Scarewaves

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Nos rencontres avec l’Américain Henrique Couto ont beau avoir été très brèves, elles n’en ont pas moins suffit à nous faire une désavantageuse première impression du gaillard. Mais comme cela ne coûte pas grand-chose d’offrir une seconde chance à un honnête homme, on prend le casque et on laisse son Scarewaves (2014) nous malmener les tympans avec ses bonnes ondes. A moins qu’elles ne soient, à nouveau, mauvaises ?

 

 

Sous-genre généralement très apprécié du fantastique, le film à sketchs l’est surtout des cinéphages qui n’en ont pas trop vu et ont su s’en tenir à quelques Creepshow et Amicus. De beaux arbres centenaires il est vrai, mais de ceux cachant une forêt tristement feuillue, principalement faite d’anthologies sans le sou plantées par des jardiniers amateurs, dans l’espoir de placer leurs petits courts-métrages des débuts sur la même branche que ceux des autres. Après tout, il est connu que l’horror addict aura plus tendance à s’envoyer des petites histoires lorsqu’elles sont réunies sous une seule et même bannière, plutôt que disséminées un peu partout sur Vimeo. Et puis, ces regroupements de néophytes ont toujours l’avantage de fonder les bases d’un réseau de connaissances, de tisser une toile d’araignée où pourront se réunir les novices de la frousse. C’est ainsi au détour des porte-manteaux Faces of Schlock (trois opus entre 2005 et 2009), que je découvris l’art de l’extravagant Henrique Coutou, porteur de la chemise hawaïenne de goût douteux, des cheveux longs du barbare de base et de la moustache crochue façon Dali. Sans grande émotion, la découverte, la faute à des historiettes pas fameuses d’abord, puis encore rabaissées par la présence dans leurs parages des premiers efforts de Chris LaMartina (Call Girl of Cthulhu, President’s Day), pas nécessairement géniales mais que la nature punko-fendarde permet de se distancier, dans le bon sens, des premiers pas titubants de ses congénères. Comparaison n’est bien évidemment pas raison, n’empêche que forte est l’impression que le Chris – l’un des mes petits chouchous, je l’avoue sans honte et reconnaît donc un possible manque d’objectivité – fait beaucoup avec peu là où Couto ne fait rien avec rien, comme incapable de s’extirper de récits coincés entre quatre murs et résumés à des teens causant de leurs petits nombrils. Ca saigne évidemment de temps en temps, histoire de dire que, mais ça ne pisse pas forcément plus loin. M’enfin, ça c’était les Faces of Schlock, et du slime a coulé dans les égouts depuis lors, rien ne disant que le souriant Henrique ne s’est pas amélioré vachement jusqu’à Scarewaves, bien évidemment un film à sketchs lui aussi. Manque de pot, ce n’est une fois de plus pas terrible. Du tout.

 

 

Principe radiophonique pour Scarewaves, penché sur le cas d’Amos Satan, présentateur d’un show radio qui en est à son ultime émission et profite de celle-ci pour la rendre flippos, invitant ses auditeurs à raconter leurs mémoires les plus terrifiantes. Mais se rendant compte que ses fans n’ont que de banales légendes urbaines à lui murmurer à l’autre bout du combiné, Amos décide de prendre les choses en main et conte des fables autrement plus corsées. La première ne rivalise en tout cas pas d’originalité en partant goûter aux coups de pinceaux d’un prétendu artiste, tout juste rejoint dans sa maison par une nouvelle colocataire. Elle finira par se poser quelques questions sur le pro de la gouache, en voyant notamment que les modèles qu’il invite pour en tracer les courbes disparaissent après les douze coups de minuit, et découvrira que les talents du peintre (très relatifs, les talents, mais bon…) sont dus à un pacte avec le démon. On connaît la chanson, et on voit le twist venir à 666 kilomètres : la gentille petite nouvelle finira à son tour par serrer la pogne du Malin pour, elle aussi, voir ses dons de photographe monter en flèche. Couto devrait peut-être lui aussi tracer un pentagramme au sol et voir si Belzébuth a une proposition à lui faire, car là on patauge dans la banalité. Après, on sait tous que les anthologies ne frappent jamais trop fort au départ, gardant leurs plus belles cartouches pour la fin. Alors on se cramponne et on passe à la suite en espérant des heures meilleures. Raté, car après on passe aux mésaventures de deux cousins, fraîchement revenus at home avec plusieurs millions dans le sac à dos, suite à un braquage bien orchestré. Mais en découvrant que sa femme désire se débarrasser de lui pour garder une plus grosse part du gâteau, l’un des deux hommes prend le parti de la tuer à la batte de base-ball. Mais une fois le corps jeté dans le lac le plus proche, le coupable commence à voir des flaques d’eau un peu partout et imagine que sa promise est de retour à la maison. On avait vu ça dans le premier Creepshow, et même dans le Terror Tract de 2000, l’époux vengeur et trempé existant depuis la nuit des temps dans notre cher ciné fantastique. Problème : Couto n’a pas un Leslie Nielsen pour élever son alignement de clichés.

 

 

Pire encore est la suite, car prometteuse sur le papier : un ancien flic trop agité de la gâchette et suspendu pour avoir tiré à plusieurs reprises sur des suspects pourtant non-armés, doit désormais faire le gardiennage de nuit dans les bureaux d’un immeuble privé de courant. Autant dire qu’il comprendra vite qu’il n’est pas alone in the dark. Malheur : Couto n’ose pas s’abandonner à un chapitre purement sensitif et perdu dans la pénombre, où l’on suivrait les déambulations et découvertes à la lampe torche d’un salaud de première. A la place, et comme mal à l’aise dès que personne n’ouvre la bouche dans son Scarewaves, on nous bazarde à l’écran des flashbacks et la garde à vue de ce sombre héros, hachant le rythme, dès lors mauvais, de ce volet. Un coup pour rien. Un de plus. Ouf, tout cela se finira mieux que cela avait commencé, la dernière partie, qui profite de la jolie Haley Madison (l’adorable pétomane de Slaughterhouse Slumber Party) prenant un peu d’humour. Notre amie y incarne une glandeuse professionnelle, néanmoins parvenue à séduire un jeune barbu déjà en couple qu’elle pousse à liquider sa légitime, histoire de récupérer son flouze. Mais indécis, celui-ci tarde à passer à l’acte et la psychose finit de s’emparer d’une Madison imaginant moult scénarios, tous plus noirs les uns que les autres. Couto se joue de l’attente et l’impatience de sa protagoniste et parvient enfin à nous divertir. Un peu tard, car il ne reste plus à Scarewaves qu’une vingtaine de minutes pour devenir autre-chose qu’un amas de vidéos Youtube mal foutues. Et c’est bien sûr cette impression qui persiste : malgré un filtre de pellicule abîmée qui tente (en vain) de troquer la froideur d’un filmage en digital pour la chaleur des bandes grindhouse d’antan et une nudité constante, on se croit plus devant nos écrans de téléphone à regarder le premier essai d’un bleu qu’un véritable film. Une question de budget sans doute, Imdb nous disant que l’ensemble ne coûta pas plus de 70 000 dollars (cela serait moins que cela ne m’étonnerait pas). M’enfin, ne pas avoir de fonte en poche n’a jamais empêché les Italiens de shooter un motard cybernétique qui attaque des bidasses avinées avec ses lasers qui font « piou piou » ou des yankees d’envoyer Linnea Quigley dans les papattes de rats mutants…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Henrique Couto
  • Scénario : Henrique Couto, Ira Gansler, Jeremy Biltz, Jon Oak Dalton
  • Production : Henrique Couto, Eric Widing
  • Pays : USA
  • Acteurs : Jon Bradley Hambrick, Haley Madison, Erin R. Ryan, Joe Kidd
  • Année : 2014

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