The Night of the Sorcerers (La noche de los brujos)

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Un Amando de Ossorio abandonnant ses chevauchées de morts-vivants pour se faire le chorégraphe des endiablées danses nocturnes d’une tribu vaudou, ça vous chante ? Ca me chantait aussi avant que je ne découvre que le père des blind dead s’est trébuché puis vautré dans une pâle Série B avec The Night of the Sorcerers (1974), pantouflarde tentative d’ensanglanter la savane.

 

 

Dans une jungle soumise à de terribles intempéries, tant y sont répétées la pluie de stock-shots d’animaux broutant leur verdure et la grêle de faux-raccords, une tribu africaine capture un top-modèle. Ces pratiquants du vaudou la fouettent jusqu’aux sang, la décapitent et dansent sans vigueur autour de sa carcasse, dans l’attente qu’une armée colonialiste se pointe pour leur tirer dessus lors de plans de jour, la mort survenant durant les plans de nuit. Si les valseurs nocturnes s’effondrent, la caboche séparée de son tronc se réveille, dents pointues et regard haineux plaqué sur la face. Saut dans le temps et retour aux seventies qui virent la sortie de ce La Noche de los Brujos, sans pour autant que les locaux en aient oublié les horreurs des temps passés, les indigènes et aventuriers locaux craignant tous la brousse une fois la nuit tombée. Il se dit qu’au coucher du soleil, la tribu sortirait de son repos pas si éternel que cela pour faire de nouvelles victimes et agrandir les rangs de leurs démones mi-femme mi-léopard. Bonne nouvelle pour ces vilains, des journalistes posent leurs valises sur ces terres sauvages en vue d’écrire un article sur les espèces en voie de disparition, et les trois jolies jeunes filles faisant partie de l’expédition feront de bien belles félines diaboliques… Sacré grand réveilleur de morts depuis La Révolte des Morts-Vivants, premier opus – et quel opus ! – des aventures blasphématoires des templiers zombifiés, Amando de Ossorio n’a depuis cessé de nous ravir dans la crypte toxique, chacun des épisodes suivants ainsi que le trop méconnu The Loreley’s Grasp se hissant sans effort dans le top du bis européen. Mais qui atteint le sommet ne peut que redescendre. Amando, lui, dégringole, roulant disgracieusement et se prenant tous les cailloux et rochers sur le chemin, pour s’écraser lamentablement à nos pieds avec sa pénible nuit des sorciers. Les attentes n’étaient pourtant pas excessivement élevées : certes, les précédents efforts de l’Espagnol avaient placé la barre haute, mais la réputation de Night of the Sorcerers étant ce qu’elle est, on se doutait qu’aucun chef d’oeuvre ne se cachait dans ces fourrés. C’est pire que cela.

 

 

Difficile de savoir au juste par où commencer, car pour être tout à fait franc, aucune qualité réelle n’éclot sur ce tas de fumier, de Ossorio ne parvenant à aucun moment à retrouver la grandeur de ses films précédents. On se souvient évidemment des sorties de tombes, lentes et presque douloureuses, parcourues d’échos de cris infernaux, des templiers adorateurs de Satan, séquences cultes situées dans des ruines dont chaque pierre semblait attaquée par le Mal. Et on a presque une larmichette salée en repensant à la grandeur (cheap certes, mais grandeur quand même) de The Loreley’s Grasp, qui mêlait légendes nordiques, domaine aquatique et attaques d’une sirène se changeant en meurtrier lézard une fois le voile de la nuit tombé. Oui, tout cela était rendu bancal par des budgets tout sauf épais, mais Amando avait une vision et tirait le meilleur parti de décors enchanteurs. On s’en fichait, dès lors, si cette Helga Liné changée en caméléon était si mal fichue qu’il n’osait pas tourner la caméra dans sa direction, ou si ces pas très catholiques revenants semblaient rigides comme de vieux râteaux : les univers dans lesquels ils évoluaient oscillaient si bien entre rêve et cauchemar que notre incrédulité partait aux flammes. Un décorum habité et des légendes poignantes qui font cruellement défaut à Night of the Sorcerers, armé en tout et pour tout de deux décors, par ailleurs loin d’être séduisants : le campement des héros, banal au possible (à moins que la vue de trois tente et de deux jeeps vous émoustille, auquel cas il est toujours temps de consulter), et le terrain où se réveillent les papous zombies, simple coin de terre probablement reconstitué en studio, bordé d’arbres et feuillages. Ce n’est pas tout à fait la grotte noyée d’or de la lorelei, ni la barque fantôme des templiers… Et les femmes démonisées ne sont pas non plus des exemples de charisme. Pour ainsi dire de bêtes femmes vampires sautillant au ralenti entre les palmiers, elles n’ont du léopard qu’une peau de bête sur le dos, et ne se changent en animal que lors de brefs (mais drôles) plans montrant leurs têtes de félin cachées dans les buissons. Une pelluche filmée au niveau de ses yeux de plastoc, un peu de lierre et vous avez votre terrible mangeur d’homme !

 

 

Notez que ce n’est pas bien meilleur du côté des futures victimes. Jack Taylor, dans le rôle d’un éminent professeur, délivre le minimum syndical et semble s’emmerder autant que nous. Le Simon Andreu lui servant de compère ne se distingue pas plus, incarnant le mâle alpha lambda, tandis que les femelles pendues à leurs lèvres sont soit A) des perverses prenant en douce des photos des ébats de leurs copines B) des filles à papa se pensant sorties des cuisses de Vénus C) des emmerdeuses jalouses de tous et toutes, par ailleurs persuadées qu’on les jalouse en retour. Elles sont presque plus sympathiques en chattes enragées pestant en faisant leurs griffes sur les troncs d’arbre, tiens. Au final, Night of the Sorcerers n’est guère plus qu’une actualisation des B-Movies des fifties, et Roger Corman aurait très bien pu en tourner un fidèle avatar dès 1954. Certes, on aurait profité de moins de poitrines, et les coups de fouet déchirant les chairs auraient été aux abonnés absents. Puis il est certain que les décapitations auraient été moins frontales, de Ossorio gardant un goût certain pour le sadisme et la violence. Mais niveau production value, charme ou qualité des effets, ça ne pisse clairement pas plus loin que le plus naze des films issus du poverty row, d’autant qu’à l’image de bon nombre des plus tristes jungle movies de l’époque, notre machin-chose se fait répétitif, fait de baise entre adultes consentants (ou pas, ya une tentative de viol en bordure de rivière à la clé) et de rites vaudous, mais de pas grand-chose de plus. Amando de Ossorio a fait de grands films, parmi les meilleurs du genre. Celui-ci n’en fait définitivement pas partie.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Amando de Ossorio
  • Scénario : Amando de Ossorio
  • Production : Luis Laso, Ricardo Muñoz Suay
  • Pays : Espagne
  • Acteurs : Simon Andreu, Jack Taylor, Kali Hansa, Maria Kosti
  • Année : 1974

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