Mulberry Street

Category: Films Comments: 4 comments

Grâce à quelques Séries B, parfois de luxe, très au-dessus de la moyenne (Stake Land, Cold in July, In the Shadow of the Moon), Jim Mickl s’est peu à peu placé à l’avant du peloton des « nouveaux talents » du ciné aventureux. De quoi nous donner l’idée d’aller réserver une chambre crasseuse dans son Mulberry Street (2006), premier film longue durée du bonhomme, penché sur une maladie changeant le bon peuple en de vilains rats mutants. Quatre tortues expertes en ninjutsu en plus et vous obteniez un grand divertissement, tiens.

 

 

La vision de Mulberry St a cet avantage de nous faire relativiser l’épidémie du Covid, certes peu drôle et enquiquinante à plus d’un titre, mais tout de même moins gênante qu’une maladie transformant l’homme en un rongeur dégueulasse et cannibale. Comme dans toutes les invasions de zombies ou d’infectés, une morsure et c’est caisse. Et comme dans tous les films du type, un petit groupe de survivants plus démerdard et malin que le reste de la populace se retranche dans un lieu plus ou moins exigu (un immeuble en état de délabrement avancé) et fait de son mieux pour repousser les hordes nauséabondes. Téléphoné, et c’est bien là le problème du premier effort (après un court-métrage) de Jim Mickl : cela ressemble un peu trop à tout ce qui sortait déjà à ce moment-là, à tous ces films de souffreteux sprinteurs sortis entre L’Armée des Morts et, disons, le Berlin Undead de 2010. Comprendre que l’on était encore à l’époque où le Direct-to-Video moyen essayait de se faire plus dramatique que le voisin, se paraît de messages vaguement sociaux et, autant pour des raisons techniques que de conformisme, adoptait une image terne et tristounette comme un docu sur les éboueurs ukrainiens produit par Arte. Il faut bien commencer quelque-part, et même si on ne reconnaît pas forcément sur ces trottoirs infestés par la vermine la patte à venir du Mickl, il faut tout de même reconnaître que Mulberry St ne se montre certainement pas comme inférieur à ses petits camarades occupés à se prendre pour Danny Boyle. N’ayant jamais été particulièrement impressionné par 28 Jours plus Tard (je préfère même sa séquelle), l’idée de retourner dans un cadre urbain grisonnant et éclairé à la lampe torche ne me fait donc pas frétiller du salsifis, mais c’est tout personnel…

 

 

Il faut aussi que votre serviteur avoue préférer son horreur sans filmage épileptique, et que Mulberry St, comme beaucoup de films tournés caméra à l’épaule dans la deuxième moitié des 2000’s, s’amuse à vous donner l’impression de passer la nuit la gueule dans le lave-linge. Ca tremble comme une branlette de Michael J. Fox pour le dire de façon poétique, Mickl, qui n’a à ce moment-là et c’est bien normal pas encore le niveau qu’il aura sur Cold in July, essaie de compenser la maigreur de son budget (60 000 dollars, c’est donc pas du Marvel) par la nervosité. Et une fois lancée, son invasion de musaraignes cracras ne débande effectivement plus, son comédien fétiche (et aussi scénariste pour la cause) Nick Damici prenant les bandages d’un boxeur ne retenant pas ses directs, envoyés régulièrement dans les joues des grignoteurs de fromage. Mais est-ce que c’est fun à mater ? Pas vraiment, et l’ensemble ne compense malheureusement jamais par les sentiments, la longue présentation des personnages n’étant pas particulièrement efficace : on se fout de ce qu’il peut bien leur arriver tant ceux-ci manquent de caractère, de vie. On devine que le but premier de Mickl était d’ailleurs de faire de la rue et de la bâtisse les personnages principaux, et de capter le plus véridiquement possible une certaine pauvreté, d’autant que Mulberry St se love dans un sous-texte avec ces grandes entreprises rachetant les coins appauvris pour ensuite en virer les locataires et construire de luxueux appartements. Il y a probablement quelque-chose à retirer de ce discours murmuré, mais encore faut-il avoir l’envie de repenser à ce barnum pas désagréable mais trop commun après la vision, d’avoir envie de creuser sous la croûte terrestre d’une proposition parmi d’autres dans un genre alors très peuplé. Navré, mais cette envie me fait défaut…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Jim Mickl
  • Scénario : Jim Mickl, Nick Damici
  • Production : Linda Moran, Adam Folk
  • Pays : USA
  • Acteurs : Nick Damici, Kim Blair, Ron Brice, Bo Corre
  • Année : 2006

4 comments to Mulberry Street

  • freudstein  says:

    Hello RIGS!D’accord en partie avec toi sur le film,même si je l’aime bien.Il est somme toute modeste mais honnête dans son traitement.Il est clair que je lui préfère largement STAKE LAND,plus attractif et beaucoup mieux maîtrisé par MICKLE.Ce film fait partie du haut du panier des petites productions tournées à la pelle sur le même sujet…

  • Roggy  says:

    Même si le film n’est pas parfait, j’aime bien ce premier long de jim Mickle. Avec son budget riquiqui, il ne cherche pas à en faire trop en restant cantonné à son immeuble. La suite de sa carrière prouve que le gars a su se renouveler et donne un aspect attachant à ce premier essai.

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