Scary Stories to tell in the Dark

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Attendu au tournant après l’excellent The Autopsy of Jane Doe (2016), sans conteste l’un des uppercuts des années 2010, le Norvégien André Øvredal s’allie au maître du labyrinthe de Pan Guillermo del Toro pour tenter d’enfoncer le clou trois ans plus tard au détour de l’halloweenesque Scary Stories to tell in the Dark (2019). Et si ce coup de hache automnal du viking ne tranche pas aussi net que le précédent, souffrant notamment d’un gros manque de caractère, il prouve toujours sa bonne forme et la capacité qu’à le pote à Hellboy de sortir de jolies monstruosités de son chapeau claque.

 

 

A trop louer les talents de réalisateur de Guillermo del Toro, on oublie souvent que l’auteur de Crimson Peak sait également se faire producteur intelligent, conscient qu’il doit parfois coller son nom à des films d’animation brasseurs de gros billets à destination des plus petits (Kung Fu Panda 3, Le Chat Potté) pour ensuite pouvoir financer de véritables films d’horreur à l’ancienne (citons, en plus de ses propres efforts, Mama et Don’t Be Afraid of the Dark). Et comme tout bon chef d’orchestre, le barbu sait s’entourer, rassemblant une belle petite équipe autour de Scary Stories to tell in the Dark, adaptation des livres de flippe pour enfants d’Alvin Schwartz. A la réalisation, un Øvredal dont la maîtrise n’est plus à prouver depuis sa flippante nuit à la morgue, et au script deux duos connaissant le métier, réunis pour leur complémentarité. A ma gauche, la paire Patrick Melton/Marcus Dunstan (The Collector et sa suite, les Feast et quelques Saw), engagés pour pousser les compteurs dans le rouge question effroi. A ma droite, Dan et Kevin Hageman, tous deux spécialisés dans le divertissement pour enfants (on leur doit ainsi les scénar’ du pathétique Hotel Transylvania et d’un The Lego Movie à l’inverse très réussi), que le Guillermo connaît fort bien puisqu’ils ont usé du stylo sur la série animée Trollhunters dont il avait la charge entre 2016 et 2018. Du beau monde, même si beaucoup de ces intervenants ont connu leur lot de couacs dans leur carrière. Mais comme il n’est jamais trop tard pour bien faire, voire mieux faire, les manches se retroussent et les mimines se plongent dans la bouillie orangée des vieilles citrouilles.

 

 

Les films situés aux alentours du 31 octobre profitant d’une popularité certaine depuis quelques années, ces histoires effrayantes à se raconter dans le noir prennent donc place aux ultimes heures d’octobre, période particulièrement appréciée de la petite horror addict Stella (Zoe Colletti, Fear the Walking Dead), dont la chambre prend les couleurs d’un Lugosi hypnotique, des envahisseurs caoutchouteux des 50’s et des monsters magazines d’antan. Ce sera d’ailleurs l’une des dernières fois, en cette année 1968, qu’elle et ses deux meilleurs amis Chuck et Auggie pourront se permettre de partir à la chasse aux caramels mous, déguisés en sorcières de Salem ou en homme-araignée, leur arrivée dans l’adolescence signant également la fin des plaisirs de l’enfance. Autant que la dernière soit belle, dès lors. Et qu’elle permette de se venger enfin de Tommy et sa bande, jocks de base dont l’activité principale est le harcèlement des plus faibles, qu’ils dépouillent de leurs sucettes à l’anis la nuit d’Halloween. Prévoyant le coup, Stella and friends placent des excréments dans un sac qu’ils savent bientôt volé par Tommy et en enflamment un autre qu’ils jettent dans sa voiture, oubliant un peu vite que les représailles seront salées. Armé d’une batte de base-ball, le vilain garçon les course effectivement jusqu’à un drive-in où le trio sera forcé de se cacher dans la voiture de Ramon, jeune Mexicain fuyant le front vietnamien où il est pourtant attendu. Puisqu’il a protégé les gosses – et un peu parce que Stella craque pour lui – ceux-ci décident de le remercier en lui montrant la maison de Sarah Bellows, figure de légende de leur petite ville, connue pour n’avoir jamais été vue par quiconque – sa famille l’aurait cachée pour cause d’extrême laideur – et parce qu’elle racontait, par-delà les briques de sa prison de luxe, des histoires effroyables aux enfants passant à portée de voix. Des enfants que l’on retrouvait morts empoisonnés quelques heures plus tard… Une légende lugubre guère suffisante pour empêcher la troupe de s’engouffrer dans la maison abandonnée des Bellows, dont Stella ressort avec le carnet de nouvelles horrifiques que tenait Sarah. Et celui-ci de s’écrire tout seul, se nourrissant des peurs des adolescents entrés dans sa demeure pour mieux les faire disparaître.

 

 

Scary Stories to tell in the Dark, une version sombre et sans les mimiques de Jack Black du Chair de Poule sorti en 2015 ? A peu de choses près, oui : il était question chez R.L. Stine de monstres sortis de ses bouquins pour semer la pagaille en ville, et chez Øvredal un recueil d’historiettes écrit dans le sang provoque lui aussi l’apparition des terreurs les plus enfouies chez les teenagers locaux. Mais si Chair de Poule s’adressait à un public encore abonné à Disney Channel et se réclamait d’un fantastique rigolard à la Gremlins plutôt que de l’horreur sérieuse, Scary Stories… corse le propos, n’hésitant pas à transpercer du teenager à la fourche ou à leur refiler une acné arachnéenne qui devrait susciter quelques moues écœurées. Ni étonnant de la part de del Toro ni de celle d’Øvredal, les deux, en plus de prendre leur sujet très au sérieux, semblant assez peu partisans de l’épouvante tiédasse. Non pas que l’on risque de se brûler la langue avec leur potage au potiron, mais au moins ajoutent-ils quelques belles créatures de cauchemar au bestiaire et livrent des séquences efficaces. Enorme bouton sur la joue dont sortent des centaines d’araignées, grosses dames pâles aux cheveux gras (fermez les yeux, imaginez un peu une Sadako qui aurait été enfermée dans un Pizza Hut pendant six mois et ça sera bon), croque-mitaine contorsionniste et découpé en morceaux, épouvantail lassé de se prendre des coups sur son nez de paille et traquant le jeune voyou dans un labyrinthe de maïs… Efficient pour le moins, même lorsque le trop ordinaire zombie sort de sa tombe pour se planquer sous un lit, avec une finalité déjà-vue mais encore une fois sauvée par les belles images d’un Øvredal en pleine maîtrise de son art.

 

 

Gloire à l’homme venu du froid d’ailleurs, car un autre à la barre et Scary Stories n’aurait probablement été qu’une production Blumhouse qui ne dit pas son nom de plus. Celles avec un final vu, re-vu et re-re-vu dans une maison hantée où des héros qui n’ont jamais rien fait de mal de leur vie doivent calmer le spectre vindicatif (une vieille femme malheureuse de son vivant, évidemment) en s’excusant pour des crimes qu’ils n’ont pourtant pas commis. On ne connaît le refrain que trop bien et on déplorera un évident manque d’audace lors du dernier acte, trop similaire à celui de tous ces La Dame en Noir et compagnie que l’on voit sortir de la mousse de pierre tombale depuis le début des années 2010. Seule idée sortant un peu de la masse, l’évident parallèle dressé entre la Sarah d’antan et la Stella d’aujourd’hui (enfin, un « aujourd’hui » de 68, entendons-nous bien), toutes deux passionnées de macabre et deux weirdos ne trouvant pas leur place dans la société. Mais du reste, c’est à Øvredal de faire la différence avec un suspense certes classique mais toujours bien géré (la scène dans la clinique, le passage dans le champ de maïs), et surtout une palette de couleurs redoutables, tant rarement l’automne n’aura paru aussi froid et beau qu’ici. Merci la photo, idéale lors de l’intro, reproduction impeccable de la soirée Halloween de vos rêves. Et merci cette exécution quasi-parfaite venue sauver de bien banales intentions.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : André Øvredal
  • Scénario : Dan et Kevin Hageman
  • Production : Guillermo del Toro, Sean Daniel, J. Miles Dale
  • Pays : USA
  • Acteurs : Zoe Colletti, Michael Garza, Austin Zajur, Gabriel Rush
  • Année : 2019

2 comments to Scary Stories to tell in the Dark

  • Roggy  says:

    J’aime bien aussi ce film et Øvredal qui prouve encore une fois sa valeur derrière une caméra. La première heure de The Autopsy of Jane Doe était un monument de trouille. Dans le même esprit (mais en un peu moins réussi) que le Trick ‘r Treat de Michael Dougherty.

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