Blood Sabbath

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Sacré destin que celui de Brianne Murphy, petite Anglaise née à Londres le premier avril 1933 et décédée au Mexique en 2003. Entre les deux, Madame vécut plusieurs vies, devenant clown, photographe, épouse de deux personnalités de la Série B (Jerry Warren, réalisateur de Frankenstein Island et Teenage Zombies, et Ralph Brooke, auteur de Bloodlust!) et reste à ce jour reconnue comme la première femme à avoir tenu le rôle de directrice de la photographie sur un gros film (Fatso en 1980), ce qui lui permettra de gagner quelques médailles. Accessoirement, elle se charge aussi de la mise en scène du Blood Sabbath (1972) écrit par William A. Bairn (auquel on devait la version anglaise du Baron Vampire de Bava), petite pelloche de rien du tout profitant des circuits grindhouse pour raconter l’histoire d’une magicienne méchante aux gros nichons. Yeah !

 

Attention, chro qui spoile. Mais qui comptait regarde ce machin, de toute façon ?

 

Décidément, les Aleta et autres Alotta ont bien mauvaise presse. On se souvient de la Aleta vampirique incarnée par Ange Maya dans le tordant Empress Vampire (2012), impératrice dont la maisonnée semblait construite au fin fond d’un sac poubelle et dont le passe-temps favori était de se faire culbuter par tous ses invités ; nous devrons désormais aussi faire avec Alotta la sorcière, tout aussi chaude que sa cousine aux dents longues puisqu’elle est incarnée par une Dyanne Thorne (Ilsa, la Louve des SS) que l’on sait peu hésitante lorsqu’il s’agit de faire voler en éclats son chemisier. Dans son viseur, le pauvre David (Anthony Geary, la série General Hospital, dont il arpente les couloirs cliniques entre 1978 et 2018 tout de même), rescapé de la guerre du Vietnam usant sa semelle au Mexique, profitant de la liberté offerte par le vagabondage pour renifler les coquelicots et se dorer la pilule sous des soleils qui chantent. On se demande d’ailleurs comment ce brave homme a survécu à l’ennemi asiatique tant il semble doux comme un ours en peluche, au point qu’il s’effraie de l’intrusion dans son sac de couchage de trois hippies dénudées. Pas de quoi donner un coup de flippe à un soi-disant Action Man, mais David n’est pas tout à fait un guerrier et décide de prendre la fuite face à ces nymphomanes désireuses de lui retirer son pantalon, autant pour profiter de ce qu’il y cache que pour lui piquer son porte-feuille. Dans sa course, David trébuche et se cogne la tête, tombant dans les vapes non loin d’un lac et imaginant une belle blonde en toge, façon déesse grecque sortie des eaux, nommée Yyala (Susan Damante, The Student Teachers). Songe ou réalité ? David n’en sait trop rien, et sa muse est désormais remplacée par un ermite vivant non loin de là nommé Lonzo (Sam Gilman, vétéran passé dans de nombreuses séries typées far west et même dans Star Trek). Tombé fou de cette étrange demoiselle, David ne saurait repartir sans l’avoir revue, malgré les avertissements de Lonzo : la rumeur veut en effet que Yyala serait un mauvais esprit hantant les rivières locales et qu’il serait plus sage de ne pas s’en faire une intime. L’ancien soldat n’en fait bien sûr rien et retourne barboter dans l’eau, y retrouvant sa belle, plus belle encore que la veille. Mais entre deux baisers sucrés, celle-ci avoue ne pouvoir avoir de liaison charnelle avec David, car ne possédant pas d’âme elle ne peut aimer un être vivant.

 

 

Pas de quoi abattre David, qui profite d’une soirée passée avec Lonzo dans un bar où les mariachi chantent et dansent (à coup sûr des stockshots piqués ailleurs) pour se rapprocher du curé du village, le questionnant sur la manière la plus rapide pour se débarrasser de son âme. Et le pasteur de piquer une colère noire et de hurler dans tous les sens, se fâchant également contre Lonzo, coupable d’amener des enfants en sacrifice à une certaine Alotta (vous voyez, on y revient). On ne nous fait pas lire le contrat liant les deux parties, mais à priori la sorcière offrirait de bonnes récoltes aux habitants de la région à condition que ceux-ci lui apportent une gosse une fois par an. Pour la manger ou l’éventrer sur l’autel de Satan ? Même pas. Un peu perverse sur les bords, Alotta se contente de faire des gamines ses esclaves, qu’elle change finalement en sorcières elles aussi et qui se baladeront à oilpé pour le restant de leurs jours dans son vieux donjon, où elles ne semblent pas franchement malheureuses. Certes, Alotta en liquide une de temps en temps lors d’une messe noire, mais le deal n’est pas si terrible que ça. Evidemment, lorsqu’il apprend qu’il y a dans la forêt une mégère en quête d’une âme pour terminer l’année fiscale en toute sérénité, David se propose : après tout, il ne veut plus la sienne, frein à son idylle avec sa pseudo-sirène. Alotta en veut bien d’ailleurs, de la conscience du p’tit gars, mais elle le met néanmoins en garde contre Yyala, à priori un coeur d’artichaut capable de le plaquer pour le premier beatnik venu. Notre héros n’y croit bien sûr pas une seule seconde et offre son esprit au diable, sautillant nu dans la sylve en hurlant « I’m freeee ! » (alors qu’il vient bien évidemment de se faire arnaquer comme un aveugle au salon de l’auto), tout heureux d’avoir enfin vu son âme partir au loin. A ce stade du film, la vôtre sera déjà partie en courant depuis longtemps.

 

 

Peu avant ce pacte avec le démon, le curé avait tenté de ramener Alotta sur le droit chemin, sans plus d’effets : troublé par toutes les cocottes se baladant le popotin à l’air que la sorcière ne manquait pas de lui envoyer sous la soutane, l’envoyé de Dieu préféra battre en retraite. Non sans jurer par tous les saints qu’un jour il lui réglera son compte, à la vilaine ! Du coup celle-ci finit par penser qu’il ne serait peut-être pas bête de se débarrasser du cureton aussi, plantant des aiguilles dans une poupée vaudou à son effigie. Ce qui ne fait absolument rien, mais à ce stade de Blood Sabbath, Brianne Murphy s’est sans doute rendue compte qu’il ne se passe strictement rien dans son premier long-métrage, si ce n’est des gonzesses qui se trémoussent dans les feuilles mortes, et qu’il faut bien rappeler à l’audience qu’elle ne s’est pas trompée de salle obscure. David, lui, vit le grand amour, celui vu dans les pubs pour le déodorant : il court dans les champs fleuris en tenant la main de son Yyala, l’embrasse avec un soleil couchant en arrière-plan et la nique même sur un ballot de foin. Mais comme Blood Sabbath c’est un peu Dallas au pays des ensorceleuses, et que comme dans l’interminable saga télévisée son univers est impitoyable, Alotta revient mettre son grain de sel dans l’affaire, jouant avec l’esprit de David en l’absence de sa muse. Après une petite danse où elle fait virevolter ses boobs dans tous les sens, elle parvient à lui faire croire qu’elle est Yyala et à se faire prendre par derrière par le G.I. Joe du dimanche, qui après cela va participer à un sacrifice humain dans un bosquet, buvant même le sang de la demoiselle trucidée. Troublé par ce qu’il vient de faire et du gros rouge dégoulinant des lèvres, David effraie sa promise lorsqu’il la retrouve, pensant qu’elle va le quitter comme Alotta l’avait prédit. Retournant près de celle-ci pour cueillir conseil, la diabolique en profite pour le manipuler à nouveau et l’envoie décapiter ce si gênant prêtre. Ce que cet idiot de David fait sans se faire prier, c’est le cas de le dire.

 

 

Sauf que cette fois, c’est le vieux Lonzo que ça fâche, et avec son petit canif il s’en va demander des explications à Alotta sur la mort de son ami le padre. Toujours pas à un mensonge près, elle lui explique le plus simplement du monde que c’est à Yyala que l’on doit le meurtre, et furieux Lonzo s’en va dans la caverne de celle-ci pour la suriner. S’engage un combat avec David, présent sur place pour recevoir son lot de papouilles (ça va beaucoup mieux avec Yyala, ouf!), et c’est l’ermite qui l’avait tant aidé au début du film qui finit poignardé. Se sentant coupable, et enragé contre la Alotta qu’il voit à juste titre comme la source de tous les maux, David s’arme et s’en va lui planter un couteau dans l’estomac, non sans que la sorcière lui lance une ultime malédiction sur le coin de la tronche. C’est désormais écrit : David mourra un jour par la main des siens. Un jour… ou dans la minute qui suit, puisqu’à peine sorti des quartiers d’Alotta, le gaillard se retrouve coursé par le van des hippies du début, décidément pas si peace and love que cela, et se fait percuter et projeter dans le lac. Mort, il ressuscite (si si) et finit par vivre dans un autre-monde idyllique avec Yyala. Morale de l’histoire : quand de jolies hippies, même pickpockets sur les bords, vous demandent de les tamponner, faites-le et n’aller pas chercher le réconfort dans les griffes de la vieille sorcière d’à côté, même si elle est siliconée. Et tant que vous y êtes, tenez-vous loin de Blood Sabbath. Car si Bryanne Murphy emballe ça et là quelques plans pas dégueus et essaie de rendre le tout un peu subtil (à chaque fois que David croise un mort, cela lui rappelle les horreurs du conflit auquel il prit part) et sous-entend que son héros est coincé au purgatoire, tout cela ne pèse jamais bien lourd face au terrible ennui qui nous frappe. Et ne pas trop compter sur l’interprétation générale, les uns et les autres ne faisant que hurler des « Damn you ! » dans tous les sens durant les 80 minutes de ce maléfice tournant autour de la sexploitation sans la pénétrer clairement. C’est encore Dyanne Thorne qui s’en sort le mieux, bien qu’indécise sur le ton à adopter : tantôt vraie méchante de dessin-animé, tantôt danseuse du ventre au ton suave, elle marque surtout des points lorsqu’elle se la joue polie maîtresse de maison hantée à la Morticia Addams. Si l’on garde les yeux grands ouverts, ce n’est donc pas seulement pour la reluquer, la dame profitant d’un évident charisme. Mais c’est bien là tout ce que Blood Sabbath a pour lui…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Brianne Murphy
  • Scénario : William A. Bairn
  • Production : William A. Bairn, Lisa Fluet
  • Pays : USA
  • Acteurs : Anthony Geary, Dyanne Thorn, Susan Damante, Sam Gilman
  • Année : 1972

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