Zombie Ass : Toilet of the Dead

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Repéré en 2008 grâce à son salissant manga live The Machine Girl, Noboru Iguchi n’a depuis jamais vraiment cessé de retourner dans la maison hantée du splatter façonné avec les doigts, malgré quelques récréations sucrées car plus romantiques ou dramatiques. Un fumet de fleur d’oranger qui ne saurait venir étouffer celui de sang coagulé, de ferraille meurtrière et de sous-vêtements trempés par la sueur après d’inimaginables batailles. A sa collections de notes olfactives, le Japonais ajoutait en 2011 la douce odeur du pet foireux via Zombie Ass : Toilet of the Dead, petit monument de mauvais goût tout entier dédié aux plaisirs de la mouscaille.

 

 

Que de contrastes entre les propos tenus par Noboru Iguchi, qui nous assure que sa volonté première avec ses petites Série B est de créer un monde utopique dans lequel on se sentirait si bien, et des résultats à l’écran faits de vils mafieux dézingués à la sulfateuses, de geisha robotiques assassinant le quidam ou de robots géants se mettant sur le boulon avec des giant monsters du pays. Bon, plus loin ce grand dadais jamais contraire à une petite grimace idiote pour les caméras, avoue aussi que son obsession est de «verser dans le graveleux qui dérange les vieilles personnes. » On a beau produire un groupe de chanteuses donnant dans la pop gentillette et avoir tourné quelques téléfilms à destination des adolescentes en manque de chastes bisous, on n’en oublie pas pour autant son caractère de poil à gratter… Logique pour un réalisateur ayant débuté dans l’industrie du X, que Noboru quitta par lassitude d’avoir à passer des journées entières à assister aux répétitifs ébats qu’il filme. Le métro-porno-dodo, ça peut finir par emmerder… Et de la fesse il passe aux fèces avec Zombie Ass : Toilet of the Dead, version coprophage d’une certaine Nuit des Morts-Vivants d’un certain Romero, probablement heureux comme tout de voir que les revenants qu’il popularisa ne sortent désormais plus des tombes mais des latrines. C’est la terrible découverte que feront Megumi (Arisa Nakamura, par ailleurs pornstar au Soleil Levant) et ses amis, partis pêcher la truite à l’air frais et coursés par des macchabées enduis de merde, dont les poches sont remplies de crottes qu’ils jettent sur les jeunots qu’ils poursuivent. Des zomblards pilotés par un parasite sobrement nommé le ver nécro-anal, que les villageois du coin ont avalé en mangeant des poissons d’eau douce, et qui ressortent désormais tels des fouets par leurs trou de balle en putréfaction. Imaginez que l’un des Trémors après lesquels Kevin Bacon courait dans le monster flick du même nom fasse la java dans votre système digestif et prenne le contrôle de votre dépouille – principalement pour que vous allier palper le popotin des jolies lycéennes parties se soulager aux toilettes – et vous aurez une assez bonne idée de ce que Zombie Ass propose niveau horreur.

 

 

 

Second degré obligatoire donc, et humour pipi-caca recommandé puisque le gros du film est basé sur les gaz de jolies jeunes filles bien sûr infestées par le terrible ver. Des flatulences si fortes et odorantes que des têtes de démon apparaissent dans ces fumées de pestilence. Et tant qu’à taper dans le scato, autant le faire à fond, non ? Du coup les zombies font honneur au titre et coursent les héros le cul en avant, se font parfois empaler par derrière (autant à la mode Cannibal Holocaust que The Human Centipede), les gros ténias sortent des fions pour ligoter les mamzelles et s’infiltrer dans tous leurs orifices (ils vient bien du X, le Iguchi…), lorsque un crâne explose ce n’est non pas dans un geyser de sang mais de diarrhée, et pour la bataille aérienne finale entre une Megumi experte en arts martiaux et l’une de ses amies mutée en une grosse mouche à merde dégueulasse, la lycéenne décide d’utiliser l’effet propulsant de ses propres pets pour équilibrer le combat. Un effort surhumain pour la concernée, tourmentée par le souvenir de la mort de sa sœur, maltraitée dans les chiottes (évidemment) par une bande de vilaines, qui voulaient la forcer à avaler un bocal de cafards. Arrivée sur les lieux pour la défendre, Megumi se retrouva prise pour cible à son tour, les brutes en jupe la sommant… de péter un coup. Trop dégradant pour l’héroïne, et c’est sa pauvre sœur qui lâcha un vent, humiliée, avant de se suicider. Depuis, Megumi se trouve traumatisée à la seule idée de larguer une petite prout de rien du tout. Splendide fin donc que celle voyant la mignonne dépasser ses peurs et larguer la caisse du siècle pour s’envoler telle une Superwoman de la vesse, pour pouvoir cogner un moucheron monstrueux ! Et on n’avait pas vu plus beau sous-texte depuis la critique du consumérisme du Zombie romerien, cela va sans dire. D’ailleurs, tout sale gosse moqueur soit-il, Iguchi n’en semble pas moins un véritable amoureux du cinéma horrifique sentant le cané, surtout rital. Ces quelques mélodies rappelant la bande-son de L’Enfer des Zombies ne sont probablement pas innocentes, et la volonté clairement affichée de l’auteur à avoir recours à des effets spéciaux « en dur » plutôt qu’aux CGI (ils sont néanmoins présents pour les séquences les plus folles) pousserait presque à considérer Zombie Ass comme un digne descendant des efforts de Fulci et Romero. Plutôt le cousin débile que le fils prodige, on est d’accord, mais au moins l’esprit des origines, même dépravé, est-il là.

 

 

Récacapitulons : rois de la crampe, amateurs de splatter puants et adorateurs de la vanne grasse (la finesse est ici aussi rare qu’un rouleau de PQ en première semaine de Covid), Zombie Ass est bien évidemment le beau canasson sur lequel vous désirez miser. D’autant que Iguchi y rappelle qu’il parvint à effacer progressivement ses petits défauts des débuts, le présent film mais aussi Dead Sushi (2012) montrant tous les deux des améliorations au niveau de la réalisation (l’action parfaitement lisible, en témoigne ce beau combat entre Megumi et une psychopathe) mais aussi du scénario. Contrairement à son appréciable mais un peu trop gourmand Robogeisha (2009), qui s’éloignait fréquemment des terres du gore pour tenter de nous soutirer une larmichette, Igushi n’essaie pas de bous faire croire qu’il à quelque-chose à raconter, et s’en tient dès lors à quatre-vingt confortables minutes. Les longueurs abusées étant souvent le défaut des films jadis considérés comme faisant partie du label Sushi Typhoon – alors que bon nombre de ses porte-paroles ne faisaient en vérité pas partie du catalogue -, nous apprécierons la retenue du poto Noburo sur ce coup-là. Et nous apprécierons aussi son verbe, les dialogues ciselés de Toilet of the Dead arrivant tout de suite aux sentiments : « Alors ma belle, voilà que tu te mets à péter ? De belles grosses caisses odorantes ! », « Je vais exploser par le cul ! Ah, non ! Merde ! Je saigne ! Je me vide par le cul ! », « Alors mon petit malin, j’imagine que tu sais ce que le mot destin veut dire… Dans ton cas, ça veut dire que tu vas péter à en crever ! », « Si t’es si cool que ça, t’as qu’à lâcher un pet pour voir. », « Oué, lâche une caisse qu’on rigole ! », « Waaah ! Des mâchoires anales ! Regardez ! Des culs avec des dents ! ». Je ne sais pas vous, mais moi ça m’émeut.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Noboru Iguchi
  • Scénario : Noboru Iguchi, Tadayoshi Kubo, Ao Murata, Jun Tsugita
  • Production : Yasuhiko Higashi, Ken Ikehara, Masahiro Miyata, Naoya Narita
  • Titre Original : Zombi Asu
  • Pays : Japon
  • Acteurs : Arisa Nakamura, Mayu Sugano, Asana Mamoru, Danny
  • Année : 2011

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