Soul of the Demon

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Charles T. Lang, vidéaste amateur ayant donné dans le shot-on-video glaireux, ne mourra pas enseveli sous ses propres VHS, au maigre nombre de deux : le vrai/faux Halloween movie porté sur l’occultisme Soul of the Demon (1991) et High Desert (1993), film de bikers violeurs virant à la guerre des gangs. Saison de la coloquinte oblige, c’est bien sûr sur les jolies cornes de diablotin du premier cité que l’on va se gratter le cul, même si ce very looooow budget évoque autant la fin octobre que Les Bronzés font du Ski.

 

 

De brefs plans en noir et blanc, une mélodie sombre, des policiers à l’écran et en voix off via leur radio, des morceaux de chair humaine gisant au sol, un globe oculaire retrouvé sur les pavés, un hachoir ensanglanté… Soul of the Demon soigne son comité d’accueil et semble avoir à coeur de souligner à sa clientèle, repartie du vidéoclub avec dans son sac un tout petit SOV de rien du tout, qu’elle s’apprête bel et bien à passer le samedi soir devant un bon vieux film d’horreur des familles, souillon et pas là pour faire golri. Le rappel est d’ailleurs nécessaire puisque les cinquante prochaines minutes du premier essai de Charles T. Lang tiendront plus volontiers du docu-réalité sur le mercredi après-midi de deux garçonnets et d’une bande de teenagers au fute en feu que de la tornade luciférienne. Comprendre qu’il ne se passe pas grand-chose ici bas, le récit – même si c’est beaucoup dire concernant la maigre intrigue de Soul of the Demon – commençant avec deux gosses traversant d’arides dunes, guidon à la main et pédale au pied. Les joies de l’école buissonnière, saupoudrée d’un soupçon d’inquiétude, Joey l’amoureux de pelloches d’épouvante et Toby le petit gros espérant tous deux que leurs parents respectifs ne découvriront par qu’ils sèchent l’école. Il serait dommage d’être privé d’Halloween, fête en approche à l’heure où ils refont le monde devant un lac isolé, devisant sur la fiesta de Samhain parfaite. En plein débat, Joey se met à creuser la terre de ses doigts, déterrant une petit sarcophage dans lequel gît une statue de gargouille. Ca fera chouette sur l’étagère entre deux Tortues Ninja. Sauf de l’avis du fantôme de vieux mormon qui apparaît soudainement près des gosses pour les mettre en garde contre les dangers de leur trouvaille, les assurant que celle-ci ferait bien de retrouver son tas de pierres au plus vite. Perso, si un putain de spectre de mormon prenait forme devant moi pour venir me faire la morale, je lui dirais d’aller niquer sa mère mais je finirais par l’écouter, parce qu’au fond on ne sait jamais. Joey et Toby ne l’envoient pas se faire foutre, eux, et font carrément comme s’il n’avait rien dit. Bon, Joey décide tout de même de se renseigner et repasse par la bibliothèque, visiblement bien achalandée en grimoires ancestraux puisqu’il y trouve une sorte de bottin des démons locaux. Il y lit que le mormon était jadis un gardien censé s’assurer que la statue de gargouille, qui renferme en fait le démon Astaroth, ne soit jamais découverte. Pour le coup, c’est raté.

 

 

Evidemment, après ces saines lectures, Joey commence à saisir qu’il vaut mieux ne pas trop déconner avec sa sculpture. Son frère Josh, intelligence née mais qui ne s’est jamais développée, pas du tout. Le projet de ce grand con et de ses amis, vaguement metalheads (l’un d’eux a un marcel Misfits et tous se laissent pousser des mulets comme si Anthrax allait jouer dans leur salon le mois prochain), est ainsi de réunir leurs petites copines dans une maison abandonnée et de leur foutre les jetons avec la statuette, histoire de pouvoir les réconforter ensuite sur la banquette arrière ou sur les matelas miteux abandonnés dans la bicoque interdite. « Mais ce n’est pas dangereux de se rendre sur une propriété privée comme ça? » demande l’une des nénettes. « Si, on risque la prison, mais ne t’en fais pas, vu qu’on va invoquer Satan et qu’il va tous nous tuer, y a pas de quoi s’en faire ! » lui répond un grand sage. Pas malin, mais néanmoins prophétique. Sentant les problèmes venir, Joey refuse de prêter sa découverte à Josh, qui ne part pas moins changer la baraque désertée en palais de la pizza, de la léchouille de mamelon et de la séance de spiritisme. Nous voilà donc arrivés à la cinquantième minute de Soul of the Demon et il ne s’est, à ce stade, encore rien passé. Dans le pur style shot-on-video dois-je ajouter, bon nombre de ces terreurs couchées sur VHS se complaisant dans la banalité de l’instant, pour y embrasser le quotidien de personnages pas si éloignés que cela de leur interprètes. Ceux-ci portent sans doute leurs propres vêtements, utilisent leur véhicule, arpentent leur véritable cuisine ou au moins celle de Charles Lang, et les posters de Halloween 4 ou Jason Voorhees, ainsi que les quelques masques de monstres trouvables sur une étagère, sont probablement les siens. Le SOV, plus que la chance d’assister à des chutes de ventrailles sponsorisées par le jambon d’Aoste, est celle d’entrer dans l’intimité et la vie courante du réalisateur et de ses proches. On finit par connaître son quartier, son terrain de basket et le moindre carré de moquette du gazier, voire même les personnalités de ses proches, sans doute poussés à viser le naturel et donc se comporter comme dans la vie de tous les jours.

 

 

Allergiques aux looongues plages de vide, tournez les talons, car ici vous assisterez à Joey qui mange ses tartines à la confiture de fraise, Josh et ses potes perdus dans une interminable discussion après avoir taquiné le ballon et bien d’autres séquences dont le calme et la retenue refileraient des sueurs froides à l’as du boum-badaboum Michael Bay. Mais amoureux du gore qui fait transpirer la boule à zéro Mr. Propre, patientez encore un peu dans la salle d’attente, car en sortant la planche ouija et en récitant deux trois psaumes censés faire apparaître Satan pour un numéro de claquettes, Josh finit bien évidemment par réveiller le Mal endormi dans la statue. Et celle-ci de posséder le pauvre Joey, désormais le petit frère de Ash lorsqu’il finit possédé dans Evil Dead 2 (les maquillages sont franchement similaires) et parti s’assurer que les potes de son frangin ne profitent jamais du confort d’une mort naturelle. En avant toute vers un buffet gorasse franchement ambitieux – et bien foutu – pour une maigre bande comme Soul of the Demon. Caboche qui éclate comme par magie, coup de scie dans le vagin, tronche coupée en deux au hachoir, empalement du crâne sur une branche, tête qui fait un tour sur elle-même a 180 degrés avec un résultat moins heureux que chez Linda Blair, corps scindés en deux par une force invisible, colonne vertébrale arrachée à main nue… Lang est ptet long à sortir de sa couette, mais une fois qu’il est chaud on ne sait plus l’arrêter. Le pire est que les effets sont tous du niveau d’une vraie bonne série B, tandis que les prises de vue témoignent d’un soin particulier, le jeune metteur en scène parvenant à imiter des mouvements de grue et à plaquer quelques travelling plutôt propres. Le dude aura laissé quelques gouttes de sueur sur son premier film et cela se sent, et on regrette qu’il ne soit revenu à la réalisation qu’une unique fois après cela.

 

 

Certes, comme Halloween Movie c’est zéro puisqu’on ne croise pas un dé de citrouille, une guirlande en forme de sorcière sur son balai ou une tasse de soupe au potiron dans ce coin habité par the devil himself, qui apparaît finalement sous la forme d’une masse vaporeuse dessinée à même la pellicule. Heureusement que les gosses n’arrêtent pas de causer de leur joie de se retrouver à la fin de l’automne, d’ailleurs : sans eux on aurait pensé que l’ensemble se passait à la mi-juin… Soul of the Demon ne fera probablement pas partie de votre sélection du 31 octobre, mais ne doit pas être écarté de votre pile « à voir » pour autant. Les efforts de Lang pour tirer sa petite chose filmée au camcorder vers le haut méritent une vision clémente, tout comme cette bande-son tirant dans tous les sens (un peu de hard-rock, une pincée de zik d’ascenseur que l’on penserait sortie d’un vieux téléfilm érotique avec Julia Channel et quelques miettes du main theme des Griffes de la Nuit, joué au ralenti pour pas se faire gauler) ainsi que la noirceur de l’ensemble. On ne vous spoilera pas le bidule, mais sachez que cela ne se termine pas franchement dans la joie, la bonne humeur et les bulles de Dom Pérignon. Pas de quoi créer des vocations ou conquérir des millions de coeurs de petits bissophiles, mais amplement suffisant pour satisfaire l’appétit de votre vieux magnétoscope, qui devrait en crapouiller de plaisir durant 77 minutes moins chiantes qu’elles en ont l’air.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Charles Lang
  • Scénario : Charles Lang
  • Production : Charles Lang
  • Pays : USA
  • Acteurs : Sky Daniels, John Bonito, Garry Godfrey, Kirk King
  • Année : 1991

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