The Hunt

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Période idéale que celle-ci pour se pencher sur la truffe de The Hunt (2020), puisque l’un des débats les plus agités du moment – et nous n’en manquons certainement pas ces temps-ci – concerne les tortionnaires et agités du canon, communément appelés veneurs. Chasse à courre aussi sur vos écrans avec cette production Blumhouse de luxe (comprendre qu’en bonne co-prod avec Universal, cette randonnée au vert profite de plus de pèze que d’ordinaire), qui nous ramène quinze années en arrière, lorsque le survival régnait en maître sur la production horrifique.

 

 

Quel tintamarre autour de The Hunt tout de même, un tohubohu tel que même Donald Trump, comme chacun sait un grand commentateur des tendances hollywoodiennes – il ne put s’empêcher il y a quelques années d’y aller de sa petite pique filmée à l’annonce de la sortie du Ghostbusters féminin – épingla le film de Craig Zobel comme l’oeuvre d’un vil gauchiste cherchant à mettre le chaos dans tout le pays. Si tel était le cas, le pari était presque gagné avant même la sortie du long-métrage, condamné sur la seule base de son pitch : dans les pays de l’Est, de riches progressistes organisent des chasses à l’homme dont le gibier est composé de rednecks homophobes, racistes, complotistes et plus généralement conservateurs. Pour résumer, les belles âmes de la gauche font le ménage et criblent de flèches et de plomb les vieux réac’ d’une droite plus ou moins dure. On peut imaginer que le vieux Donald se sentit visé… alors même que Zobel, s’il n’épargne aucun des deux camps, pousse sans doute un peu plus loin la critique de la culture « woke ». Ouep, les chassés ne sont pas montrés sous leur plus beau jour : stupides, naïfs, prêts à toutes les mauvaises décisions et prisonniers de leurs préjugés sur les apparences (des vioques ? Gentils ! Des migrants ? Méchants ! Zobel s’empresse évidemment de les faire mentir). Mais les chasseurs ne sont clairement pas en reste, baignant dans leurs jolis discours sur la tolérance et la discrimination (qu’ils pratiquent autant que leurs cibles), mais l’un dans l’autre de véritables barbares mus par l’envie de faire taire les voix opposées aux leurs. Bien qu’avouant une sensibilité de gauche, Zobel ne prend au final aucun parti, si ce n’est celui de son héroïne Boule de Neige, véritable guerrière ainsi nommée par les trappeurs, apolitique et totalement imperméable aux luttes idéologiques confrontant les camps. Boule de Neige, ou Crystal de son vrai nom, ne demande qu’à survivre, que ce soit avec les uns, les autres, ou encore mieux : seule.

 

 

Si The Hunt semble se faire écho d’une idée, c’est donc plutôt celle de la distanciation vis-à-vis de ces rixes plus ou moins intellectuelles, et les progressistes comme les conservateurs sont logés à la même enseigne : les gauchos se font exploser la gueule au fusil à pompe dans leur bunker alors que les amis des rois de la cagoule du KKK se font empaler ou éclatent à la grenade. Siècle de la susceptibilité oblige, les coups dans les roustons – ou camel toe, c’est ça aussi l’égalité des sexes – distribués par cette badass hard target de Crystal ne plurent donc pas à grand-monde, surtout avant la sortie du film d’ailleurs. Car une fois celui-ci visionné, on se rend bien vite compte qu’il tient plus de la grosse Série B qui s’est fait injecter du Red Bull en intraveineuse que d’autre-chose. C’est pas du Kathryn Bigelow, tout au plus du Steven Seagal ou un vieux Bronson sans la moustache mais avec une jolie blonde spécialiste de la voltige qui te bousille le groin. Et plutôt que la chemise bien repassée de celui qui a des choses à dire, Zobel semble porter son vieux teesh de geek content d’en foutre partout et de jouer avec son audience. Voir le début des hostilités, où il explose le crâne d’une cocotte qu’il présentait pourtant comme la protagoniste principale du carnage à venir. Et une fois celle-ci la cervelle à l’air, il passe au beau gosse à la mâchoire carrée de service, typé Sam Worthington. Le vrai sauveur ? Nope, Monsieur marche sur une mine une quinzaine de secondes plus tard. Ca gicle, ça vous induit en erreur, ça envoie des crétines dans des fosses pleines de pointes, ça montre des intestins se répandre au sol et ça joue avec les globes oculaires ; le tout pendant que le réalisateur se bidonne comme le sale gamin qu’il est certainement. Le grand pensum tant redouté par Trump et compagnie est loin, très loin, et on s’installe au final devant une reprise friquée de Severance (2006), comédie saignante de l’Anglais Christopher Smith.

 

 

Du fun et rien de plus ? Malheureusement oui, et il est inutile d’appeler votre infirmière privée pour qu’elle vienne vous prendre la tension lors de The Hunt, trop décontracté pour répandre le plus petit début d’une inquiétude. On ne s’en fera donc pas trop pour le sort de Crystal, qui survole le film telle une femme de fer, toujours prête à se relever et trop maligne pour tomber dans les pièges à répétition tendus par les buveurs de champagne hors de prix. Triomphes d’ailleurs que ce personnage et son interprète Betty Gilpin, à mille lieues de la Ripley 2.0 ou de la Captain Marvel sans pouvoirs, mais vraie weirdo badass sans en avoir l’air, grimaçante et ordurière (elle traite tout le monde de connards, et elle n’est pas loin du compte), incarnation même de l’individualisme et de la liberté d’esprit. Dommage que ses adversaires soient soit trop peu tracés (ils se font presque tous dégommer en une seule et unique scène), soit dirigés par des motivations plutôt ridicules (le twist sur la véritable raison qui pousse les démocrates à trouer le cuir du camp d’en face, assez enfantine). Mais c’est la satyre qui veut ça, le trait étant aussi gros que dans un épisode de South Park. Ce qui nous laisse tout de même avec un actioner gore récréatif et bien foutu à tous niveaux, avec sa réalisation lisible et efficace, sa jolie bande-son et son bon casting constitué de seconds rôles solides (Wayne Duvall, Emma Roberts, Ethan Suplee) et d’un grand nom pour asseoir la respectabilité de l’ensemble (Hilary Swank dans le cas présent). La technique Blumhouse en plein. Et à l’arrivée un bon petit film ne méritant sans doute pas tant de remous, même si l’on peut comprendre qu’il gêne la dictature de Twitter et les partis, quel que soit leur bord : avec cette Crystal suivant un instinct systématiquement victorieux, The Hunt fait la promotion du développement à l’écart des groupes et communautés. Et à l’âge de la pensée unique et de l’étalage des états d’âmes, cela déplaît fatalement.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Craig Zobel
  • Scénario : Nick Cuse, Damon Lindelof
  • Production : Jason Blum
  • Pays : USA
  • Acteurs : Betty Gilpin, Hilary Swank, Wayne Duvall, Ethan Suplee
  • Année : 2020

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