Scarab

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Une mixture aussi improbable que cheap mêlant film d’aventures à la Indy, giallo, horreur paranormale et sexploitation, ça vous a toujours fait rêver ? Non ? Ben vous en prendrez une carafe quand même avec Scarab (1983), unique long-métrage de Steven-Charles Jaffe, par la suite heureux producteur des Near Dark et Strange Days de Kathryn Bigelow. Et à la vue de sa seule réalisation, on comprend que le bonhomme s’en soit tenu aux sièges douillets de la production…

 

 

La petite intro de cette chronique, bien que citant déjà bon nombre des sous-catégories du cinéma dit « de genre », aurait également pu sous-entendre que le Steven-Charles et son frère Robert, tous deux au scénar’, devaient reluquer un vieux James Bond lors de l’écriture de leur Scarab, voulu comme très international. Ainsi l’Américain Robert Ginty (Le Droit de Tuer) jouera aux reporters en Espagne, enquêtant sur d’étranges faits divers, dont la mort violente du président français – calmos, c’est pas Manu – fraîchement suicidé par un coup de rapière infligé à son propre estomac. A Barcelone, c’est un politicien que l’on voit arracher un flingue à son garde du corps pour mettre fin à ses jours avec, devant une foule d’incrédules. La faute à Rip Torn (les deux premiers Men in Black, Dolly Dearest question bisseries et le génialement con Freddy got fingered pour la déconnade) tout ça, cet ancien nazillon reconverti en savant à moitié fou se trouvant à la tête d’une secte occupée à vénérer une divinité égyptienne, et pour faire sombrer le monde dans le chaos il fait poser des scarabées sur les vêtements de ses cibles, rendues folles au point d’en venir à s’ôter la vie. Joli melting-pot de nationalités et de provenances – ajoutons que le Ginty se tape la femme d’un ambassadeur allemand… alors que celui-ci est dans la pièce voisine – pour une pelloche ne sachant d’ailleurs plus quelle langue parler. Co-prod entre l’Espagne et la toute puissant Amérique, Scarab passe d’un dialecte à l’autre (y a même un peu de français) dans une volonté respectable de se draper de crédibilité. Pas facile quand tout le reste du film se vautre dans la connerie la plus absolue, le non-sens régnant sans partage sur ce gloubiboulga aussi fascinant que repoussant.

 

 

Naviguant sans carte ni GPS à travers les rues ibériques, montant sur les toits aux tuiles fragiles et se glissant dans une clinique de bonnes sœurs (l’une d’elle n’est autre que la fille du si méchant Rip Torn), le vieux Ginty semble se faire héros de giallo déviant, où les coups de rasoir sur les douces nuques sont remplacés par de mortels téléguidages à base d’insecte du désert. Rien que ce principe suffit à placer Scarab dans la catégorie « What the fuck ? », mais au moins Jaffe sait-il encore se concentrer sur les investigations de son héros, classiques mais compréhensibles et à peu près logiques. Cela ne durera pas, et avant même que l’on s’en rende compte l’ensemble vire au n’importe-quoi le plus complet, avec un moustachu apparaissant et disparaissant à l’envi et capable de faire exploser des boutiques entières avec son seul doigt inquisiteur. Plus loin, Rip Torn a la vision d’un garçonnet explosant en pièces de puzzle, et sur votre gauche la fameuse nonne que suit Ginty est capable de guérir de graves blessures en les effleurant et peut même dévier des flèches enflammées pour les renvoyer dans les torses d’archers venus du passé (on y reviendra). Et entre deux folies du même ordre, Torn se trimballe dans la caverne en carton et sous-éclairée qui lui sert de temple, où dansent et se caressent des muses à oilpé, qu’il sélectionne éventuellement pour aller jouer à touche-pipi dans ses quartiers privés. Mais alors qu’il s’apprête à peloter l’heureuse élue, le corps de la mamzelle devient celui d’une truie, tandis que le gourou se met à cracher du lait demi-écrémé et que la fantôme d’une vioque apparaît pour se foutre de sa tronche. Ca ne s’invente pas.

 

 

N’allez cependant pas croire après ce résumé rapide et vous réservant les meilleurs instants de Scarab que ce B-Movie relativement oublié se fait sommet de dingueries. Oui, c’est plus zarbi qu’à son tour et Torn en rajoute encore une couche en gueulant comme un dément d’un bout à l’autre du truc. Mais c’est aussi sacrément lent à démarrer, pas spécialement graphique (quelques éventrements pour faire bonne figure, et tout le monde au lit) et il faut attendre que Ginty et sa religieuse déboulent au QG des vilains pour que ça s’emballe un peu. C’est là que des espèces de guerriers bariolés comme des mayas (franchement, ils ont l’air de tout sauf d’Egyptiens) sortent leurs lames ancestrales et les arcs pour tenter de trouer le cuir du bon Robert, par ailleurs ridiculisé d’un bout à l’autre du film. C’est pas compliqué, c’est systématiquement à sa copine (Cristina Sánchez Pascual, Le Labyrinthe des Passions) de lui sauver les miches avec ses pouvoirs magiques, le fameux Exterminator étant capturé, tabassé par des amants fâchés ou arrêté par la police tous les trois pas. Ca lui apprendra à jouer les Tintin pour empêcher la fin du monde, tiens. Si Scarab semble vendre du rêve aux archéologues du septième art le plus invraisemblable, force est tout de même de constater que l’ensemble tient plus de la curiosité mal branlée que l’on ne reluque que d’un œil que de la vraie bonne Série B extravagante. Je ne saurais donc trop vous conseiller de ne pas vous laisser mordre par ce gros cafard sorti des pyramides de Gizeh : ça picote plus que ça ne chatouille.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Steven-Charles Jaffe
  • Scénario : Steven-Charles Jaffe, Robert Jaffe, Jim Block, Ned Miller
  • Production : Luis Calvo
  • Pays : USA, Espagne
  • Acteurs : Robert Ginty, Rip Torn, Cristina Sánchez Pascual
  • Année : 1983

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