Hubie Halloween

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Décidément, 2020 n’est pas disposée à faire de cadeaux. Horribles feux de brousse en Australie, épidémie que l’on connaît désormais fort bien, fous de dieu de sortie, port qui explose comme si King Ghidorah avait lâché une perlouze atomique à côté, et last but not least, Hubie Halloween, descente dans le carnaval lugubre du 31 octobre de la part d’Adam Sandler et sa bande. Est-il encore bien utile d’en dire plus ? Et de préciser que cette prod’ Netflix prend des airs de morceau de verre glissé dans le sac de caramels ?

 

 

Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes sur la plateforme de streaming Netflix. Certes, David Fincher sous-entend très lourdement la fin de sa série Mindhunters, superbe plongée dans les esprits tordus des amis des femmes que sont BTK, Ed Kemper, Le Fils de Sam ou Jerry Brudos, et très probablement la meilleure chose passée sur nos écrans depuis bien longtemps. Mais au moins le géant du démat’ a-t-il de quoi panser la blessure, et donc de quoi remplacer ces pesantes études sur les meurtres en série par les prouts au jus et les glissements sur peaux de banane de l’éternel ado demeuré Adam Sandler, qui a ici fait un juteux contrat (275 millions dans la poche pour au moins quatre films). Heureux, nous sommes… Après tout, pourquoi vouloir frissonner devant un cousin de Zodiac alors que l’on peut enchaîner les rires embarrassés face à l’énième farce tire-au-cul de la star du minable Copains pour toujours ? Cessons l’ironie facile et faisons face à la réalité : Sandler, avec Hubie Halloween, rivalise une fois de plus de fainéantise, reprenant le veston de son rôle favori, celui qu’il a déjà incarné une bonne quinzaine de fois. Celui du gentil attardé, que le reste de la populace zieute le sourire en coin mais qui, dans la grande tradition hollywoodienne – mais aussi parce que l’acteur doit comme tout le monde apprécier les doux baisers des jolies femmes – finira par emballer une simili Miss Monde en prouvant que petit cerveau n’entame jamais grand courage. Ce serait presque beau s’il ne nous avais pas fait le coup plus de fois qu’il ne le fallait, et s’il avait tenté, ne serait-ce qu’une fois, d’agrémenter ses romances rigolardes de véritables gags. Pas son truc à Sandler, la vanne. En tout cas pas si elle doit demander un travail de contextualisation. Après tout, puisqu’il continue de faire des entrées – ou de collecter des connections sur Netflix – en se trébuchant dans le chien ou en hurlant comme s’il était pris par la danse de Saint-Guy, pourquoi changer son fusil d’épaule ? Une méthode évidemment réutilisée sur Hubie Halloween, et pour ainsi dire la seule à faire loi dans cette fausse comédie horrifique automnale. Fausse parce qu’on ne se cale pas vraiment devant un film d’épouvante ici ; mais aussi parce que l’on peut à peine parler de comédie tout court…

 

 

Pourtant ça hurle dans Hubie Halloween, et même du début à la fin. Passionné des festivités de Samhain, l’autiste Hubie (Sandler of course) se donne pour mission de veiller à la sécurité des petites goules sorties pour le traditionnel porte à porte et le ramassage de réglisse, alors qu’il est lui-même un froussard pur premium. Il suffit par exemple à notre héros de tomber sur un squelette acheté 15 dollars chez Wallmart pour qu’il soit forcé de lancer une lessive. Comment cette version humaine et posée sur ses pattes arrières de Scooby-Doo fera-t-il pour élucider une vague de disparitions, nombre des mauvais garçons de la région finissant happés dans les ténèbres. La faute au nouveau voisin de Hubie, trop velu pour être honnête et donc possible loup-garou ? A cet échappé de l’asile, masqué d’une tête de cochon et déambulant parmi les enfants de son air le plus glauque ? Pas aux petits hommes verts en tout cas, mais l’on ne manquera par contre jamais de rire jaune, parfait compromis entre la moquerie bête et méchante envers un divertissement sans prétention (le contraire serait difficile), et la gêne profonde ressentie face à la quinzième tentative de nous soutirer un sourire en faisant gueuler Sandler à la mort, pour ainsi dire la seule blague sur laquelle repose l’entièreté du film. Tellement fier de sa trouvaille – hum hum… – Sandler et les yes man pas contraire engagé pour coucher sa vision sur disque dur (Steven Brill, qui a déjà shooté plusieurs Sandler movies et le sympathique Drillbit Taylor) nous offrent dans le générique de fin un récapitulatif de tous les cris de chat tombé dans l’eau de Hubie. Une manœuvre symptomatique de l’abandon à toute forme de comédie qui étrangle Hubie Halloween et sa vedette depuis au bas mot vingt ans… Il y a pourtant quelques bonnes pistes lancées ici ou là, comme lorsque l’on se tire à vue sur toutes ces nénettes déguisées en Harley Quinn, mode touchant également des gamines de sept ans se trémoussant comme des pornstars devant leur miroir. Las, la critique est abandonnée aussi vite qu’elle est embrassée. Parce qu’il ne faudrait pas vexer de potentiels spectateurs amoureux de la copine du Joker, et parce qu’il faut faire de la place à un Steve Buscemi occupé à imiter un chihuahua (pauvre Steve, The Big Lebowski est loin dans ces instants), au détestable Kevin James et à son mulet (seul gag qui lui sera attribué) et à un Rob Schneider qui n’essaie même plus d’être drôle. Il y en a au moins un qui a compris.

 

 

Unique bouée de sauvetage empêchant la troupe – tous des habitués de Sandler, avec en bonus un Ray Liotta sachant fort bien que son salut ne viendra pas de Hubie Halloween – de couler dans les abysses de la nullité la plus noire : les décors. Louons Brill et son équipe en charge du décorum, absolument ma-gni-fique. C’est bien simple, rarement le 31 octobre aura été aussi chatoyant et dense, chaque plan, chaque recoin d’image transpirant l’amour pour ces fantômes en draps de lit et ces guirlandes de chauve-souris, la reconstitution de la soirée fêtant aux morts-vivants de gouache étant absolument parfaite. D’autant qu’elle n’oublie rien : visite d’une maison changée en manège hanté, champ de maïs fait labyrinthe, cortège déguisé, jeux à boire sous l’étable, gamins à vélo jetant du papier cul sur les toits, passage dans un drive-in où est diffusé un film d’horreur en noir et blanc… Une fabuleuse carte postale, qui aurait élevé la plus fadasse des Séries B horrifiques. Chez Sandler, elle n’est malheureusement qu’une garniture de luxe, incapable de faire oublier qu’elle enrobe un cake à la merde.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Steve Brill
  • Scénario : Tim Herlihy, Adam Sandler
  • Production : Kevin Grady, Adam Sandler, Allen Covert
  • Pays : USA
  • Acteurs : Adam Sandler, Steve Buscemi, Kevin James, Julie Bowen
  • Année : 2020
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6 comments to Hubie Halloween

  • Pascal G.  says:

    C’est en effet au-delà même du mauvais et du jamais drôle. Con-sternant

  • Adrien Vaillant Adrien Vaillant  says:

    Merde, sans voir le film c’est comme si je l’avais déjà vu tient. Sandlers qui beugle, Kevin James qui tente d’avoir l’air cool mais a l’air con et Schneider qui est pas drôle ? Combien de fois je me suis tapé le combo putain… Remarque les années passées on a bien eu deux Boo ! A Madea Halloween, alors si ça se trouve ça va devenir une tradition. Ça me peine presque pour Liotta et Buscemi tient, ils font plus que des apparitions pourraves dans des trucs comme ça.

    Je crois que je vais attendre Paul Blart: Mall Cop 3 plutôt.

  • Roggy  says:

    Je viens de voir le film et c’est vrai que c’est lourdingue, avec un Adam Sandler qui n’amuse plus que lui-même à l’image de ses tentatives d’être drôles face aux gamins qui lui jettent systématiquement tout et n’importe quoi. Après, je te rejoins sur la photographie et les décors qui sauvent la mise en contrepoint d’un humour ridicule et une fin encore plus conne (avec un générique de fin de presque 10 min sur les ratés des acteurs à la Jacky Chan, montrant bien la limite du scénar). Bon, j’avoue que la voix de Shaquill O’Neal m’a fait sourire :).

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