Popcorn

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Faux slasher mais vrai hommage au septième art plein de demoiselles en détresses pourchassées par des insectes radioactifs, Popcorn (1991) fit honneur à son titre en restant coincé en travers de la gorge d’un paquet de monde, la faute à une production loin de flotter sur un long fleuve tranquille et des résultats médiocres au box-office. Pas loin de trente après sa sortie, reste de ce film so 90’s épris de l’épouvante qui voit la vie en noir et blanc l’impression que tout bordélique soit-il, c’est encore son évident capital sympathie qui l’emporte.

 

 

Un réalisateur (Alan Ormsby, papa du Deranged de 74, pendant cinoche des journées tricot d’un certain Ed Gein) remplacé après trois semaines par un autre (Mark Herrier, comédien pour la cause des trois premiers Porky’s), un acteur principal malade du sida, un premier rôle féminin viré au profit d’un autre (adios la Amy O’Neill de Chérie, j’ai rétréci les gosses, welcome Jill Schoelen de Cutting Class et The Phantom of the Opera version Robert Englund), des séquences censées expliquer le titre du film abandonnées en cours de route sans que le patronyme soit repensé, et enfin un petit bide en salles qui fit passer le projet du stade d’espoir de l’horreur des nineties à celui de cruel dégrisement pour toute l’équipe. Demandez à qui avait placé quelques billes dans le projet Popcorn s’il estime que le résultat en valait les peines et vous verrez le regard noir qu’il vous enverra dans la gueule, le film marchant si mal dans son pays d’origine, les Etats-Unis, que le reste du monde devint frileux à l’idée de le sortir en bonne et due forme, reléguant cette Série B pourtant bien formée aux sorties discrètes et aux présentoirs ferreux des vidéoclubs. Le triste sort habituel des œuvres trop en avance sur leur temps, vouées à se prendre les pieds dans le tapis rouge dressé devant leurs mocassins hors de prix, et dévalant les marches de l’échec plus vite qu’elles n’auraient su monter celles du succès. Avec son tueur cinéphile œuvrant dans un vieux cinéma et multipliant les références aux bandes de terreur surgies entre les années 40 et 70, le tout en citant des légendes de l’effroi dont se désintéresse complètement le public moderne comme William Castle ou Lon Chaney, au point d’en oublier d’enchaîner les tueries au pas de charge (seulement cinq morts à l’écran, cela fait peu pour une audience élevée aux bodycounts crevant le plafond des Vendredi 13), Popcorn ne fit que préparer le terrain pour LE gros succès de l’horreur de la décennie. A savoir Scream, arrivé cinq ans plus tard sur les écrans avec grosso-modo le même principe, simplifié et remodelé pour attirer immédiatement des teenagers plus en phase avec des clins d’oeil envoyés à Halloween qu’au muet Fantôme de l’Opéra de 1925. Dommage pour Popcorn, condamné à hanter les étagères des bouffeurs de pelloches un peu plus pointus que la moyenne et prêts à épouser ses maladresses.

 

 

Car on en cueille sans se baisser au long de cette histoire pleine de raccourcis, l’héroïne dénouant l’intrigue presque par magie, comme si la Sainte Vierge elle-même était venue lui glisser les clés du mystère dans les poches. Elle n’a donc pas besoin de se creuser la tête bien longtemps cette Maggie (Schoelen), étudiante dans la section septième art de son université, tourmentée par de mauvaises nuits depuis qu’un chevelu louche l’assaille lors de sinistres cauchemars. Alors que sa classe, seulement composée de cinq ou six étudiants, décide de mettre en place une soirée horrifique dans le plus vieux cinoche de la ville, histoire de réunir des fonds pour assurer la pérennité de leurs cours, Maggie découvre qu’elle pourrait avoir un lien de famille avec Lanyard Gates, artiste raté et dégommé par la critique qui tourna un film d’horreur sans fin. Normal : le Gates décida de la faire en live, trucidant sa propre famille devant une audience paniquée et brûlée vive, la salle sombre s’allumant au gré de flammes causées par un coup de feu tiré par Suzanne (Dee Wallace, que vous connaissez tous pour Cujo, Fantômes contre Fantômes, Hurlements, Critters et E.T.), propre mère de Maggie. Pour le moins troublant… Et cela s’aggrave lors de la fameuse soirée, où sont programmés trois zéderies cultes (et bien sûr imaginées pour le film) : un film de moustique géant, la revanche d’un prisonnier ayant survécu à la chaise électrique et désormais survolté, et enfin du made in Japan dont le monstre n’est autre qu’une odeur pestilentielle. Car il semblerait que Lanyard Gates soit de la partie, laissant des mots doux à Maggie, qui le cherche désespérément dans une foule entièrement masquée pendant que ses camarades tombent les uns après les autres. Moins accroché à son script plein de trous qu’à son idée première notre Popcorn, celle voulant que le maniaque tue ses victimes en s’inspirant du film alors à l’affiche, utilisant les différents trucages pensés par les organisateurs de la soirée pour renforcer l’immersion du public. Ainsi, si sur la toile un pauvre fermier des années 50 se fait pomper son jus d’airelles par un maringouin géant, en coulisses le prof de la troupe se retrouvera pour sa part empalé par la même bestiole mécanique, qui virevoltait avant cela au-dessus des spectateurs. Et lorsque ceux-ci se prennent un petit coup de jus pour ressentir une portion du sort d’un taulard grillé dans le couloir de la mort, le lycéen aux manettes mourra de la même manière. Pour faire simple, si William Castle, grand pro de l’attraction cinématographique s’il en était, avait décidé de ne plus se faire amuseur mais surineur, Popcorn aurait pu devenir son biopic.

 

 

Malgré des meurtres originaux – un gus explose aux chiottes, tout de même – le propos n’est néanmoins jamais au gore ou aux ruissellements sanguins, Ormsby et Herrier privilégiant la lettre d’amour à la terreur ancienne plutôt que la dévotion aux artifices modernes. Comme dans L’Homme au Masque de Cire, le coupable peut donc changer de visage et révélera le sien, brûlé et agrafé de partout, comme Lionel Atwill et Vincent Price dévoilaient leurs traits meurtris dans les années 30 et 50. Un homme aux mille visages que cet assassin, comme Lon Chaney, star du premier – et meilleur – Fantôme de l’Opéra, évident modèle du tueur, qui se lance fréquemment dans de longs monologues hallucinés, réminiscences du lyrisme et de la tragédie des malheureux monstres des âges passés. Popcorn a ses hommages à coeur, et plus que de faire frémir son audience, il s’évertue à rappeler comme l’art du frisson est noble et beau, et comme il est heureux d’arpenter les salles. On retient donc moins les agissements du défiguré du jour que la fête vécue par les figurants, déguisés en monstres à deux têtes ou en Syngenor, hilares devant des parodies de films de SF. Tongue in cheek, oui. Mais jamais moqueur. A la manière de l’excellent Panique à Florida Beach de Joe Dante, autre titre important de l’époque que Popcorn devançait, l’heure n’est jamais à la gausserie mais plutôt au respect dû à ces petites récréations jamais très finaudes mais faisant de leur mieux pour assouvir la soif de bizarre d’une foule prise dans une tornade de baisers, de rire, de cris et de bonbons qui crépitent sous la langue. Soit très exactement la définition de Popcorn, dont le scénario parfois inepte est toujours rattrapé par ses bonnes intentions.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Mark Herrier, Alan Ormsby
  • Scénario : Alan Ormsby
  • Production : Gary Goch, Ashok Armitraj, Torben Johnke
  • Pays : USA
  • Acteurs : Jill Schoelen, Tom Villard, Dee Wallace, Derek Rydall
  • Année : 1991

Merci au bro Jay pour le dividi !

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