Woodchipper Massacre

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« Ne t’en fais pas, papa, qu’est-ce qu’il pourrait bien se passer de mal ? ». Et vlan ! Une petite phrase qui porte malheur et le beau week-end automnal tourne aux trois jours d’horreur pour une petite fratrie, coupable d’avoir accidentellement liquidé la vieille tante venue faire du baby-sitting chez eux. Heureusement que la déchiqueteuse à bois reste prête à l’emploi et aidera les jeunots à se débarrasser des restes de la vieille bique. Dans le style Amblin, notre Woodchipper Massacre (1988) ? Non, mais pas loin non plus.

 

 

C’est telle une publicité de petite chaîne télévisée régionale que débute Woodchipper Massacre, occupé à zoomer sur la fameuse broyeuse de branches, sur une tronçonneuse ou sur une paire de gants, sans jamais oublier de bien montrer les marques. Retirez la bande-son relativement pesante, rajoutez les harangues d’un menuisier chevronné et vous jureriez sur la tête de Bob le Bricoleur être tombés sur de la réclame Brico Dépôt. Mais puisque le cruciforme est tenu par Jon McBride, auteur d’un mémorable Cannibal Campout et comparse fréquent des frères Polonia (notamment sur leur hit vidéo Feeders ou le déjà chroniqué ici Blood Red Planet), on se doute que l’ensemble tient plus de la marchandise de camelot que de la scie à ruban garantie dix ans, voire que la propagande pour l’outillage lourd finira par tourner vinaigre. Tardivement néanmoins, le premier acte se concentrant, dans la grande tradition du shot-on-video tourné pour de la vaisselle de fouille, sur le quotidien de ses marmots. Et vous assisterez à tout. Le retour de l’école du petit Tom (Tom Casiello), treize ans et désespéré de ne pas trouver dans sa boîte aux lettres la réplique du couteau de chasse de Rambo qu’il a commandée, et Denice (Denice Edeal, oui ici on ne se foule pas quand il s’agit de nommer les persos : le prénom de l’acteur et roulez jeunesse!), blondinette bien dans sa quinzaine ne rêvant que de rendez-vous amoureux au cinoche du coin. Pendant ce temps, l’aîné Jon (Jon McBride, parce que ça ne coûte rien de s’embaucher soi-même) règle les derniers détails avant le départ de son cher papa, d’ici une paire d’heures en déplacement professionnel et qui tient à ce que son « grand » tonde parfaitement la pelouse. La maman n’étant plus de ce monde, il est également décidé que c’est à la vieille tante Tess (Patricia McBride, mère de Jon?) que reviendra l’insigne honneur de surveiller la marmaille. Pas de quoi pousser au sourire les frères et la sœur, qui gardent un souvenir douloureux de la dernière visite de leur tata et se souviennent encore que son fils, un taulard violent, les mettait bien mal à l’aise. Papa quitte le garage, s’élance sur la petite route terreuse, se gare (n’importe comment) à la gare, attend sur le quai que la Tess descende de son train, roule à nouveau sur son petit sentier, se gare devant chez lui… Quand je vous disais que vous assisteriez à tout.

 

 

Est-ce que l’arrivée de la vioque propulse un peu Woodchipper Massacre ? Certainement pas : si elle débarque effectivement en tirant la gueule, elle va surtout occasionner de nouvelles séances de tâches ménagères, Tom, Jon et Denice étant forcés de réparer la tondeuse à gazon, de laver la table du salon, de ranger leur chambre et tutti quanti. En récompense, des espèces de lasagnes dégueulasses servie après un sermon trop long (vous me direz, aucun sermon n’est trop court), bonne occasion de rappeler qu’aucun acteur pro fait acte de présence ici et que, plus que des plaques à la bolognaise, c’est une soupe à la grimace over the top que le spectateur va savourer. Après ce sinistre repas amené à leur bétonner l’estomac, et l’obligatoire vaisselle à faire, les gamins estiment bien mériter leur repos devant une Série B de SF bien kitsch. Intolérable pour cette emmerdeuse de Tante Tess, très mécontente de découvrir qu’il est d’ordinaire permis à la tribu de passer le vendredi soir devant de l’horror movie. C’est que bien des adolescents sont soudainement devenus de cruels assassins après avoir assisté à ces violences pelliculées, en vérité elle vous le dit. De même, lorsque Tom s’adonnera le lendemain aux plaisirs du air guitar – le petit mec a un goût certain pour le rock dur, comme en témoigne son poster du groupe Ratt – Tess ne viendra ni headbanguer ni faire les choeurs, mais bien le sommer d’abandonner ce boucan infernal, bourré de messages subliminaux amenés à en faire un suppôt de Satan. On ne se fend pas la gueule avec Tatie, faut bien le dire, et heureusement que Tom finit par recevoir le fameux schlass utilisé par Sly dans First Blood pour redonner des couleurs au p’tit gars.

 

 

Mais vous voyez venir la suite : Tess en découvrant que le fiston joue avec une véritable arme décide de la lui confisquer. Et puis quoi encore ? Tom a trop attendu son joujou acéré pour laisser l’emmerdeuse ridée le lui prendre des mains, et une bataille s’engage. Elle finira dans le sang – enfin, façon de parler, car McBride se garde bien de verser des bouteilles entière de jus de vie – Tess se plantant malencontreusement le gros canif dans le bide. Tuée sur le coup, elle laisse les kids avec un cadavre sur les bras. Flippés à l’idée de se faire gronder, voire même de finir leurs jours dans un centre pour délinquants juvéniles, Jon, Tom et Denice décident de foutre Tess dans le broyeur pour se débarrasser de sa viande morte. Tranquilles, nos pros du découpage de bidoche humaine ? Bien sûr que non, et vous vous doutez bien que l’on a pas imaginé un fiston sorti de prison à la Tess pour le plaisir, et celui-ci, mélange improbable entre Michel Houellebecq et Jeff Daniels dans Dumb and Dumber, finit par se présenter devant les teens, cherchant sa mère pour qu’elle lui prête un peu d’argent. Lui aussi fera un plongeon dans le broyeur, tandis que le climax de Woodchipper Massacre sera de savoir si, oui ou non, Jon parviendra à balayer les feuilles mortes avant que le chef de famille ne revienne de son voyage.

 

 

L’emphase n’est donc jamais mise sur la virulence, et si Woodchipper Massacre manque bien de quelque-chose, c’est de vitamine et de force de frappe. Mais le propos est de toute façons ailleurs, comme si McBride avait plutôt voulu tourner une petite comédie noire ou une version viciée des productions Amblin, avec tous ces Goonies et consorts vivant des aventures extraordinaires qu’ils tentent de cacher à leurs braves parents partis au turbin. Le principe est ici le même, si ce n’est que la chasse au trésor est remplacée par la nécessité de planquer les restes d’une mégère et de son con de fils. Et que visuellement, c’est pas du Spielberg ou du Richard Donner, tournage au caméscope oblige. Pas la peine non plus d’espérer la venue d’un John Williams aux violons, McBride piquant sans en avoir l’air des mélodies de dessins animés, remodelées à la mode Bontempi. N’empêche que l’esprit family friendly, tout tordu soit-il ici, est si bien respecté que l’on songe parfois à ces bandes à la Chérie, j’ai rétréci les gosses, souvent plus appréciables pour le quotidien de l’enfance qu’ils permettent de retrouver que pour les péripéties fantastiques qu’ils enchaînent. Des bols de céréales du samedi matin aux chamailleries entre frangins en passant par le balayage de la terrasse, Woodchipper Massacre trace un week-end pas banal puisque saupoudré de morts violentes, mais finalement appréciable pour ses douces effluves automnales et son ode du journalier.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Jon McBride
  • Scénario : Jon McBride
  • Production : Jon McBride
  • Pays : USA
  • Acteurs : Jon McBride, Tom Casiello, Denice Edeal,Patricia McBride
  • Année : 1988

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