The Centerfold Girls

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Comme quoi, on peut avoir les mocassins bien englués dans la production télévisée pensée pour passionner les 7 à 77 ans, et avoir apporté sa petite pierre à l’édifice du slasher flick, genre fréquemment hué pour son immoralité et sa violence gratuite. Passé de Perry Mason et Drôles de Dames à The Centerfold Girls (1974), dans lequel un puritain dément (Pléonasme? Pléonasme.) traque et égorge des mannequins donnant dans le dénudé, John Peyser participe, sans en avoir l’air ni s’en rendre compte, à ce battement d’aile meurtrier des seventies qui créera un véritable ouragan de haches et machettes dans les années 80.

 

 

Ils ne mentent pas chez McDonald quand ils vous disent que leurs Happy Meal sont plein de surprises : alors qu’il accompagnait son fiston, prit d’une envie soudaine de cheeseburger, John Peyser tomber nez à Coca avec un ami producteur, justement en train de monter une petite Série B, mi-thriller mi-sexy, et qui propose à Peyser le poste de grand ordonnateur des coups de rasoirs délivrés par le maboul de service. Ca tombe bien, de retour d’un long séjour – huit années quand même – en Espagne, et plus ou moins fauché à l’époque, le réalisateur a besoin de boulot. Il ne se fait donc pas prier et accepte de prendre les rennes de The Centerfold Girls, fausse bande branchée sexploitation (il y a du boobs, et plus qu’il n’en faut, mais le propos ne semble néanmoins jamais coincé dans la dentelle rouge) et véritable proto-slasher, terme bien évidemment loin d’exister dans cette première moitié des années 70. D’ailleurs, plutôt que de donner de la suite dans les idées à un Michael Myers ou une Madame Voorhees, le sombre Clement Dunne (Andrew Prine, déjà tortionnaire de jolies jeunes filles dans le fort bon The Barn of the Naked Dead) pourrait se faire mentor d’un Frank Zito puisque, comme dans le Maniac de Lustig, celui-ci, sans doute plus que ses victimes aux cheveux soyeux, est la véritable star du film. C’est par son quotidien que débute d’ailleurs The Centerfold Girls, découpé en trois actes bien distincts, pour autant de demoiselles visées par Dunne. Un départ par ailleurs glacial : sur une plage grisonnante, très tôt dans la matinée et alors qu’aucun plagiste ou promeneur ne foule le sable du pied, Dunne sort de sa voiture le cadavre d’une égorgée, totalement nue et ensanglantée, qu’il traîne sur le sablon avant d’y creuser une tombe pour y jeter sa victime. Pas un son, si ce n’est celui d’un vent gelé et de vagues lointaines. Pas une émotion non plus, Clément Dunne, dans son costume noir et caché derrière ses lunettes, agissant mécaniquement, sans hâte ni tension. De retour chez lui, un appartement immaculé, où tous les objets et murs sont d’un blanc virginal, il agrippe un magazine coquin contenant en son centre un calendrier. A chaque mois son top model topless, sourire plaqué sur la face et la poitrine en avant. Dunne attrape une paire de ciseaux et se met à découper le visage de Miss Janvier, préalablement entouré au feutre rouge. On reconnaît évidemment la demoiselle qu’il vient d’enterrer sous un drap d’écume. Clement prend son marqueur rouge et entoure un nouveau visage, celui de la prochaine biche qu’il compte giboyer.

 

 

A partir de là, The Centerfold Girls changera de suppliciée toutes les trente minutes, soit à chaque fois que Dunne sera parvenu à rayer de sa liste une Miss supplémentaire. Pourquoi s’attaque-t-il à ces jolies jeunes filles, d’ailleurs ? Pour les sauver selon ses dires, ces brebis égarées ayant décidé de faire don de leur chair aux hommes pervers et de mauvaise volonté, et seule la mort, si possible violente, pourra les ramener dans le droit chemin. La rédemption par la lame, en somme. Et un bourreau bien dessiné, contraste vivant entre de pures intentions et de terribles mises en applications des saintes écritures. En cela, le portrait fait au départ de Dunne est parfait : méthodique, sûr de sa mission, et un démon de noir vêtu tombé de son petit paradis (son appartement à la blancheur extrême). L’ironie, c’est que les petites mignonnes après lesquelles il court et qu’il harcèle au téléphone sont parmi ce que l’univers de The Centerfold Girls a de plus doux et candide à offrir, ces futures assassinées étant loin, si loin, des filles faciles manipulées par Lucifer que Dunne se plaît à imaginer. La première (Miss March, si je ne m’abuse) le prouve par sa profonde naïveté et la respectabilité de son véritable emploi : infirmière, et en route pour un week-end au vert prévu pour l’éloigner des macabres coups de téléphone qu’elle reçoit d’un admirateur malsain, elle accepte qu’une hippie abandonnée par ses amis passe la nuit dans son luxueux chalet. Grave erreur, car c’est là un piège tendu par cette soi-disant auto-stoppeuse, en vérité de mèche avec le reste des troupes beatniks, qui s’invitent dans la cabane au fond des bois, violentent la maîtresse des lieux, la droguent, tentent de la violer, l’humilient en la maquillant comme un clown, volent son véhicule et retournent sa maison. La pauvre parviendra tout de même à fuir et à se réfugier chez ses voisins immédiats, un vieux couple tenant un motel pour routiers, qui lui prêtent une chambre et préviennent la police. Mais la tenancière soupçonnant que la naïade meurtrie attirera plus d’ennuis que de bonnes nouvelles, et voyant bien que son époux (incarné par Aldo Ray, bientôt un spécialiste du petit budget croisé dans Bog, Biohazard et Terror on Alcatraz) lorgne un peu trop sur le chemisier de leur invitée, décide d’expulser la décidément maltraitée demoiselle. Le vieux Aldo la raccompagne donc chez elle… et en profite pour abuser d’elle. Mais trop épuisée moralement et physiquement pour se défendre, la belle de mars se laisse agresser, faisant retomber la libido d’un Ray espérant un peu plus de vigueur. Après l’avoir rabaissée en lui susurrant que même la pire des putes de grande ville se débattrait mieux lors d’un viol, il la laisse à moitié nue dans le foutoir laissé par les hippies, probablement imaginés sur le modèle de la famille Manson. Complètement désœuvrée, il ne reste plus à la pauvre que ses larmes. C’est alors qu’intervient Dunne, qui se présente poliment comme son voisin et prétend vouloir l’aider. La Miss comprend immédiatement ce qu’il en est, celui qui la menaçait au combiné prétendant à chaque coup de fil « vouloir l’aider. » Telle une délivrance après tant de drames, le rasoir de Dunne passe sur la gorge de l’infirmière.

 

 

Une première partie particulièrement glauque, et donc très seventies dans l’esprit, pour ne pas dire grindhouse. La seconde, sans le savoir, aidera à poser les jalons du slasher, puisque se concentrant sur un groupe de jeunes (et moins jeunes) partis sur une île aussi déserte que paradisiaque pour y photographier des fessiers volontaires et des tétons avenants. Inutile de le dire, Miss May est évidemment de la partie. Clément aussi. Si la recette du slasher n’est en cette cuvée 1974 par encore établie, tous les ingrédients sont néanmoins déjà sur le plan de travail de Peyser : bodycount élevé (six trucidés rien que dans cet arc narratif), victimes poursuivies pour leur tendance à coucher dans d’autres lits que les leurs, décor isolé et unique, iconisation de l’arme blanche… On pense aussi au giallo, ne serait-ce que pour ces gros plans sur la main gantée de Dunne et ces idées visuelles, Peyser, pour éviter d’avoir à montrer des plaies sanguinolentes, suivant de son objectif des jets de sang partis s’écraser sur des vitres, dans des piscines ou éviers. Peyser n’étant pas un manchot et sachant fort bien créer un mood oppressant, bien que contrebalancé par une bande-son parfois ironique, ces giclées font un évident petit effet. Après ces aventures marines, Dunne retrouve la civilisation et s’attaque à la fille suivante de son catalogue des peaux soyeuses. Une hôtesse de l’air cette fois, à laquelle il envoie des roses jaunes, précisant « qu’elle sera peut-être enterrée en jaune » elle aussi. Ca pose une ambiance, et ça entérine la psyché de son admirateur secret, pendu au téléphone comme le genre le veut souvent. Comme Miss March, celle-ci n’a par ailleurs pas de chance, car en plus d’être pourchassée par le catholique fou, elle tombe sur deux marins qui la droguent et la violent dans un motel crasseux. Là encore, Dunne profite de la détresse de sa proie pour se présenter à elle et lui proposer de voyager à ses côtés. Plus maligne que les précédentes, et plus battante aussi, elle comprend qui il est et entame un combat avec lui, dans une forêt précédemment ravagée par le feu. Dunne a trouvé sa final girl, et le bras de fer se déroule dans l’une des plus belles, et morbides, cartes postales que le genre nous aura offert.

 

 

A cheval entre le psychokiller à l’européenne et son épure bientôt conçue aux Etats-Unis, The Centerfold Girls ne ressemble finalement ni clairement à l’un ni à l’autre, et fait partie de ces productions pivots faisant la bascule entre une tendance et la suivante. Sorti la même année que le culte Black Christmas de Bob Clark, il mérite en tous cas autant d’égards que son camarade de millésime. Peut-être plus versé dans l’exploitation licencieuse de par toutes ces tentatives de viols et un tempo moins enlevé, puisque calqué sur celui d’un Dunne patient, et sans doute moins influent puisque n’ayant pas bénéficié de la même couverture, mais certainement pas moins intéressant, ni moins bien interprété (les comédiens sont pour la majorité très crédibles) ou estimable. Profitant de la liberté offerte aux low budgets de l’époque, The Centerfold Girls mêle si habilement sexploitation, crime drama dépressif et chasse à l’homme giallesque qu’il s’en est finalement fallu de peu pour que ce soit lui, et pas un autre, qui soit considéré comme l’alpha et l’oméga du genre. Que les fans de celui-ci respectent ses origines et se penchent sur le superbe boulot fait par John Peyser, ils ne le regretteront pas.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : John Peyser
  • Scénario : Bob Peete
  • Production : Charles Stroud
  • Pays : USA
  • Acteurs : Andrew Prine, Jaime Lyn Bauer, Tiffany Bolling, Aldo Ray
  • Année : 1974

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