Witchtrap

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« Haunted home, sweet haunted home ! » devait se dire Kevin S. Tenney (Night of the Demons) en songeant au Witchboard (1986) qui lui permit de se faire un petit nom dans le cinoche glaireux. Logique finalement de le voir revenir à ses chères maisons hantées dès 89, d’autant que la même année il s’en était allé traquer un chien des enfers au Texas (le mi-figue mi-raisinThe Cellar) pour en revenir déçu de l’expérience. Comme on n’est jamais aussi bien que chez soi, le voilà qui s’élance vers un Witchtrap très similaire à son premier succès.

 

 

On peut très bien profiter du succès apporté par deux Séries B écoulées par palettes entières et avoir acquis le respect de ses pairs, et regretter l’époque bénie des premiers pas trébuchants, ceux faits entre amis et en famille, où tout était encore à faire. C’est le cas de Kevin Tenney, déjà étranglé par la nostalgie après seulement deux ou trois films professionnels, et du coup désireux d’en revenir à la simplicité des débuts. « Dan Duncan est l’un de mes vieux amis de l’école de cinéma, et il a fait le montage de quasiment tous mes films depuis le premier Witchboard. Nous discutions du fait que faire des films de manière professionnelle n’était pas aussi fun que le tournage en mode guerilla des films d’étudiants de notre jeunesse, donc nous avons décidé de monter une production horrifique bête et méchante par nos propres moyens. Juste avec des gens avec qui nous aimions travailler. J’ai écrit le script en une semaine, puis on l’a tourné en 17 jours sur un budget de 420 000 dollars. Celui-ci incluait les salaires, l’équipement, les effets spéciaux et tout ce qui concernait la livraison des négatifs. C’était probablement l’expérience la plus plaisante que j’ai pu connaître sur un plateau. » Les ennuis arrivent néanmoins assez rapidement : budget riquiqui oblige, Tenney se voit forcé d’embaucher des techniciens inexpérimentés, dont un preneur de son maladroit au point de ruiner l’entièreté de ses propres enregistrements audio. « Ce qui signifie que nous avons dû doubler le filmer dans son entièreté en moins d’une semaine, et il en fut de même pour tous les effets sonores, qui ont été créés en studio. Il n’y a pas le moindre son dans le film qui soit tiré du tournage » précise Tenney, probablement conscient que cette bévue a tendance à faire nettement baisser le niveau de son petit projet, à la base nommé The Presence ou The Haunted selon les périodes, et retitré Witchtrap par le distributeur pour capitaliser sur le succès de Witchboard. On l’entend bien d’ailleurs que toute la troupe fut obligée de repasser derrière le micro pour rejouer leurs lignes, l’ensemble du film semblant un peu « off », comme récité mécaniquement ou avec un entrain de façade. Chassez le naturel d’une prise de son en live et il ne reviendra pas au galop derrière les vitres d’un studio d’enregistrement…

 

 

Mieux vaut néanmoins que cela tombe sur le plutôt décontracté de la ceinture de chasteté Witchtrap que sur un drame psychologique aux sourcils froncés, tant cette nouvelle offrande jetant son dévolu sur un pitch archi-rabattu et des contours typiquement exploit’ ne va de toute façon pas de pair avec un acting aux petits oignons. Ici, on navigue effectivement dans les écoulements d’une douche que prend Linnea Quigley – jamais bien loin du pommeau, réflexe hygiénique probablement acquis lors des week-ends endiablés chez David De Coteau – et l’on se rit du sort sanglant de ces quelques soi-disant chasseurs de fantômes et médiums, dont les têtes explosent comme des pastèques au fil des sautes d’humeur du spectre local. C’est-à-dire une sorte de Roland Magdane grimaçant, décédé depuis deux ans, sataniste de son état et suspecté d’avoir fait le ménage dans la région en liquidant du malheureux. Autant dire que sa demeure, plantée au milieu d’un cimetière, devient l’endroit rêvé pour y monter un petit bed and breakfeast, ce que désire faire son neveu. Du coup on envoie quelques ghost hunters sur les lieux, non sans les entourer d’une équipe de détectives privés payés pour assurer leur protection, histoire d’exorciser la baraque et d’en faire un attrape-touriste spécialisé dans les œufs au bacon. Pas bien grave dès lors si la post-synchro chie dans la colle par moment et semble aussi crédible que la version bulgare d’un vieux Jackie Chan, le spook show ne se prenant jamais pour un bon Bava ni même pour un petit Dan Curtis, mais plutôt pour l’Amityville de la déconnade.

 

 

On en revient grosso-merdo à la même recette que pour Witchboard d’ailleurs, et certaines scènes pourraient presque passer pour des chutes de montage du premier méfait longue durée du père Tenney. Comme dans Ouija, c’est l’ectoplasme d’un papy vindicatif qui met le dawa, et comme son prédécesseur il utilise le corps d’une jeune femme comme portail vers notre monde. Et fier de sa formule, Tenney reprend le principe des morts violentes et plus ou moins causées par de la télékinésie d’outre-monde : tube de fer enfoncé dans la gorge, hache logée dans le front, balle dans le crâne, écrasage par voiture… Il flotte comme un air de déjà-vu, même si force est de constater que Witchtrap n’a pas le biceps assez solide pour survivre à un bras de fer avec son aîné. La faute à un méchant moins mystérieux et bien moins flippant que le précédent, auquel il avait suffit d’une apparition subliminale, cognée à la main, pour nous faire sursauter. Le si vilain Avery Lauter dont tous les personnages parlent ici et qu’ils craignent – mais pas au point de s’enfuir de la maison, car il faut que film se fasse – n’a pas la moitié du charisme du vieil assassin de Witchboard, et tient plus du prestidigitateur usé et ringard que du sorcier menaçant. Le salopard semblerait même plus à sa place à quelques mètres des machines à sou, occupé à sortir des jacinthes de son calbute, plutôt que dans une maisonnée changée en temple de l’occulte. De même, alors que Ouija avait la belle idée de virer au buddy movie en imaginant deux héros se détestant copieusement car amoureux de la même demoiselle en détresse, Witchtrap cède à la facilité en réunissant sous un même toit des personnalités ne se connaissant pour la plupart ni d’Eve ni d’Adam. Si ceux-ci n’en sont pas mal croqués pour autant, Tenney sachant tenir une plume et épaissir ses clichés (le flic blagueur mais noirci par la dure réalité de la rue, les médiums pas tout à fait honnêtes mais formant un couple sincère), nous restons bien loin de l’implication émotionnelle à laquelle aspirait Witchboard. Comparaison n’est néanmoins pas raison, et le petit produit proposé ici n’en reste pas moins hautement divertissant (aucune chance de s’emmerder) et Tenney confirme qu’il sait emballer un B-Movie, voire même lui offrir de vraies bonnes séquences. Pour résumer, on dira que Witchtrap excelle dans l’art de ne rien inventer.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Kevin Tenney
  • Scénario : Kevin Tenney
  • Production : Kevin Tenney, Daniel Duncan
  • Pays : USA
  • Acteurs : James W. Quinn, Kathleen Bailey, Judy Tatum, Rob Zapple
  • Année : 1989

 

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