Vampire’s Embrace

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Depuis une certaine saga pleine de beaux gosses au teint pâle et de loup-garous mannequins parfumés au Givenchy, le vampire se traîne une vilaine réputation de monstre gigolo, surtout de la partie pour que les gothopoufs se mordillent la lèvre de désir à l’apparition de ces renards volants aux futes moulés. De quoi en faire perdre leur ratiches aux comtes Lugosi et Lee. Et faire oublier que, jadis, le fantasticophile mâle pouvait goûter lui aussi aux joies de l’amour aux dents pointues, puisque bien des vampirettes abandonnèrent la cape pour le bien des softcore avec Misty Mundae et ses copines. De la fesse, on en trouve également dans Vampire’s Embrace (1991), mais pas plus qu’il n’en faut, le propos général étant plutôt à la romance bien rose.

 

 

Un titre en lettres de fer, à la police pointue comme les canines des pipistrelles siroteuses de jus de nuque, une goutte de vieux rouge coulant le long d’un V majuscule, et en guise de visuel un squelette à la chair fondante pleurant tout son pus immaculé. Point de doute, le distributeur de Vampire’s Embrace savait attirer l’oeil, et était sans doute bien conscient que la Série B toute menue qu’il tentait de vous faire ramener à la maison avait plus de chances de vous faire de l’oeil avec un nom affichant clairement ses intentions d’étreintes nocturnes qu’avec celui d’origine, Angela. En effet un peu sobre pour pousser au détour une clientèle pas forcément connue pour son extrême finesse, mais par contre en totale adéquation avec la volonté première d’un alors débutant Glenn Andreiev, qui fit certes ses premières armes sur le sac à vomi fait film Street Trash mais n’en ressortit pas pour autant avec l’envie de lâcher les chevaux sur son premier effort. Bon, c’est vrai que notre affaire débute avec une bande de soûlards prépubères qui ne trouvent rien de mieux à faire que d’aller vider leur stock d’eau de vie – et accessoirement jouer au jeu de la bouteille, la fifille que le goulot pointe devant bien sûr se délester de son pullover – dans le caveau secret (pas tant que ça, visiblement) de deux sœurs vampires. L’une d’elle se réveille évidemment, et c’est sous la forme d’un squelette qu’elle se dresse pour étriper les jeunes gens de ses doigts osseux. Un combo bière/gore party qui pourrait effectivement laisser penser que Andreiev se serait laissé aller à quelques gorgées de Tenafly Viper et aurait depuis à coeur de repeindre la façade du caveau. Sauf que c’est très précisément tout le gore que Vampire’s Embrace a à proposer : des jets d’hémoglobine sur les murs.

 

 

Plutôt bien filmés au demeurant, les giclées, surtout pour une si menue bande d’exploitation, Andreiev semblant véritablement réfléchir ses prises de vue. Mais cela semblera évidement un peu trop diététique au consommateur lambda de Séries B, généralement pas le genre à se contenter d’un squelette trempé dans la bolognaise et d’un visage fondant comme de la Häagen-Dasz en pleine Vallée de la Mort. Que cet acheteur malheureux ne se plaigne néanmoins pas trop, car au vu des velléités affichées par le Glennou, chanceux nous sommes d’avoir un peu de gore dans la gamelle (rajoutons un bras coupé au hachoir et les inévitables morsures qui vous laissent avec une moitié de cou). C’est que le gros de l’histoire, et le coeur même de Vampire’s Embrace, est à chercher dans la romance liant Bob à la fameuse Angela. Lui tient du loser né, que sa girlfriend Roxanne trompe sans vraiment se cacher, ne restant à ses côtés que parce qu’il paie ses factures et lui prête de quoi remplir sa garde-robe. Angela, elle, est la blonde un peu vaporeuse, timide et souriante, femme de peu de mots que le Bob ne cesse de croiser une fois la nuit tombée. Fermez vos parapluies, coup de foudre en approche, le rital abandonnant les cornes que sa Roxanne ne cessait de lui poser au front pour l’étrange Angela. Un bonheur tel – et pour cause, la mamzelle fait don du corps pour le film – qu’on en oublierait presque que de terribles meurtres alourdissent la région. Inutile de préciser que ceux-ci ne sont pas sans lien avec Angela, et surtout Cassandra, sœur de notre héroïne particulièrement portée sur la viande humaine, seul régime que nos pipistrelles soutiennent.

 

 

D’abord principalement construit autour des rendez-vous galants entre les tourtereaux, Angela glisse petit à petit vers ces métrages de conjoints bizarres, où l’un des deux partis (Bob dans le cas présent) se rend compte que quelque-chose cloche dans le comportement de sa moitié. Faut dire que la toute menue Angela, à laquelle on donnerait le bon Dieu sans confession et toute son armada de saints avec, cache dans sa table de nuit des menottes et culottes en cuir, qu’elle prend avec elle pour ses virées de minuit, où elle chasse le puceau dragueur et le biker baiseur. Logique pour une vampire de s’adonner à la prostitution d’ailleurs : non seulement les clients ne seront pas surpris qu’elle les pousse à l’isolement, petite affaires humides obligent, mais en plus elle se fait payer pour se nourrir, puisqu’elle finit bien évidemment par leur faire des bisous sur la jugulaire plutôt qu’au bas-ventre. Si cela tombe sous le sens pour Angela, Bob (incarné par un régulier de Troma, Paul Borghese) commence sérieusement à s’inquiéter. Faut dire que le bonhomme cherche un peu, lui qui est marié depuis on imagine un petit moment (Vampire’s Embrace n’est pas très clair dans ses ellipses, qui peuvent aussi bien correspondre à un saut d’une semaine que d’une année) mais ne s’est toujours pas rendu compte que sa légitime refuse tout contact avec le soleil, mange à peine (et seulement de la viande crue. Normal.) et a un goût pour les fluides vitaux trop prononcé pour être honnête. De même, lorsque son ex Roxanne se permettra de revenir au domicile pour lui faire du chantage, on se demande bien pourquoi ce grand mou n’avait pas repris ses clés lors de la séparation.

 

 

Plus que celui de l’horreur – même si encore une fois le climat pesant, la noirceur visuelle et les quelques coups de sang dispersés de-ci de-là font que film de Glenn Andreiev ne saurait être confondu avec Le Journal de Bridget Jones -, Vampire’s Embrace a la fragrance du petit drame amoureux et de la lutte fratricide. Celle opposant Angela et Cassandra, la seconde voulant que la première lui prête son mari pour qu’elle en fasse sa collation. Ca clashe comme diraient ces chantres de l’érudition que sont Hanouna et Morandini, mais sans hausser le ton, les uns et les autres optant majoritairement pour un jeu livide. Si Cassandra fait une méchante correcte et souligne la vilenie de ses intentions par un petit sourire en coin de bitch, Angela adopte le minimum syndical et semble avoir avalé un flacon de Tranxène avant d’arriver sur le tournage. Quant à Borghese, si l’on ne saurait lui tresser des lauriers pour la couleur de son interprétation, avouons que son personnage de maladroit malchanceux dominé par une vie difficile et des rencontres malfaisantes attache. Tout comme le film dans son ensemble au fond, car bien que fauché – pour ne pas dire amateur – la bonne volonté perceptible à chaque instant (de nombreux décors rendent le tout crédible, alors que Andreiev aurait très bien pu nous faire le coup du vampire flick tourné en appart’) permet de s’accrocher à ce direct-to-video jamais déplaisant et à la durée suffisante (74 minutes), dosant plutôt justement ses actes de violence, son besoin d’amour et ses légers contours arty. La surprise est certes petite, mais elle n’en est pas moins bonne.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Glenn Andreiev
  • Scénario : Glenn Andreiev
  • Production : Glenn Andreiev, Nicholas Furris, Michael Minock
  • Pays : USA
  • Acteurs : Paul Borghese, Sarah Watchman, Edna Boyle, Mimi Stuart
  • Année : 1991

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