The Last Thanksgiving

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Pour nos amis Américains, le quatrième jeudi de novembre est et restera toujours celui de la volaille fourrée à la carotte et au céleri. Et puisque le slasher a toujours eu à coeur (ouvert) de souiller les jours fériés et que Thanksgiving ne saurait y échapper (il n’y échappa d’ailleurs pas durant les saintes 80’s, voir Home Sweet Home (81) et Blood Rage (87) pour s’en convaincre), on ne découpe pas que la dinde dans The Last Thanksgiving (2020), micro-budget plein de bonne volonté et étalant toute la reconnaissance qu’il porte à ses aînés.

 

 

Dis-moi quel t-shirt tu portes, je te dirai qui tu es. Dans le cas d’Erick Lorinc, jeune réalisateur basé à Los Angeles, une œillade sur ses tricots aux couleurs des vieilles productions Charles Band et autres Séries B des années 90 suffit à situer le bonhomme, et par extension son premier long-métrage The Last Thanksgiving. En avant toute pour les années location, lorsque les vidéoclubs accueillaient plus de serial killers chourineurs d’écolières que le plus large des pénitenciers, et époque bénie où Linnea Quigley semblait constamment coincée dans une douche privée de rideau. On ne s’étonne d’ailleurs guère de la voir frapper à la porte de notre slasher du week-end, avec quelques rides en plus mais sans avoir perdu de sa badass attitude, Lorinc étant visiblement de la trempe de ces Justin M. Seaman (The Barn) ou Chris LaMartina (President’s Day) jamais contraires à l’idée d’inviter leurs idoles de jeunesse à une danse macabre. Et certainement pas non plus contre celle de verser dans le psychokiller movie tout sauf gêné de mimer ses modèles, la dinde aux marrons que le jeune homme nous sert ayant le fumet et la chair ferme des carnages d’antan. Bande-son old-school, ambiance automnale très travaillée, protagonistes stéréotypés (le copain gay, le black sympa, la goth mollassonne, le geek fan de cinoche horrifique), maboul masqué et meurtres variés au programme, Lorinc allant en prime siphonner un peu d’essence dans la tronçonneuse de Texas Chainsaw Massacre pour éviter tout risque de panne sèche. Equitablement inspiré par le slash’ à papa (l’un des persos cite Massacre au Camp d’été, et ce n’est pas que pour la forme) que par les déboires familiaux du boucher à face de cuir, The Last Thanksgiving tourne autour d’une tribu de cannibales profitant de la fête des pères pèlerins pour festoyer autour des restes de victimes kidnappées puis désossées. Cette année, ils jettent leur dévolu sur les cuisinières et serveurs du boui-boui où turbine Lisa Marie (Samantha Ferrand), invétérée râleuse en guerre contre le monde entier, dont la mauvaise humeur pourrait renfermer la force nécessaire pour se rebiffer contre ces gloutons désireux de planter leurs fourchettes dans ses cuisses dodues.

 

 

Cela s’active donc en cuisine, avec des tueries restant dans le thème de la bouffetance et usant des ustensiles ayant fait la renommée de notre chère Maïtée. Hachoir à viande planté entre les omoplates, fouet de cuisine enfoncé dans l’oeil et servant à touiller l’intérieur du crâne, couteau électrique éventrant de la donzelle, cocotte jetée dans une sorte de puits de graisse brûlante, mamie enfermée dans le four… Pour varier et ne pas être accusé de passer sa vie la tête dans le frigo, Lorinc, également scénariste de son festin de roi, imagine aussi quelques scalp à mains nues, des décapitations au taille-haie et un coup de fourche dans la gueule ; mais on sent que le propos se fait surtout culinaire. N’espérez néanmoins pas tout savoir sur la cuisson de teenager de mauvais poil, car freiné par un budget effilé, The Last Thanksgiving ne peut s’offrir de véritables effets gore, d’ailleurs moulés sous les aisselles par Lorinc lui-même. Sachant fort bien qu’il n’a pas le tour de main d’un Savini ou même, pour descendre de quelques échelons, d’un Joe Castro, le gazier ajuste sa réalisation en conséquence. Alors qu’il privilégiait des plans d’une certaine ampleur, se plaisant à perdre sa Lisa Marie dans la grandeur de son patelin attaqué par la chute des feuilles, il opte soudainement pour des extrêmes gros plans sur des plaies sanguinolentes ou des regards tordus par la douleur. Histoire bien sûr de ne pas dévoiler qu’il n’a que des restes de jus d’airelles ou du Nutella chauffé pour mettre au point ses coulures de cervelle… Un choix logique, voire sage, malheureusement accompagné d’une certaine confusion lors du dernier acte, où le clan des mangeures d’hommes est confronté à des invités qui se rebiffent. Et lorsque la bataille générale est dessinée en collant l’objectif à quelques centimètres à peine du pif des égorgés, le chaos prend le dessus et le pauvre spectateur n’y comprend plus grand-chose.

 

 

On ne tombera néanmoins pas sur le réalisateur pour si peu. Et on ne lui reprochera même pas de s’être entouré d’acteurs médiocres, tant on sait que les petits budgets n’ont jamais attirés les grands tragédiens, mais aussi parce que le slasher s’accommode parfaitement de comédiens à côté de leurs pompes. Cela fait même partie du charme du genre. Jamais entamé, donc, le capital sympathie que l’on porte au jeune auteur, de toute évidence très volontaire, soignant autant son ambiance que son décorum, et livrant son lot de belles scènes. Comme celle située dans la salle de cinéma, plongée dans un rouge écarlate depuis que le sang du projectionniste, fraîchement violenté, a giclé sur la vitre faisant face au projecteur, empourprant par la même occasion le conte de Noël vieillot alors projeté sur la toile. Et petit rêve de slasherophile que ce flashback compilant tous les meurtres de la famille carnassière via un montage enlevé, les massacres se succédant en même temps qu’ils en disent plus long sur le passé et le caractère véritable des vilains. Rien de sensationnel dans le fond – ces Messieurs, Dames mangent leur prochain parce que leur ancêtre cuisait de l’Indien au petit déj’ – mais The Last Thanksgiving se rattrape là encore en modelant une héroïne intéressante car allant à rebours de ce que ce jour sacré ordonne d’ordinaire. Plutôt que de se montrer heureuse de ce qu’elle a – Thanksgiving étant par tradition le jour où l’on remercie le bon Dieu pour un peu tout et n’importe-quoi, de la santé à sa famille en passant par l’Internet haut-débit et le porno gratuit – Lisa Marie peste constamment et n’est jamais à court d’une petite remarque déplacée pour rabaisser son interlocuteur. C’est dans l’adversité, et alors qu’elle devra montrer un peu de compassion pour des êtres mutilés par les viandards dingos, qu’elle trouvera son humanité profonde et dépassera ses traumatismes passés (elle ne put tenir la main de son grand-père sur son lit de mort, effrayée par la métamorphose physique du malade). Peut-être un peu cliché, mais on ne va tout de même pas reprocher à Lorinc d’engraisser une histoire qui aurait sinon pu ressembler à celle des 1497 autres slasher dispos sur le marché, n’est-ce pas ?

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Erick Lorinc
  • Scénario : Erick Lorinc
  • Production : Annissa Omran
  • Pays : USA
  • Acteurs : Samantha Ferrand, Branden Holzer, Madelin Marchant, Linnea Quigley
  • Année : 2020

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