Castlevania (saison 3)

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Et de trois saisons pour la série animée Castlevania selon le géant de la VOD Netflix, qui ressort donc fouets et dentiers crochus pour flatter la nostalgie des trentenaires – voire quarantenaires – désireux d’en revenir à leurs années Super Nintendo. Mauvaise nouvelle : le show préserve ses défauts passés. Bonne nouvelle : il a appris à tirer meilleur parti de ceux-ci.

 

Attention, ça spoile grave, y compris la fin de la saison.

 

Le gamer ne le sait que trop bien : Konami, jadis l’un des plus respectés éditeurs de jeux-vidéo, c’est pour ainsi dire terminé, le géant nippon du joystick et de la croix directionnelle étant parvenu à torpiller ses plus belles franchises. Dont Castlevania, saga culte désormais résumée à des compilations incomplètes ou à des jeux mobiles, qui ne semble finalement plus vivre que sur son glorieux passé ou, justement, l’adaptation animée commanditée par Netflix. On l’avait vu dans le petit dossier publié ici-même et compilant mes opinions sur les deux premières saisons, mais Castlevania The Animated Serie, bien que très fidèle aux jeux puisque reprenant de nombreux éléments de ceux-ci (monstres reconnaissables, personnages tirés du troisième opus, pouvoirs et attaques respectés, reprise de la bande-son lors des moments les plus épiques) s’éloignait néanmoins de l’esprit très « bon enfant » de l’univers. Jadis, Simon Belmont et ses petits copains traversaient le castel maudit du hall à la chambre privée de Dracula en balançant haches et crucifix sur des hordes de têtes de gorgones, de chevaliers fantômes et d’hommes-poissons cracheurs de feu, en faisant tomber au passage tous les chandeliers. Evidemment inadaptable en l’état, car trop osseux dans le principe. Il faut rengraisser l’histoire, et épaissir des personnages souvent muets (les premiers jeux, pour ainsi dire sans récit réel) ou dessinés par de rares dialogues tenus en laisse pour ne pas envahir l’expérience de jeu (à partir de Symphony of the Night). Quitte à en faire un peu trop : si la première saison s’évertuait à poser une ambiance lourde et hivernale, la seconde virait au talk-show stratégique, à une sorte de Game of Throne vampirique où Dracula se retrouvait trahi par sa propre cour, la vile Carmilla manipulant Hector, maître forgeron (dans cet univers, cela signifie modeleur de créatures) à la solde du vieux Tepes, pour qu’il trahisse son maître. Affaibli par ce coup dans le dos qu’il n’avait pas vu venir, Dracula finit tué par son propre fils Alucard et ses amis chasseurs de monstres, Trevor Belmont et Sypha Belnades, le Prince of Darkness ayant tout juste le temps de téléporter Isaac, son deuxième et plus fidèle forgeron, dans un désert à des milliers de kilomètres de là. Warren Ellis, créateur de cette version télévisuelle, ne compte d’ailleurs pas changer son fusil d’épaule pour la troisième saison, calquée sur le modèle de la seconde. Comprendre que vous aurez un peu d’action dans le premier épisode, puis nous passerons au salon de thé pour au moins huit épisodes, et on reprendra enfin les armes pour le grand final, bien sûr voulu spectaculaire.

 

 

Le grand amoureux de l’animation – ici à la japonaise, le spectre de Yoshiaki Kawajiri planant au-dessus de cette belle Transylvanie – n’aura donc que peu de moments de bravoure à se mettre sous la dent, même si ceux-ci sont généralement magnifiques. Bel échange de politesses entre Trevor, Sypha et des démons tout juste sortis de leurs enfers, et splendide – et imprévue – arrivée de Legion, masse volante de corps humains que doit affronter Isaac dans une cité contrôlée par un vieux mage dément. Enfin, quel superbe séquence de mauvais rêve, l’un des nouveaux personnages introduit dans la saison revivant un voyage inter-dimensionnel vécu quelques années auparavant. Visuellement, cela saccade encore un peu trop pour être rapproché de l’excellence de Vampire Hunter D : Bloodlust, mais cela reste le plus souvent d’une beauté confondante. Le gros plus de Castlevania reste d’ailleurs ses décors, d’une froide séduction : cela flatte constamment la pupille, mais on sent aussi la malédiction qui pèse sur les lieux. Idéal pour planter un climat aux petits oignons, et on ne saurait oublier cette séquence située dans une église viciée par l’arrivée d’un démon en son sein : le Christ est désormais retourné et a le visage griffé, les moines ont le regard vide, leurs livres sont entassés dans un coin de la maison de leur dieu déchu, alors que dans un autre s’amasse les excréments des dits moines, désertés par tout respect envers leur Créateur. Il y a de quoi trembler. Et féliciter l’équipe de dessinateurs, qui nous offre probablement les plus belles fresques de la série. Devons-nous également serrer la pogne de Ellis et sa team de scénaristes ? Oui et non.

 

 

Non car il n’ont pas su recalibrer leur récit et lui donner un peu de peps, gardant leur amour pour les interminables débats, quelquefois inutiles tant ils ressassent encore et encore ce que l’on sait déjà ou a déjà été dit il y a deux épisodes de cela. Au point que l’on se sent parfois prisonnier d’une boucle temporelle façon The Walking Dead : on ne sait plus si les minutes représentent des jours ou des semaines, l’intrigue avançant si lentement qu’elle en fait du surplace – en partie parce qu’il y a désormais quatre points de vue différents qui se tirent la bourre et réclament un temps d’antenne équivalent. Le script sera donc scindé en quatre. Bien sûr, on continue de suivre le voyage de Trevor et Sypha, en repos dans une petite ville dont les curés semblent désormais vénérer Lucifer, les deux chasseurs de monstres étant finalement engagés par le juge local pour qu’ils découvrent ce que trafiquent les prêtres. Et évidemment, on retrouve Alucard, seul dans le château de son défunt père, qui reçoit la visite de deux Japonais désireux d’apprendre de lui les techniques pour décapiter les vampires. Personnage important de la saison 2, Hector redevient lui aussi central ici, prisonnier qu’il est de Carmilla et ses trois sœurs, pressées de faire de lui leur forgeron attitré et donc une usine vivante grossissant les rangs de leur armée. Mais violenté par sa nouvelle patronne, Hector ne semble, on le comprend, pas décidé à obéir et à fournir une troupe de goules aux femmes vampires. A Lenore, la plus jolie, jeune et diplomate des suceuses de sang de le séduire pour le convaincre de les rejoindre. Enfin, le dernier point de vue suivi sera celui d’Isaac, en route vers le château de Carmilla pour se venger de celle-ci et d’Hector, dont les traîtrises ont propulsé la fin de Dracula. Chacun obtenant un peu moins de dix minutes dans des épisodes qui en durent généralement vingt-cinq, on comprend vite à quel point la série sera hachée. Heureusement, Ellis sacrifie la moins intéressante du lot, celle d’un Alucard devenu la nounou de deux apprentis aux comportements enfantins. Emmerdant au possible, d’autant que le très apprécié des fans Alucard n’est jamais parvenu à devenir un personnage attachant dans le monde de Netflix : sans doute trop adolescent pour un immortel, et son charisme des jeux lui fait ici défaut. Sage décision que de le laisser à l’arrière-plan pour un temps et offrir plus de présence à Isaac, dont la trajectoire, faite de débats métaphysiques et théologiques (avec entre autres une vieille sorcière à laquelle Barbara Steele prête son timbre. Sympa), sait se faire passionnante. Incroyable discussion au coin du feu, par exemple, entre l’intéressé et un monstre au faciès de mouche, ancien penseur d’Athènes passé par les enfers et ressuscité par Isaac (« J’ai appris quelque-chose, à propos du péché… J’ai appris, à l’aimer. ») Intéressantes aussi, ces joutes entre un Hector meurtri et une Lenore manipulatrice : on sait très bien où tout cela nous mène, et certains spectateurs crièrent à juste titre à la répétition, mais Lenore est suffisamment intrigante pour que l’on n’en tienne pas rigueur aux créateurs de la série.

 

 

Ce sont néanmoins Trevor et Sypha qui s’en sortent le mieux avec leur chasse au culte impie. Parce que l’idée de croyants devenus satanistes séduit par principe, mais aussi parce que les personnages alors présentés sont réussis. Salla, chef des blasphémateurs, dont le regard abyssal et les menaces masquées sont autant de chapes de plomb. Le fameux juge, froid et sévère, et ne tolérant pas que des enfants courent sur son marché, en même temps qu’un magistrat sincèrement inquiet pour le bien être de son comté. Et enfin Saint Germain, beau personnage de vieillard au sourire ironique, quelque part entre le saltimbanque et le philosophe, désireux de s’infiltrer dans l’église pour y trouver un passage interdimensionnel, dans lequel il s’engouffra plusieurs années auparavant et y perdit un être cher à son coeur. Le Sean Connery du Nom de la Rose n’est pas très loin, et c’est heureux. Tout comme nous serons ravis de voir le personnage parvenir à ses fins, et sans doute revenir dans de futures saisons, Saint Germain étant l’un des rares protagonistes, avec Isaac, à mener une relative belle vie dans la saison 3 de Castlevania, du reste une véritable machine à broyer de l’espoir. Celui d’Alucard, si seul au départ qu’il en vient à parler dans le vide, enfin rejoint par deux jeunes qu’il semble adopter… mais qui finissent par le trahir. Sous prétexte de le récompenser par un plan à trois bisexuel (vos enfants seront non-admis sur cet épisode, navré pour eux), les Japonais l’attachent et promettent de lui transpercer le coeur, pour récupérer des secrets que leur hôte leur cacherait. Forcé de les égorger, il finira par empaler leurs dépouilles à l’entrée du château de son père, qui faisait jadis de même, raison pour laquelle Alucard l’abattit en premier lieu… Noir. Pas joyeuse non plus la fin (pour l’heure) des aventures de Sypha et Trevor, à la base entamée dans la joie et la bonne humeur, Sypha appréciant sa nouvelle vie d’aventures, mais terminée dans la désillusion la plus totale. Non seulement la ville entière finit sacrifiée aux démons, le couple n’étant parvenu à sauver absolument personne, mais en plus ils découvrent que le juge en lequel ils avaient confiance était un assassin d’enfants, gardant leurs petits souliers comme autant de trophées dans une pièce cachée de sa maison. Noir (bis).

 

 

Quel feel bad movie (car soyons honnêtes, la saison tient du gros film, découpé en épisodes pour cause de durée excessive) que ce troisième Castlevania, toujours plein de cahots (ces persos qui causent tout seuls pour répandre leur psychologie, cela fait bien forcé) et au rythme mou (une grosse scène d’action à mi-parcours n’aurait pas été du luxe), mais plus accrocheur que par le passé. Saison de transition – la situation n’évoluant que de peu entre le début et la fin, si ce n’est que les principaux personnages sont désormais plus rembrunis – vers une saison 4 que l’on souhaite plus explosive, cette dernière proposition fait en tout cas le taf’ et se doit d’être célébrée pour ses penchants sleazy : les scènes de sexe font tout pour être dérangeantes, cela blasphème à tour de bras et en cramant un village entier ou en envoyant des marmots dans des pièges mortels, Ellis ose la carte de la violence absolue. Perfectible, mais au moins cela s’arrange par rapport à une assez ennuyeuse seconde saison, perdue dans ses considération géo-politiques.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Spencer Wan, Sam Deats, Adam Deats
  • Scénarisation : Warren Elis
  • Production : Adi Shankar
  • Pays : USA
  • Acteurs (voix) : Richard Armitage, James Callis, Alejandra Reynoso,…
  • Année : 2020

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