpecker. Une interprétation certainement pas faite pour élever le spectacle, mais au moins on se marre un bon coup. Vocation ratée pour le Ziller, du coup : le monsieur aurait mieux fait de torcher des sous-American Pie et Porky’s plein de boobs (et il y en a dans Pledge Night, les filles faciles étant bien sûr de la fête) plutôt que de voir si le vieux chandail rouge et vert de Robert Englund lui allait comme un gant tailladant…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Paul Ziller
  • Scénario : Joyce Snyder
  • Production : Joyce Snyder
  • Pays : USA
  • Acteurs : Todd Eastland, Dennis Sullivan, Craig Derrick, Robert Lentini
  • Année : 1988 (sorti en 1990)

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