The Mad Ghoul

Category: Films Comments: No comments

Créature monstrueuse issue du folklore arabe, la goule fait aussi partie de ces bestioles dont le ciné fantastique n’a jamais trop su quoi faire, donnant son nom à un peu tout et n’importe-quoi. Pas de raisons que cela change avec le The Mad Ghoul (1943) de la Universal, qui garde le caractère de déterreur de cadavres de la bête des Mille et Une Nuits mais jette le reste aux orties, pour mieux se lover dans le film de savant fou jaloux du bonheur des autres.

 

 

Pas tout à fait une locomotive pour la Universal, ce The Mad Ghoul réalisé par un James Hogan décédé juste avant sa sortie, et dont ce sera évidemment l’ultime film. On parlera même plutôt de dernier wagon, ajouté en toute hâte pour accompagner lors d’un double-programme un Son of Dracula dans lequel l’espoir était placé. Une Série B mineure pour le géant hollywoodien dès lors, et un titre assez peu cité lorsque vient le moment de causailler Universal Monsters. Les gaz de George Zucco, d’ordinaire l’Egyptien fourbe des films de momies, intéresseraient-ils moins que les complaintes du fantôme de l’opéra ou la disparition sous les bandelettes de l’homme invisible ? Attention, le père Zucco, ici sous la blouse du Dr. Morris, n’a pas fait de régime aux flageolets, et le fameux gaz est en vérité celui jadis utilisé par les Maya en vue de tuer un homme puis le faire revenir à la vie en lui transplantant un coeur nouveau. Assez peu touché par la bêtise puisqu’il est un universitaire de renom, ce savant néanmoins bientôt fou songe à profiter de sa découverte en utilisant sa trouvaille sur Ted (David Bruce), qu’il jalouse pour avoir à ses côtés la belle Isabel (Evelyn Ankers), chanteuse que le timbre tire à la popularité. Confiante en ce si rassurant Morris, la beauté lui avoue qu’elle n’éprouve plus de sentiments pour Ted depuis un moment déjà, qu’elle perçoit comme un frein à sa carrière. Sautant sur l’occasion et se pensant le parfait remplaçant amoureux, Morris fait donc respirer le gaz à son étudiant fait assistant, qu’il réanime et contrôle après une visite au cimetière, où sera « emprunté » le palpitant d’un mort fraîchement enterré. Soumis aux ordres de Morris qui en profitera pour lui susurrer des envies de rupture, Ted n’est plus que l’ombre de lui-même, tantôt sain d’esprit, tantôt cette fameuse goule en putréfaction… Mais alors que le Docteur pense avoir résolu tous ses problèmes, parvenant à maîtriser une découverte sensationnelle tout en se pavant un chemin vers le mariage, Isabel lui révèle qu’elle a déjà un amant tout désigné : Eric (Turhan Bey), pianiste de renom avec lequel elle se produit. Armé d’un Ted blafard mais obéissant, Morris décide de s’assurer que le musicien ne puisse plus jamais pianoter celle qu’il aime…

 

 

Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas dans le domaine de l’épouvante qu’un Universal Monster se démarque. Si Hogan remplit sa part du marché et ne fait l’économie d’aucun zoom sur le faciès cadavéreux de Ted et s’autorise plusieurs visites dans le champ des morts, bien sûr englouti par la brume – la tradition le demande -, l’intérêt de The Mad Ghoul se déniche surtout dans sa romance malheureuse. Oubliez donc les jeunes tourtereaux de bonne famille que même un Mal centenaire ne saurait séparer, ceux-ci sont déjà sur le point de se quitter, Isabel n’osant rien dire à Ted de peur de briser ce jeune homme enthousiaste. Trop peut-être, la future diva avouant à demi-mot que sa montée des marches des plus belles salles finit par l’habituer à une forme d’élégance à laquelle Ted, bon petit prolo de base, ne saurait se hisser. Alors on préfère Eric, bellâtre maniéré, pas loin d’être narcissique et définitivement agaçant, en soupirant dans ses écharpes de luxe à la seule idée que le boulet nommé Ted se présente à la sortie de l’opéra un bouquet de fleurs à la main. Siège cruel que celui du spectateur, car tourné vers un héros non seulement mort sans le savoir (entre deux crises de somnambulisme lors desquelles Morris l’envoie enchaîner des cardiectomies dans les tombes, Ted ne se souvient de rien et se croit à peine grippé) mais redoublant d’efforts pour apercevoir une promise qui de son côté fait tout pour l’éviter. Saupoudrez cette misère sentimentale d’un scientifique perfide et désireux lui aussi de goûter à des courbes plus jeunes que les siennes, et vous obtenez une catastrophe mi-gothique mi-laborantine, et se finissant évidemment on ne peut plus mal pour le décidément bien malheureux Ted.

 

 

Si l’on déplorera que, comme d’hab’ pour la Universal, l’ensemble ne se laisse jamais aller à une vraie décadence et n’ose s’abandonner à une noirceur totale (il y avait pourtant matière avec les vas-et-viens entre démence et éveil de Ted, qui aurait pu découvrir qu’il a tué sa chère et tendre, par exemple), on appréciera donc ces libertés prises avec le tout-venant du genre à l’époque. Comme cet audacieux coup de scalpel donné dans la nuque d’un journaliste présenté à la fois comme le potentiel enquêteur amené à dénouer l’affaire et comme la greffe humoristique. Dans un prochain film, peut-être. Un beau B+ donc pour The Mad Ghoul, bande compensant intelligemment son manque de grandeur (pas de beaux décors comme dans un Frankenstein ici) par sa pessimiste humanité et la distance prise avec la romance idéaliste en vigueur à l’époque.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : James P. Hogan
  • Scénario : Hanns Kräly, Brenda Weisberg, Paul Gangelin
  • Production : Universal Pictures
  • Pays : USA
  • Acteurs : George Zucco, David Bruce, Evelyn Ankers, Thuran Bey
  • Année : 1943

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>