The Being

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C’est beau, l’amour. Surtout lorsqu’il permet à une jeune demoiselle de 23 ans à peine de mettre le pied à l’étrier de la réalisation horrifique. On parle là de Jackie Kong, à l’époque jeune épouse du producteur Bill Osco, alors spécialisé dans la sexploitation bien charnue (Flesh Gordon, c’est lui) et qui permit donc à sa chère et tendre de prendre les rennes de la petite Série B The Being (1983), dont le premier rôle n’est autre que Rosco lui-même, sous le nom d’emprunt Rexx Coltrane. Quand le B-Movie se fait affaire de famille…

 

 

The Being, tourné en 80 sous un autre titre (Easter Sunday), garni d’une avant-première sous un second plus contestable (Beauty and The Beast), et finalement posé sur une étagère durant trois ans pour à l’arrivée sortir en catimini et se faire écharper par la critique, c’est un peu le cauchemar du chroniqueur. Parce que des bidons d’eau croupie comme celui-ci, on en a descendu des hectolitres. Parfois meilleurs, parfois moins goûtus, mais systématiquement structurés, façonnés, vendus et contés pareil. Difficile dans ces cas-là d’encore trouver l’inspiration, d’encore renouveler un vocabulaire ou ressentir une palpitation pour une petite bande au demeurant moins mauvaise que ce que l’on peut en lire, mais tristement ordinaire. The Being, c’est la sempiternelle affaire des puissantes industries balançant leurs déchets toxiques dans la nature et créant sans le savoir un indescriptible mutant, mi-cyclope mi-zigounette. Imaginez le xénomorphe de Riddley Scott croisé avec une saucisse de Francfort et ornementé d’une belle et large rangée de dents acérée, et vous aurez une idée assez précise du look, seulement révélé en dernière bobine comme le veut la tradition, du streum de la semaine. Et le globe-trotter des vidéoclubs aura déjà compris depuis perpette que, l’un dans l’autre, notre gros pain de viande mangeur d’acteurs qui jouent mal ne jurerait pas sur une photo de classe réunissant les hideux de L’Invasion des Cocons, Mutant, Creature ou Creepozoids. D’ailleurs, comme bon nombre de ses confrères en guerre contre la Terre entière, c’est dans un hangar dont on a oublié de payer la facture d’électricité et où sont entassés de vieux cartons que la bestiole se prendra un coup sur le groin de la part du héros Bill Osco. Pour l’originalité on repassera, même si imaginé en 1980 et donc quelques piges avant la plupart de ses camarades creature features nommés plus haut, The Being ne saurait en recevoir des reproches trop virulents. Et l’un dans l’autre, Jackie Kong ne fait jamais que reprendre une recette établie dans les années 50, tout juste corsée de quelques décapitations et coeurs arrachés à la papatte visqueuse.

 

 

Là où Jackie, que l’on retrouvera ensuite aux fourneaux de Blood Dinner (1987), met un peu de distance avec le tout-venant de la production de l’époque, c’est dans sa volonté assumée de rire de son propre reflet dans la glace. Une cuillerée d’ironie mordante pour The Being, qui se déroule au week-end de Pâques et s’amuse à envoyer une petite gamine ramasser des œufs en chocolat à dix centimètres de l’une des taupinières du monstres, dans laquelle fut d’ailleurs glissée les friandises. Que les petites natures se rassurent, la gosse ne finira pas sa course entre les quenottes de la bête, mais Kong se sera fendue la poire à tendre la carotte aux ânes que nous sommes. Plus loin, elle s’éclate aussi à faire de ses protagonistes un ramassis de demeurés se souciant fort peu de l’avenir écologique de leur petite ville de l’Idaho, trop occupés qu’ils sont à se plaindre de l’arrivée prochaine d’un salon de massage, perçu comme un futur temple de la pornographie et donc l’antre de Satan. Finition à la main ? Au tentacule plutôt, ces puritains scrutant de trop près de faux problèmes pour voir venir de bien réels désastres étant tous happés par derrière. Sacrée faune d’ailleurs : faux catholique tenant la Bible en main mais cachant Playboy sous sa veste, flic brutal mettant sa masculinité en avant, vieille bourgeoise occupée à organiser des soirées mondaines, maire soucieux que les mauvaises nouvelles ne fassent pas trop de vagues, scientifique corrompus en pleine tournée des plateaux pour assurer au bon peuple que l’eau du robinet est parfaitement potable… Jackie s’assure qu’aucun d’entre eux ne sera trop attachant, et prend un malin plaisir à les punir pour leurs méfaits en organisant un speed date avec sa grosse bestiole. Quelques scènes ravissent d’ailleurs, comme celle voyant des rednecks un peu junkies sur les bords s’en aller au drive-in (si les lieux piquent l’affiche du très bon slasher Silent Scream, le film à l’écran est un film de monstre fictif) pour s’y faire bouffer, la voiture des teenagers d’à côté hurlant face aux horreurs du film projeté sans se rendre compte qu’un véritable carnage a lieu à deux mètres de là. Drôle aussi la réaction du maire (José Ferrer) lorsqu’il découvre l’existence du monstre, puisqu’il quitte le domicile familial en y abandonnant sa femme et leur invités, sa promise finissant étranglée par un appendice. Rien de révolutionnaire, mais cette comédie ne saurait blesser The Being.

 

 

Ce qui le taillade véritablement par contre, c’est cette décision malheureuse d’offrir le rôle principal d’un policier flairant le danger à Rosco, si mauvais acteur qu’il paraît évident que les trois-quarts de ses dialogues furent retravaillés en post-prod. Subissant une grave pénurie de charisme, le regard livide de celui qui n’a pas vidé sa cafetière le matin et rendu encore plus mauvais par la présence à ses côtés du toujours bon Martin Landau, même dans du low budget médiocre comme celui-ci, le Bill ringardise le film, qui de la petite chose consciente de ses tares et ravie d’en ricaner vire au B-Movie à l’humour involontaire. D’autant plus dommage que Kong a des idées question effroi, mal modelées pour cause de manque d’expérience, mais bien présentes : la course entre Rosco et le monstre non loin du chemin de fer, ces voitures dégueulant de la gélatine, l’attaque d’un automobiliste par le toit de sa carlingue… Jackie Kong essaie vraiment d’emballer une bande d’exploitation mouvementée et macabre, et on y croit parfois (les éclairages nocturnes fonctionnent), mais jamais dur comme fer : The Being a beau battre des ailes très fort, il ne prend jamais son envol et ressemble finalement à tous les autres coucous du nid.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Jackie Kong
  • Scénario : Jackie Kong
  • Production : Bill Osco
  • Pays : USA
  • Acteurs : Bill Osco, Martin Landau, Marianne Gordon, José Ferrer
  • Année : 1980 (tournage), 1983 (sortie)

2 comments to The Being

  • Roggy  says:

    Je n’ai pas l’impression que le film vaille tripette, en revanche ta chro est très réussie comme toujours en fait. Bravo pour ton manque d’inspiration :).

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