Memorial Valley Massacre (Death Valley)

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De randonnées sauvages et promenades sanglantes le slasher n’est jamais en manque, en vérité je vous le dis. Cela se confirme à nouveau avec Memorial Valley Massacre (1989), avatar supplémentaire des massacres en plein air et du charcutage au vert, et donc cousin éloigné des Massacre au Camp d’Eté, Carnage, Vendredi 13, Madman et compagnie. Mais contrairement à tous ses copains de chambrée partis vérifier si l’adolescent mort est bien biodégradable, le réalisateur Robert Hugues, déjà à la tête du forestier Hunter’s Blood (1986), cherche moins à transformer le teenager en compost humain qu’à montrer que le genre peut avoir du coeur et une conscience écologique.

 

 

Pas très étonnant finalement de découvrir que Robert Hugues, après avoir tenté sa chance dans le direct-to-video où roulent les têtes, s’en alla sur les champs de bataille du sentaï revisité à l’américaine via la réalisation et la production d’épisodes de Power Rangers, VR Troopers, Beetleborg ou Masked Rider, puisque l’on peut voir les prémices des cabrioles de ces experts casqués du trampoline dans les voltiges du tueur de Memorial Valley Massacre, parfois plus simplement intitulé Death Valley. A l’image de nos amies Force Jaune et Rose fendant les airs en tournoyant sur elles-mêmes, le vilain rivalise de singeries, tel un Tarzan dément sautant d’un arbre à l’autre et distribuant des coups de pied retournés. Hugues opte donc pour le slasher sauvageon en cette fin de décennie, surtout marquée par la baisse de popularité – et qualitative – d’un genre dont le public se détourne de plus en plus. Faut dire que les vieux de la vieille peinent à faire honneur à leurs beaux premiers pas (Halloween 5, c’est quand même loin d’être la fête) tandis que les petits nouveaux sont des machins à la The Freeway Maniac ou Nightmare Beach, appréciables si, et seulement si, l’on n’a pas oublié de s’armer du second degré le plus solide. Faut aimer quoi, et si par ici on aime et pas à moitié, une audience restée aux plus subtils jeux du chat et de la souris de John Carpenter et Bob Clark risque de crier au remboursement et régler le compte de la VHS de Memorial Valley Massacre au marteau. A plus forte raison si elle espérait du frisson, même mineur. Impossible dans une Série B portée par un assassin jamais flippant ou même inquiétant car rappelant le gosse de Mad Max 2, qui aurait grandi en développant sa trisomie et se trimballerait un râtelier digne de celui d’Austin Powers.

 

 

A la décharge de Robert Hugues, ce dernier n’essaie jamais vraiment de faire de son Mimisiku un sommet de violence ou de perversité, celui-ci n’allant même pas mater les beaux foufouillons des petites mignonnes venues camper dans sa réserve naturelle. A la place, on nous présente un ermite apeuré par la présence humaine, profondément respectueux de la vie animale (il libère un p’tit lapin et devient le copain des souris vivant avec lui dans sa grotte. Trop mignon) et qui ne prend les armes que parce qu’un bouseux bedonnant sort son schlass pour lui taillader la joue. Dans ces conditions, forcément, on voit rouge et on repeint le bosquet de la même couleur. Reste que les méchants, ce sont surtout les autres, protagonistes stéréotypés amenés à trouver une mort violente parfois bien mérité. Ces bikers à bandana et portant la veste en cuir, ces gosses fans de speed metal (on ne saurait leur en vouloir), ces filles faciles, ces gardes champêtres toujours prêts à raconter des légendes effrayantes aux passants (Crazy Ralph de Vendredi 13 continue de faire des émules), ce ranger champion olympique de la descente de godets qui se branle de la sécurité du petit peuple comme de sa dernière bouteille d’Evian (qui doit remonter à loin), ce vieux colonel de l’armée marié à une blonde platine aux faux obus occupé à capturer les lièvres ou, encore, ce promoteur véreux pressant la construction d’un camp de vacances sur les lieux, quand bien même l’eau serait viciée depuis que l’on a retrouvé dans la réserve de flotte un clebs mort. On nous placera bien un beau brun volontaire et soucieux de la nature, ainsi qu’une potentielle final girl (loupé, si elle survit bel et bien, on ne pourra jamais parler de premier rôle féminin à l’égard de cette poupée vide) pour tenter de nous faire dire « qu’ils sont pas tous pourris, les jeunes », mais rien n’y fait : le propos de Death Valley, c’est tous coupables. De balancer leurs canettes de bière dans l’herbe, de foutre la trouille aux hirondelles en déboulant à toute berzingue au volant d’un buggy, de se moquer des morts en jouant avec leurs crânes et plus généralement de troubler le calme de ce paradis feuillu.

 

 

Alors on poignarde en visant le coeur, on fait tomber les motards graisseux dans des trappes à pointes, on plante une hache dans un buffet, on brise nuques et colonnes vertébrales, et dans les très mauvais jours on fait même sauter des camping-cars (avec leurs occupants à bord, sinon à quoi bon ?) ou on renverse des jeeps sur les jeunots. Rien de trop méchant, car Hugues n’a probablement pas de quoi se payer les services d’un maquilleur pro et de techniciens pompant du raisiné pour faire jaillir des sources de globules rouges. Du coup on se contente de quelques coulures cramoisies sur les corps meurtris, le réalisateur pensant probablement qu’il compense par la présence de quelques vieux de la vieille du ciné d’exploitation font acte de présence, comme William Smith (Les Machines du Diable, Maniac Cop), Cameron Mitchell (The Toolbox Murders, Nightmare in Wax) ou le grisonnant John Kerry (Dolemite, Les Naufragés du 747). Bon, si ce n’est un Kerry constamment à l’écran, les autres sont surtout venus pour en faire le moins possible, chiper leur chèque à la compta et repartir en faisant l’heureux moonwalk de celui qui vient d’empocher quelques milliers de dollars pour une heure de boulot à peine, Mitchell n’étant présent que pour l’intro du film. Courant dans le petite monde du B-Movie, et nous aurions menti si nous avions prétendu que l’on pensait se taper les grimaces du vieux Cameron plus de cinq minutes. Heureusement que Hugues tartine son petit message écolo (autre que « Pas d’arbre mort sur la place de ma ville » évidemment), pas finaud mais qui nous change du tout-venant du genre, et un peu de coeur – on sent une vraie tendresse pour cet ermite fou, et sans doute très malheureux – pour compenser des tueries exsangues et des « stars » je-m’en-foutiste. Loin d’être de ces slasher que l’on se remémore les yeux salés par l’émotion, Memorial Valley Massacre, bien que très campy (la bande-son rivalise de ringardise et la plupart des comédiens ont oublié leur charisme chez papa et maman) se démarque grâce à ses bons sentiments et sa conclusion mélancolique. On aurait aimé l’ensemble plus vachard, mais l’un dans l’autre c’est déjà plus que ce qu’il était permis d’espérer d’une petite VHS sortie à la période sombre du genre.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Robert Hugues
  • Scénario : Robert Hugues, George France Skrow
  • Production : Steven Stabler, Brad Krevoy
  • Pays : USA
  • Acteurs : John Kerry, Mark Mears, John Caso, Cameron Mitchell
  • Année : 1989

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