Les Fleurs de Sang (Dark Night of the Scarecrow)

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Auteur des nouvelles servant de base aux horror movies L’Emprise et Audrey Rose, pour lesquels il reprit le siège de scénariste, Frank de Felitta se fit aussi homme de télévision. Plutôt pour la faire tressauter d’ailleurs, et après les dobermans mangeurs d’homme de Trapped (1973) et la robe servant de machine à remonter le temps de The Two Worlds of Jennie Logan (1979), le romancier bourre de paille les guenilles d’un épouvantail vengeur amené à devenir culte. Logique au vu de l’excellence de Dark Night of the Scarecrow (1981).

 

 

Fréquemment enviée par les « petits » Européens, l’Amérique, ce continent où tout serait possible, peut effectivement être regardée avec jalousie par les dévots aux festivités du 31 octobre. Il faut dire que par chez nous, quelques citrouilles sur la devanture des magasins ou à l’entrée des maisonnées, trois ou quatre sorcières fatiguées sur les emballages de bonbons et éventuellement la diffusion d’un film fantastique – Twilight sur les grosses chaînes, Poltergeist sur les plus petites – et le bout du monde est atteint. Aucune comparaison n’est possible avec le cortège macabre sortant de terre à chaque automne au pays de l’Oncle Sam, même lorsque les festivités y sont malmenées par la plaie Covid. Là-bas, le tube cathodique ne se satisfait certainement pas de quelques vampires romantiques et aux torses nus, les chaînes commanditant même quelques coulures sanguines qui leur seront propres, la tradition du TV Movie pensé pour l’occasion ou des épisodes spéciaux des séries à succès étant plus qu’ancrée dans la culture locale. De ces graines de potirons plantées sous terre par la chaîne CBS naîtra ainsi Dark Night of the Scarecrow, « connu » chez nous sous le nom très nawak de Les Fleurs de Sang. Les coloquintes de la mort aurait moins juré puisque, cela ne surprendra personne, l’histoire prend place peu avant le 31 octobre. Comme à leur habitude, la petite Marylee (Sonya Crowe, nom presque parfait pour se retrouver dans un film d’épouvantail fantomatique) et le grand dadais de 36 ans Bubba (le génial Larry Drake, Darkman et Dr. Rictus), handicapé mental de son état, flânent dans les champs, cueillant des fleurs (d’où le titre français) et refaisant le monde à leur manière. Pas du goût du facteur Otis Hazelrigg (Charles Durning, Terreur sur la Ligne) tout cela, persuadé que le grand Bubba, malgré sa candeur affichée, finira par profiter de la gamine aux couettes, et personne ne saura rien y faire. Pour lui et les quelques pochtrons qui lui servent d’amis – mot bien fort pour décrire la relation unissant ce manipulateur aux rednecks décérébrés qui l’entourent – le plus simple serait encore de se débarrasser une bonne fois pour toute de l’enfant trentenaire, qu’ils malmènent déjà d’ordinaire. L’occasion leur sera finalement donnée : rendue curieuse par un jardinet décoré de plusieurs nains de jardin, Marylee se glisse sur une propriété privée gardée par un molosse, qui lui saute dessus. Sauvée par Bubba, elle n’en est pas moins blessée, et la rumeur de sa mort courant plus vite que l’information de sa vie sauve, Hazelrigg rameute ses troupes et pourchasse Bubba, forcé de se glisser sous la veste poussiéreuse de l’épouvantail veillant aux plantations de sa vieille mère. Hazelrigg n’étant pas dupe, il découvre un Bubba affolé sous son sac en toile de jute, et c’est au plomb de leurs carabines et fusils de chasse que lui et ses trois hommes l’exécutent…

 

 

Quelques semaines plus tard, et après un procès vite expédié lavant de tout soupçon les quatre meurtriers, ceux-ci commencent à apercevoir dans leurs champs la silhouette d’un épouvantail ressemblant trait pour trait à celui dans lequel s’était caché Bubba. Sa mère aspirerait-elle à la vengeance ? Ou bien l’avocat de celle-ci tenterait-il de les effrayer pour les pousser à une erreur servant de ticket pour la case prison ? A moins que le spectre de Bubba se serait extirpé des cratères de l’enfer pour venir jouer de la fourche vengeresse ? La paranoïa s’installe progressivement, et lorsque les premiers accidents surviennent (chute d’un fermier dans une broyeuse à bois, ensevelissement d’un autre sous des tonnes de grains de maïs), Hazelrigg prend conscience que sa vie est menacée et qu’il se doit de trouver le coupable avant que ce dernier ne vienne se planter dans son jardin… Fréquemment considéré comme un slasher atypique ce Dark Night of the Scarecrow, et on peut d’ailleurs comprendre pourquoi à la seule vue de la silhouette lugubre du tas de paille, devenu une mini-icône du genre dont le masque se trouve même à la vente. Pas mal pour un petit téléfilm. Et bien sûr, avec ses meurtres plutôt originaux et survenant l’un après l’autre, Felitta épouse la mécanique que Carpenter et Clark huilèrent si bien. Néanmoins, plutôt que d’une Nuit des Masques tranchant de la baby-sitter à quelques encablures du champ de citrouilles, c’est d’un épisode étiré et légèrement corsé de La Quatrième Dimension que l’on rapprocherait cette possible vengeance d’outre-tombe. Oui, la morgue locale sera à la fin de la journée occupée par six nouveaux locataires, et les coulures rougeaudes sont effectivement de la partie, mais le propos se loge plus volontiers dans un suspense à l’ancienne plutôt que dans les éclats de violence. Felitta préfère ainsi filmer une campagne plongée dans le noir, dans laquelle on entend le pas lourd d’un épouvantail descendu de sa croix de bois, et ne jamais trop traîner sur le trépas de ses salauds. Peut-être pour ne pas affoler spectateurs et gérants de la chaîne CBS, mais sans doute aussi pour ne pas dévier l’attention du plus important : la folie s’emparant progressivement du livreur de courrier Hazelrigg.

 

 

Personnage particulièrement intéressant que le sien, et héros (sombre, c’est entendu) véritable de Dark Night of the Scarecrow, car point de vue prédominant de l’histoire. C’est aussi l’un des pourris les plus notables du septième art, parfaitement croqué par un Felitta amusé à l’idée de faire contraster l’influence qu’il peut avoir sur ses comparses, tous bien plus idiots que lui, et sa vie privée. Aux yeux de tous, il est l’aimable bonhomme grisonnant qui glisse des cartes postales dans les boîtes aux lettres, capable lorsque le besoin s’en fait sentir de devenir un véritable meneur d’hommes, juché sur la camionnette crasseuse de son ami fermier comme un général sur son panzer. Mais dans le secret de sa chambre de pension, il n’est qu’un banal alcoolique passant sa journée au lit, forcé de prendre le petit déjeuner avec des vieillards ayant déjà trop vécu pour prêter une oreille crédule à ses belles paroles. Une frustration pour ce que l’on devine être un ancien homme de guerre, désormais tout juste bon à glisser des factures dans des fentes de fer. Alors comme pour retrouver de sa grandeur, de sa superbe, Hazelrigg commande les esprits les plus faibles, et mène une cabale sur l’inoffensif Bubba, plus pur encore que la Marylee que l’on prétend protéger (c’est elle qui embrasse un Bubba réticent, et c’est elle aussi qui se jette dans la gueule du chien alors que Bubba tentait de la prévenir du danger). Une cabale désintéressée ? Une honnête soif de justice et le besoin de veiller au bien-être d’une fillette ? Plutôt une dévorante jalousie, Felitta laissant planer un doute, bien faible, sur l’attirance que Hazelrigg éprouve pour Marylee, qu’il scrute, suit et avec laquelle il tente de faire ami-ami lors de la soirée d’Halloween. Inacceptable que ce jadis grand homme, que tous redoutent ou suivraient jusqu’aux portes du Tartare, soit éconduit au profit d’un simple d’esprit incapable de lasser ses chaussures. On dit que les bons méchants font les bons films. Dark Night of the Scarecrow s’en est trouvé un excellent.

 

 

Metteur en scène accompli, Felitta fait des merveilles, en particulier lors d’ultimes minutes virant à la démence pure. Hazelrigg, persuadé que Marylee se cache derrière la mort de ses amis, la course dans un champ de potirons, alors qu’un bulldozer sort de la nuit noire pour le pourchasser à son tour. On ne dévoilera rien du final, qui mérite autant la découverte que le film tout entier, bien loin de l’idée que l’on se fait d’ordinaire des productions télévisuelles. Premier vrai killer scarecrow de l’histoire, celui de Dark Night of the Scarecrow reste aussi le meilleur des troupes volant dans les plumes noires des corbeaux, il est vrai principalement constituées de Séries B cheesy et plus appliquées à faire monter leur bodycount qu’à poser un climat. Tout l’inverse du film de Felitta, parfait accompagnateur de vos soirées d’automne et de ces drames charbonneux auxquels on songe encore longtemps après son dernier coup de fuscine.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Frank de Felitta
  • Scénario : J.D. Geigelson
  • Production : Bobbi Frank
  • Pays : USA
  • Acteurs : Charles Durning, Larry Drake, Robert F. Lyons, Jocelyn Brando
  • Année : 1981

2 comments to Les Fleurs de Sang (Dark Night of the Scarecrow)

  • Grreg  says:

    Oh la la,celui -la est sur ma liste de films wanted depuis fort longtemps!!
    Ta critique me fait rappelé ce que m’en avait dit un ami;c’est du trés trés bon ,au top de la serie B.
    Un éditeur va t-il ce penché sur son cas un de ces jours?
    Merci de nous chroniquer ce genre de pépite;décidément, la crypte a bon gout!!

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