Jack-O

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Michael Myers l’insensible a beau avoir pignon sur rue question slasher automnal, il n’en a pour autant pas le monopole du potiron creusé. Et il est finalement logique, pour ne pas dire sain, de voir quelques outsiders tenter de lui faire concurrence en liquidant du bachelier à deux pas du panier à courgettes. Le challenger du jour se nomme Jack-O (1995), et s’il prouve quelque-chose, c’est qu’il ne suffit pas d’avoir une gueule de citrouille pour tailler le parfait halloween movie

 

 

Bon petit gars de l’Illinois, Steve Latshaw est de ces noms que seuls les plus érudits question B-Movie connaissent. La faute à une carrière confinée à la pauvreté la plus pure, incapable de décoller et comme arrêtée nette depuis 2012 et la sortie de Return of the Killer Shrews, creature feature comme de coutume à court de fonte et tentative un peu vaine de ramener sur le devant de la scène les musaraignes tueuses des années 50. Avant cela, une ribambelle de scripts écrits pour du DTV suintant (The Curse of the Komodo selon Wynorski, entre autres), quelques réalisations et, plus loin encore si l’on veut bien remonter aux 80’s, des interviews de personnalités tapant, justement, dans la Série B. Dont Fred Olen Ray, que Latshaw finit par solliciter en lui montrant son premier effort, Vampire Trailer Park (1991). Voyant dans le Steve « un petit jeune plein d’avenir » (à la trentaine bien sonnée tout de même), le Fredo décide de l’engager et lui met dans les pattes plusieurs projets qu’il lui fera l’honneur de produire. Une aubaine pour Latshaw, car qui dit association avec l’auteur de Scalps et Hollywood Chainsaw Hookers dit possibilité de feuilleter son carnet d’adresses. Ca ne loupe pas : après un Biohazard : The Alien Force (1994) faisant suite au Biohazard que papa Ray mit sur le marché en 85, c’est au tour de Jack-O de s’installer dans les vidéoclubs pour de bons résultats, rendus possibles à la fois par une jaquette avenante et un casting typique du vieux Ray. Typique car alliance parfaite entre les savonneuses professionnelles que sont Linnea Quigley et Brinke Stevens et une poignée de has-been de l’épouvante prêts à accepter les caméos les plus minables pour un petit billet. Dans le cas présent, c’est le fantôme de John Carradine et ce bon vieux Cameron Mitchell que l’on réquisitionne, nos légendes ne sachant même pas dans quel film elles se retrouvent, trop hypnotisées qu’elles sont par la carotte que Ray balance devant elle. Nous y reviendrons. Et il y a de toute façon fort à parier que Latshaw s’en moque, trop content qu’il doit être de bénéficier de la présence, même désincarnée, de deux gros noms du rayon…

 

 

Basé sur une histoire de Fred Olen Ray et de son vieux compagnon Brad Linawear (décédé en 2019, et présent dans la galaxie Fredo depuis son The Brain Leeches de 78), ensuite scénarisé par Patrick Moran, compagnon de route de Latshaw puisqu’il lui doit les scripts de tous ses films, Jack-O colle aux baskets à languettes du petit Sean Kelly (Ryan Latshaw, propre fils de Steve), garçonnet tourmenté par de terribles rêves dans lesquels il voit ses ancêtres se débattre avec un soi-disant sorcier, coupable d’avoir créé un démon meurtrier. Des songes bien réels, et lorsqu’un trio d’adolescents nourris à la bière bon marché retireront une croix de bois enfoncée dans la mousse du bosquet local, ils réveillent le terrible Jack-O, coloquinte vivante armée d’une faux idéale pour la moisson de caboches. Comme toujours téléguidé par le vil magicien des temps passés, Jacquou le croqueur se met en route pour retrouver Sean, descendant de ceux qui l’ont emprisonné sous terre qu’il compte bien enterrer à son tour en cette nuit d’Halloween. A quoi reconnaît-on un bon Halloween flick, d’ailleurs ? A sa capacité à savoir recréer une ambiance automnale, ainsi qu’à capturer cette étrange soirée où il est permis de faire frissonner son voisin et de laisser courir sur les trottoirs les petites têtes blondes, devenues autant de diablotins traqueurs de guimauve en forme de fantômes hurlants. Pas tout à fait le fort de Jack-O malheureusement, le faible nombre de figurants empêchant cette chasse au bonbon de toucher à la crédibilité espérée, même si Latshaw consent à de nombreux efforts. Par exemple en filmant un père de famille déguisé en vampire lugosien occupé à changer son garage en un mini-train fantôme, ou en collant son fiston devant la telloche pour les habituels programmes horrifiques de la saison. L’occasion d’encastrer Cameron Mitchell dans la telloche dans le rôle du Dr. Cadaver, horror host annonçant les films diffusés lors de cette simili fright night. Une grossière entourloupe, car les plans du vieux Mitchell ont en fait été tournés deux ans avant le tournage de Jack-O, à la faveur de Demon Cop (1991). Même volets derrière le Mitch’, mêmes sourcils grisonnants et cheveux en bataille… C’est sûr, Fred Olen Ray s’y connaît en recyclage, ce que l’on vérifiera encore par la suite. Par exemple lors du fameux film devant lequel se cale le p’tit Sean, en fait une série de plans montrant Brinke Stevens vaciller entre des pierres tombales, probablement une vieille séquence restée dans les cartons du Fredo et qu’il rentabilise ici.

 

 

Pire encore sera l’apparition du warlock John Carradine, dont le temps de présence ne doit pas excéder quinze secondes, le vieillard ne se montrant que lors des cauchemars de Sean au fil de plans se mélangeant d’ailleurs fort mal au reste du film. Logique : tournés huit années auparavant et probablement au format vidéo, ils tranchent carrément avec le reste de Jack-O, certes pas le direct-to-video le plus chatoyant de son époque mais tout de même loin de ces quelques images que l’on jurerait trempées dans la graisse à frites. Latshaw se fait donc Ed Wood malgré lui, et à l’image de ce Bela Lugosi catapulté dans Plan 9 from Outer Space après son trépas, Carradine sert de base à un personnage de sorcier à peu près inutile à l’intrigue et seulement créé pour permettre à Olen Ray de mettre à profit ses archives. Du coup, des stars promises, seule Linnea Quigley participe bel et bien à ce petit slasher, incarnant la baby-sitter de remplacement de Sean – la vraie préfère aller montrer ses boobs dans les bois à son motard de petit copain – et incarnant l’habituelle belle blonde passant ses journées sous la douche. Un rôle qui colle à la peau, va donc falloir frotter plus fort Linnea. On notera d’ailleurs un certain décalage entre cette indispensable séquence de nudité gratuite et la performance de la comédienne par la suite, un peu coincée entre deux époques de sa carrière : encore trop jeune pour jouer les mères, elle était aussi trop vieille pour se donner des airs d’ado nymphomane. En ressort donc un personnage entre deux eaux, sexy mais pas trop, dont ne semble savoir que faire Latshaw, qui l’abandonne dans un parc pour gosses, assommée – mais pas tuée, on ne liquide pas sa star – par un Jack-O moins tendre avec le reste du cast.

 

 

Non pas qu’il rivalise de cruauté envers les seconds rôles, parfois décapités mais le plus souvent égorgés sans grands geysers sanguins, le budget tout entier étant probablement passé dans la plutôt cool tête de légume du monstre, il ne devait plus rester grand-chose pour faire monter les compteurs dans le rouge niveau gore. Dommage car quelques effets à la Savini et un peu plus de variété dans les exécutions aurait élevé le spectacle, qui se regarde comme une publicité pour un adoucissant : on a beau avoir les yeux rivés sur l’écran plasma, on ne pense pas vraiment à ce qu’il s’y passe, et on y croit encore moins. Dur dur de considérer Jack-O comme une menace lorsque celui-ci décide d’enterrer le petit Sean… avec le plat de sa faucille ! A ce rythme, le gosse aura commencé à toucher de sa retraite avant d’être six pieds sous terre. Et comment piquer un stress pour des personnages A) jouant très mal (c’est pas pour s’acharner sur un gosse, mais mes rideaux jouent mieux la comédie que Ryan Latshaw, pathétique lorsqu’il sort le « noooo » le plus mou du monde alors que Jack-O tente de l’inhumer) B) totalement déconnectés de l’intrigue. Le monstre passant tout le film à errer sans but d’un coin à l’autre de la petite ville sans itinéraire clairement établi (il est un coup dans la forêt, puis dans le jardin de deux aigris à l’accent british, puis de nouveau dans la forêt, puis dans le garage du héros, puis encore dans la forêt), la majorité de ses victimes sont donc des gus en ballade dont le malheur est de se trouver sur sa route. Les rôles « importants » ne sont pas bien meilleurs, que l’on parle de la mère de Sean, qui écarquille tellement les yeux qu’elle finira par se retrouver avec les paupières dans la raie du cul, et cette voisine – en fait la descendante du sorcier Carradine – que la petite famille ne connaissaient ni d’Eve ni d’Adam auparavant mais avec laquelle ils passent littéralement des journées entières, sans raison valable autre que parce que le script demande sa présence pour expliquer le background de Jack-O. Mention spéciale aussi à cette voisine dont le mari vient de se faire éventrer, partie s’emparer d’un couteau pour réclamer vengeance et qui glisse sur son tapis de cuisine, encastrant sa lame dans le grille-pain. Électrocutée, elle se transforme en un squelette si piteux qu’il en ferait rire ceux de papier mâchés que l’on trouve dans les magasins de farces et attrapes… Le niveau est bas dans Jack-O, si bas que Linnea Quigley en parvient à passer pour naturelle à côté de tous ces experts du dialogue mal déclamé.

 

 

Il se dit que Tim Burton aurait déclaré que les coups de faucille laissant des lignées de ketchup sur les gorges adolescentes de Jack-O lui aurait inspiré son gros succès – qu’il n’a pas réalisé, mais bon… – L’Etrange Noël de Monsieur Jack. Relativement improbable, même si l’on peut imaginer que la jolie jaquette VHS du film puisse pousser une imagination à vagabonder. Sur des terres probablement plus fertiles que celle moissonnées par Latshaw, sur lesquelles ne pousse aucun réel bon moment. Quelques grains d’humour involontaire peut-être, et un bourgeon de plaisir apporté par la seule vue d’un homme-citrouille tout droit sorti d’un épisode de Power Ranger. Faut avouer que cela fait peu dans l’assiette, et que peu habitué aux repas diététiques à base de flocons de sarrasin, le slasherophile aura tôt fait de se diriger vers des valeurs plus sûres. On ne saurait le lui reprocher… Happy Halloween tout de même, motherfuckers !

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Steve Latshaw
  • Scénario : Patrick Moran
  • Production : Steve Latshaw, Patrick Moran, Fred Olen Ray
  • Pays : USA
  • Acteurs : Linnea Quigley, Ryan Latshaw, Rebecca Wicks, David Cole
  • Année : 1993 (sortie : 1995)

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