The Slumber Party Massacre (Fête Sanglante)

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Plus que jamais, le slasher devient une histoire de femmes avec The Slumber Party Massacre (Fête Sanglante ou Slumber Party chez nous, 1982) car même si c’est à l’indéboulonnable Roger Corman d’allonger, puis récupérer, les gros billets, c’est bien à deux amazones de la pellicule que reviennent les aspects créatifs de cette soirée pyjama vouée à se terminer dans les dégoulinures sanguines.

 

 

Le slasher, genre masculin par excellence ? Il est vrai que si ces demoiselles y ont souvent le « beau rôle » – comprendre que leurs chances d’y survivre sont plus fortes que celles de leurs petits copains à la cervelle trop attaquée par les packs de Budweiser, et que l’on croisera toujours plus de final girls que de finals boys – les postes considérés comme importants de réalisateur, scénariste ou producteur reviennent généralement à de vieux poilus comme Jack Sholder, Steve Miller ou Joseph Zito. Pas tout à fait des drôles de dames. La fête de la saucisse prend fin devant les locaux de New World Pictures, studio so B du pape du petit budget Roger Corman, bien sûr connu pour avoir refait 15 000 fois Jurassic Park avec deux bouts de caoutchouc et avoir imaginé des convois entiers de craignos monsters dans les 50’s, mais aussi respecté pour avoir placé à la tête de ses carnages de jeunes réalisatrices. C’est d’ailleurs fréquemment rappelé : la trilogie des Slumber fut entièrement malaxée par des femmes, mais il ne faut pas non plus oublier les deux Stripped to Kill ou le premier Sorority House Massacre, tous sortis de l’objectif des nommées Katt Shea et Carol Frank. Ce que l’on oublie souvent de préciser, c’est que cette tendance qu’avait le vieux Roger à refiler les clés de l’armurerie à un sexe soi-disant faible est apparue presque par accident. Et suite au courage d’une certaine Amy Holden Jones, alors occupée à gagner sa croûte en tant que monteuse et par la suite aux scripts sur la saga canine Beethoven. Présente dans le bureau de Frances Doel, alors productrice et à l’origine de l’histoire de plusieurs Séries B sorties des fourneaux Corman comme Big Bad Mama, Jones, désireuse de passer à la mise en scène depuis un moment déjà, demande à sa patronne si elle aurait un script à lui proposer. On n’en manquait jamais à New World Pictures… « Elle m’a donné un paquet de scénarios, et l’un d’eux s’appelait Don’t Open The Door, explique Amy. J’en ai lu les huit premières pages et j’y ai trouvé une scène de dialogue, une de suspense et une de violence. Et j’ai pensé que cela couvrait les trois choses que Roger devait voir que j’étais capable de réaliser. » Alors mariée à Michael Chapman (directeur de la photo sur Raging Bull et Taxi Driver), elle récupère de sa part de la pellicule non-utilisée, embarque une caméra et de quoi éclairer sa propre maison, temporairement changée en plateau de cinéma. « J’ai réuni quelques comédiens via les petites annonces et je me suis servi de mon habitat comme lieu de tournage. J’ai montré le résultat à Frances, qui appela Roger en lui annonçant que j’avais huit minutes d’un film tourné en 35mm, tiré de l’un de ses scripts. Il m’a demandé combien cela m’avait coûté, j’ai répondu environ 1000 dollars. Il m’a répondu ‘Tu as un futur dans ce business’ puis m’a demandé combien il me faudrait pour compléter le film. Je n’avais même pas lu le scénario en entier, mais j’ai répondu 200 000 dollars, et il m’a simplement dit ‘Ok, on fait affaire’ ».

 

 

De là à dire que Amy Holden Jones tombe amoureuse du projet, sur lequel elle choisit de se concentrer au détriment d’un job de monteuse sur une future grosse machine, soit E.T., énorme succès tombé des étoiles s’il en est. « Le script était horrible. Cela parlait d’une soirée pyjama et d’un tueur utilisant une perceuse, mais il n’y avait aucun sens de l’humour dedans. Il n’y avait qu’un thème central sur la perte de virginité, j’ai donc réécrit totalement le film, sans même avoir vu Halloween ou Vendredi 13. » Le scénario, souvent attribué à la féministe Rita Mae Brown serait donc plutôt celui de Jones… « J’ai également dû faire ce terrible coup de fil à Steven Spielberg et lui dire que E.T. serait un film dont je serais fière toute ma vie, et que mes enfants pourraient voir. Mais Slumber Party Massacre allait être mon film à moi. » Un film temporairement retitré Sleepless Nights pour ne pas effrayer ceux auxquels on loue les lieux de tournage, qu’un titre plus évocateur pourrait stresser en cette période où le slasher à mauvaise presse, en particulier auprès d’une gente féminine lassée de se voir charcutée encore et encore dans les camps de vacances parce qu’elle osa s’essayer à la liberté sexuelle. Reste que sans grandes surprises, c’est majoritairement une audience masculine qui s’agglutinera dans la salle sombre du screen test, hurlant comme une armée de primates et imitant même le tueur à la perceuse lors des scènes de meurtres, devant une Amy Holden Jones horrifiée au point de courir dans les bras de Corman. « Mon Dieu Roger, mais qu’avons-nous fait ? » lui demanda-t-elle, le faisant éclater d’un petit rire : « Tu plaisantes, c’est la meilleure réaction d’un public que nous avons eue lors d’une projection test ! » Il faut dire que bien que plus féministe que la moyenne (j’y reviendrai), Slumber Party Massacre n’oublie pas de donner au mâle choyant ses instincts les plus primaires ce qu’il cherche dans pareille production : du sexe et de la violence. Holden Jones s’exécute dès le départ, débutant son film d’horreur dans la chambre de Trish, jeune adolescente flirtant déjà avec la trentaine (on sait le genre traditionnellement peu regardant en la matière) et réveillée par la radio, qui annonce que Russ Thorn, maboul coupable de plusieurs meurtres quelques années auparavant, vient de s’échapper de sa chambre capitonnée. Peu impressionnée par la nouvelle, Trish change de station, optant pour une musique plus gaie sur laquelle elle pourra se dénuder, puis partir pour un entraînement de basket entre filles où le ballon ne sera pas le seul à rebondir. Après l’obligatoire séquence sous la douche, où les jeunes fessiers s’écument de savon, la jeunette propose à ses amies les plus proches (dont une Brinke Stevens encore débutante) de venir faire la fête à son domicile, abandonné par des parents en voyage. Soirée pyjama en vue, avec de la pizza dégoulinante au menu, mais aussi de la bière bon marché et un peu d’herbe qui fait rire ! Et s’il a le temps – et il l’aura ! – le fameux Russ Thorn passera mettre l’ambiance au détour d’un petit happening.

 

 

Vu de loin et d’un regard peu attentif, Slumber Party Massacre est pour ainsi dire le slasher basique par excellence : pas loin d’être rendu frénétique de par sa courte durée (75 minutes et tout le monde est au lit ou dans son sac mortuaire), le film n’essaie jamais de se distinguer visuellement de la masse, compilant les passages obligés et se contentant du serial killer le moins iconique du monde. Russ Thorn, c’est presque Monsieur Tout-Le-Monde, le dingo de base portant la veste en jean, aux cheveux grisonnants et dont Holden Jones semble presque fière puisqu’elle le colle à l’écran dès les dix premières minutes de film, atomisant dès lors tout suspense quant à son identité ou même son look. Même le Final Exam sorti un an plus tôt et auquel fut souvent reproché le manque de caractère de son assassin, là aussi un bête lunatique traquant le bachelier une fois la nuit tombée, ne portant ni masque ni costume, s’essayait à un minimum de mystère en gardant secret le visage de son agité du couteau. Volonté de la part de la réalisatrice de souligner le caractère masculin du bourreau en ne le cachant jamais ? Une envie d’ancrer Slumber Party dans la réalité du faits-divers ? Ou tout simplement une petite fainéantise scénaristique due à des délais et budgets que l’on sait toujours sanglés chez Corman ? Peut-être tout ça à la fois, au fond. Il est en tout cas regrettable que Holden Jones soit si satisfaite de son zinzin expert en outillage lourd, le Michael Villella qui l’incarne étant si mauvais (il sait faire les gros yeux, mais guère plus) qu’il en devient plus une source de rire que d’inquiétude. Et vu qu’il est constamment à l’écran, caché dans des buissons, observant à distance les filles ou frappant enfin avec l’aide de son énorme foreuse, la tension ne saurait monter puisque sa présence est banalisée dès les débuts. Stratégiquement, ce n’est guère malin. D’autant que les meurtres ne sont jamais le point fort de l’entreprise : le plus souvent en hors-champ, ils sont certes sanglants puisque le maniaque use d’une énorme perceuse (on découvre les corps après coup, et ils sont bien sûr moins présentables à l’arrivée qu’au départ) mais aussi répétitifs et dès lors peu marquants. Heureusement que Holden Jones a un passif sur le banc de montage, la séquence du meurtre d’un ado alors que sa camarade de classe regarde la télévision profitant d’un montage parallèle plutôt savant entre la tuerie réelle et celle portée à l’écran devant lequel est fixée la demoiselle. Not bad, not bad

 

 

Basique, disais-je ? Si l’on ne s’autorise aucune gymnastique mentale et que l’on profite de Slumber Party Massacre en mode autopilote, oui. Mais à y réfléchir, Holden Jones (et peut-être Rita Mae Brown s’il reste des bribes de son scénar’ originel) parvient à s’écarter du tout-venant en laissant éclater sa rage féministe. De manière évidente lors du final, où le vil Thorn finit tabassé par un trio de brunes qui ne comptent pas pour des prunes. Malmené durant plusieurs minutes, il finit castré de façon métaphorique lorsque sa vrille, qu’il plaçait volontairement au niveau de son entre-jambes avant cela (référence phallique évidente), est brisée d’un coup de machette par une demoiselle que l’on pensait auparavant frêle. Mais aussi par de petites touches plus intéressantes, comme cette partie de basket en introduction, où assistent deux ringards. Pour admirer les courbes en motion des plus jolies filles de la classe, bien sûr, et rajouter un couche de teen movie à l’affaire ; mais on notera l’inversion des rôles puisque d’ordinaire, ce sont les petites copines qui attendent dans les tribunes, bouquin à la main, que leurs costauds finissent leur match de football américain. Presque subtil, en un sens, et l’un des signes que bien que sans doute rédigé à la va-vite, le script de Fête Sanglante fit chauffer quelques neurones tout de même. On le voit d’ailleurs aux réactions des suppliciés, moins bêtes que d’ordinaire : les cachettes trouvées par les filles sont bien pensées, les mecs ont la bonne idée de se séparer et partir dans deux directions différentes (ainsi, il semble assuré que l’un des deux survivra et pourra envoyer de l’aide aux filles. Le film leur donnera tort, mais il n’empêche que c’était pas si con) et personne ne reste sans couteau à pain à la main, les protagonistes étant très vite conscients qu’il leur faudra se défendre. Pas mal, surtout si l’on pense à toutes ces Séries B dans lesquels les teenagers sont tels des agneaux alignés en rangée, attendant que ce soit leur tour pour la saignée.

 

 

Sympas les (grands) mioches pour la plupart d’ailleurs, même s’ils ne peuvent se vanter de profiter d’une caractérisation aux petits oignons. Et certains ne manqueront pas de reprocher au script l’absence d’un premier acte servant à présenter les protagonistes, le film démarrant immédiatement par les sévices dispensés par Russ Thorn. Cette scène les introduisant existe pourtant bel et bien, le match de basket servant en vérité à souligner les traits de caractère de tout ce beau monde, ainsi que les potentielles inimitiés. Mais toutes habillées pareil et courant d’un bout à l’autre du terrain, les filles ne sauraient se différencier les unes des autres dans pareil cas de figure. Un coup pour rien qui n’empêche pas d’avoir une sympathie certaine pour des comédiennes pas géniales mais attachantes. A commencer par Valerie (la belle belle belle Robin Stille, à laquelle on aurait souhaité une meilleure carrière), nouvelle arrivée dans le lycée peinant à trouver ses marques, que les autres cocottes peinent à accepter et voisine de Trish assistant donc à la fête de sa fenêtre. Jolie relation avec sa sœur aussi, sale gamine (là aussi incarnée par tout sauf une fillette de 12 ans) qui ne cesse de lui faire des blagues. Si Slumber Party se noie dans une tendance, c’est d’ailleurs bien celle des fake scares, les persos se sautant dessus en faisant « bouh ! » si souvent qu’ils risquent finalement plus de succomber à une crise cardiaque qu’aux coups de foret du vieux Thorn. Celui-ci à d’ailleurs de la chance que tout le patelin semble constitué de sourdingues, car malgré le bruit de son arme de prédilection, les coups de klaxons ou les cris de victimes paniquées, personne ne foutra le nez dehors pour voir ce qui leur vaut un tel tintamarre. Faudra donc être bon au jeu de la suspension d’incrédulité pour apprécier Fête Sanglante, mais cette petite Série B enlevée, généreuse, volontairement campy pour ne pas dire parodique (les touches de second degré fonctionnent) et définitivement attachante vaut bien l’effort.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Amy Holden Jones
  • Scénario : Rita Mae Brown, Amy Holden Jones
  • Production : Roger Corman, Amy Holden Jones, Aaron Lipstadt
  • Pays : USA
  • Acteurs : Robin Stille, Michelle Michaels, Michael Villella, Debra Deliso
  • Année : 1982

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