Doom Asylum

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Abraxas (1987) – ou Scared Stiff en VO – avait beau ne pas être un grand traité sur l’esclavage, le sujet des négriers n’étant qu’un vague background servant à dérouler un film de maison hantée certes très visuel mais aussi fort classique, il faut croire que cette petite Série B avait encore trop de neurones pour son réalisateur Richard Friedman. Du coup, il profite de son Doom Asylum suivant (1987 itou) pour rivaliser de bêtise, voire se foutre de la poire du slasher.

 

 

Nous sommes tous un jour tombé sur l’un de ces prétendus cinéphiles pointus qui, le petit doigt levé, prétend avec l’assurance du lapereau de la semaine passée tout juste sorti de son clapier, que les films d’horreur n’ont pas le plus petit début d’un intérêt et qu’il serait temps pour nous, vils sauvageons tatoués aux couleurs du gros dindon de Blood Freak, de nous mettre au véritable septième. Et ce même gars, caché derrière son t-shirt d’Inception ou Tenet, de nous faire le listing complet et détaillé de tout ce qui ne va pas dans les piles de VHS qui maintiennent le plafond de notre petit salon, qu’il regarde avec un dégoût certains : ces petites choses ne disposant même pas d’un budget décent sont parcourues d’acteurs incapables de vous réciter du Molière en latin et en faisant le poirier, la mise en scène est inexistante, ces parodies de personnages plaqués sur l’écran prennent un malin plaisir à enchaîner les pires décisions, les meurtres présentés en gore-o-rama sont aussi sadiques que moralement douteux, le pauvre adolescent Noir est toujours le premier à se prendre un coup de marteau sur le casque, les nénettes ne sont là que pour tomber le chemisier et flatter les bas instincts du répugnant mâle cisgenre, la musique est si mauvaise qu’elle ne mériterait même pas une sortie en cassette audio et, l’un dans l’autre, tout ce barnum ne raconte absolument rien si ce n’est d’interminables déambulations dans un lieu isolé et mal décoré. Le film dont parle notre jeune ami, alors qu’il ne l’a bien évidemment jamais vu et en ignore même complètement l’existence, n’est autre que Doom Asylum, micro-budget tourné à la ziva comme j’te pousse (huit jours et le bouzin était dans la boîte) et vaste blague digne du sketch de Bigard sur les films d’horreur.

 

 

L’histoire ? Elle est bien mince, concentrée sur le triste sort de Mitch, avocat roulant à travers la campagne américaine avec sa belle blonde Judy, heureuse de palper des millions de dollars suite à un procès juteux. Palm Beach et la grande vie les attendent. Et les attendront longtemps. Car trop occupé à rouler des pelles à sa belle alors qu’il pilote son bolide, Mitch manque de se prendre un van et part dans le décor, tuant sa promise et se retrouvant plus ou moins défiguré. Plutôt moins quand il est retrouvé dans l’herbe, seulement badigeonné d’un peu de jus d’airelles. Et plutôt plus chez le coroner (très pro : lunettes de soleil et gros sandwich en bouche), qui le croit mort mais se rend compte que l’agréé palpite toujours comme aux premiers jours. Aussi chamboulé par la mort de Judy que par son nouveau look de gratin dauphinois, Mitch grille le fusible de la sanité, liquide tout le monde dans la morgue et devient une légende urbaine. On en parle d’ailleurs toujours dix ans plus tard, tout le monde sachant fort bien qu’il faut se tenir éloigné de cet hosto désaffecté parcouru par un défiguré dément, dont l’occupation première est de zigouiller le campeur à l’aide d’ustensiles pensés pour les autopsies. C’est néanmoins sur place qu’une bande de jeunes aussi écervelés que stéréotypés (le black grande-gueule, le geek à lunettes, la brune intello jouée par une future actrice de Sex and the City, le gendre idéal et sa final girl aux boucles d’or) s’en vont pique-niquer, tombant nez-à-ampli avec un groupe de punkettes installées dans l’asile abandonné pour y répéter leur rock dur. D’ordinaire elles jouent dans les égouts, nous précise l’un des personnages, et on veut bien le croire. Inutile de préciser que Mitch finit par se réveiller et compte bien montrer à tous ces petits cons de quel opinel il se chauffe. Orteils coupés à la tenaille, coup de pince sur les tempes, machine transformant le teenager en cube de bidoche, chirurgie inesthétique à la scie d’autopsie pneumatique, caboche plongée dans l’acide, coup de perceuse dans le front (Driller Killer style!)… Pour être gore, Doom Asylum l’est, pas de soucis. Malheureusement, cette pluie de sang ne nous sauve jamais d’un ennui certain.

 

 

Mauvais calcul de la part de Friedman d’ailleurs que de viser le pastiche et d’en rajouter dans la connerie, sans pour autant prendre soin de son rythme, particulièrement problématique. Le gros de l’action se résume effectivement à des gens traversant de longs couloirs crasseux, à la recherche les uns des autres. Pas tout à fait l’idée que l’on se fait d’un slasher enlevé… Et comme il manque un peu de pelloche pour tirer l’ensemble jusqu’à une durée raisonnable et commerciale, Friedman décide d’encastrer des passages entiers d’un antique Sweeney Todd pour rallonger la sauce. L’idée de merde par excellence : non seulement on peine à voir le rapport avec Doom Asylum, mais en plus cela engourdit encore un peu plus un tempo déjà amorphe à la base. Sans compter que l’on a l’impression tenace que Mitch, entre deux meurtres, repart devant sa telloche pour y visionner des bribes du film. Peu crédible, même si la plausibilité n’était pas attendue dans ces galeries au papier peint déchiré. N’empêche que ça frustre, d’autant que le départ rivalisait suffisamment d’idiotie pour que l’on y croie dur comme fer. La final girl Kiki (Patty Mullen, la pute rapiécée et explosive de Frankenhooker) n’est par exemple pas sortie du moule de Jamie Lee Curtis : fille de la Judy décédée (que Mullen incarne aussi), elle se rend sur les lieux de l’accident et retrouve, dix piges plus tard on le rappelle, le miroir de sa chère génitrice, sans s’en émouvoir ou s’en surprendre outre mesure. Elle se plaint tout de même suffisamment de la perte de sa mère pour que son boyfriend lui promette de tenir le même rôle pour elle. « Je peux t’appeler maman, alors ? » demande-t-elle. « Bien sûr » répond-il, sans savoir qu’elle va effectivement l’appeler ainsi jusqu’à l’arrivée du générique de fin et refusera d’aller fricoter à l’écart des regards indiscrets. « Ce serait de l’inceste, maman ! » En voilà un qui s’est bien fait couillonner. Marrantes aussi les rockeuses, et on aurait bien vu la leader Tina tenir le rôle principal : gueularde, violente, elle est aussi la plus dynamique puisque, en apprenant que toutes ses copines ont été massacrées par Mitch, elle décide de réclamer vengeance et parcourt l’asile une barre de fer à la main. Badass. Dommage que l’ensemble ne prenne pas exemple sur sa belle vivacité, et que le rire des débuts laisse peu à peu place au désœuvrement et à la lassitude. On a en tout cas du mal à comprendre comment Friedman a pu passer en quelques mois à peine d’une Série B somme toute bien ficelée comme Abraxas à un Doom Asylum enfilant toutes les erreurs de débutant possibles et imaginables…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Richard Friedman
  • Scénario : Rick Marx
  • Production : Steven G. Menkin
  • Pays : USA
  • Acteurs : Patty Mullen, Michael Rogen, Ruth Collins, Kristin Davis
  • Année : 1988

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