La Soeur de Satan (The She Beast / Revenge of the Blood Beast)

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Etoile trop filante du cinéma bis européen, Michael Reeves n’aura eu le temps d’illuminer le ciel noirâtre de l’épouvante qu’à trois reprises : via La Soeur de Satan en 66 tout d’abord, puis au détour de La Créature Invisible (aka The Sorcerers avec Boris Karloff) en 67 et, surtout, du beau classique Le Grand Inquisiteur avec Vincent Price en 68. C’est le premier du trio, plus connu sous ses noms américain (The She Beast) et anglais (Revenge of the Blood Beast), qui passe au billard aujourd’hui pour révéler des premiers pas trébuchants mais néanmoins prometteurs.

 

 

Terrible perte que celle de Michael Reeves, emporté dans une nuit de déprime par le cocktail terrible de médicaments et d’alcool, alors qu’il n’avait que 25 ans. Jeune mais déjà un véritable démerdard, qui alla tout de même frapper à la porte de Don Siegel pour que celui-ci parraine son début de carrière. Ce que le réalisateur de L’Inspecteur Harry fit, sans doute touché de voir un petit gars du sud-est de l’Angleterre venir le réveiller à l’heure du café pour lui dire qu’il est indéniablement le plus grand metteur en scène d’Hollywood. Comment résister ? Après quelques basses tâches à droite et à gauche, Reeves passe donc aux choses sérieuses via Revenge of the Blood Beast, petit budget qu’il espère tourner rapidement avec son ami Ian Ogilvy en lead. Séduit, Paul Maslansky, futur producteur heureux des Police Academy, accepte de filer un coup de patte au petit jeune et le pousse à partir en coproduction avec l’Italie, à une époque où Rome s’était littéralement changée en usine à pellicule. En fin connaisseurs des lois du marché, Maslansky souffle même à l’oreille de Reeves l’idée d’embaucher un nom résonnant joliment aux oreilles des fanatiques de l’épouvante. Une leçon que le petit Michael retiendra puisqu’il cassera les tirelires pour avoir de vrais aimants à fantasticophiles dans ses deux efforts à venir. Mais avant d’affronter les mythes Karloff et Price, son pote Ogilvy eut la chance de s’allonger contre Barbara Steele, plus ou moins arnaquée par un Maslansky à qui elle n’adressera plus la parole durant deux décennies. Il faut dire que le roublard lui promit quelques 1000 dollars pour une seule journée de travail… sans préciser que celle-ci durerait 18 heures ! On peut comprendre que la star du Masque du Démon l’eut mauvaise, d’autant qu’elle se fait vite remplacer par une doublure masculine portant un vieux chou-fleur pourri en guise de masque. Celui d’une sorcière sévissant dans la Transylvanie d’antan, coupable d’avoir attiré les petits n’enfants dans sa grotte située non loin d’un lac, et courrouçant fort justement les parents de la région. En vrais villageois fâchés, ils agrippent torches et fourches et s’en vont déloger la furie pustuleuse, bondissante et griffeuse, mais qui n’en finit pas moins attachée à instrument de torture ressemblant à une catapulte. Transpercée par un pieu de fer chauffé à blanc et noyée, elle promet de revenir se venger sur les générations futures de ses bourreaux, qui auraient mieux fait de l’exorciser plutôt que de lui faire boire un inutile bouillon…

 

 

On saute dans le temps et nous passons donc aux années 60, alors que la Steele et le Ogilvy traversent la Transylvanie pour une lune de miel qui prendra l’eau. Et littéralement : leur voiture plonge dans le lac et la belle Barbara en ressort dans le coma et surtout avec le visage boursouflé de la mégère des temps passés… Pas la peine de le dire, mais elle aura une sacrée saute d’humeur au réveil. Drôle de film en vérité que The She Beast, voulu comme un sommet de terreur par Reeves mais recalibré en cours de route par Maslansky. « Michael voulait faire un film effrayant, mais nous nous rendions bien compte que tout cela ne faisait pas très peur. Nous avons donc poussé l’aspect campy du projet. » Comprendre que cela rira sous cape et que l’extravagance du récit sera désormais soulignée par quelques dialogues moqueurs, au point que notre bande ensorcelée finit par se faire satyre, voire pamphlet, de l’alors toute puissante Hammer Films. Sous l’oeil de Reeves, l’illustre famille Van Helsing sera représentée par un vieux fou vivant dans une grotte et passant son temps libre à faire de la balançoire. Et lorsque Barbara Steele traversera cette campagne grisonnante, elle ne manquera pas de se moquer de Dracula et des possibles loups-garou qui la hantent, tel un croche-pied fait à des créatures jugées comme vieillottes. Il est vrai que la ugly witch du titre renvoie la majorité des classic monsters au rang des menaces mineures, elle qui vocifère, pratique l’infanticide, laboure un hôtelier à la serpe et a des asticots qui lui percent les pupilles dans son sommeil. Les momies romantiques et les fantômes de l’opéra chantant sont effectivement loin, et malgré un maquillage que certains qualifieront de grossier, la démoniaque déploie une violence et une pestilence bienvenues pour la rendre dangereuse. On ricane donc moins que ce que Maslansky veut bien croire lors de ses assauts, et on regrette presque cette dérision perpétuelle à laquelle La Soeur de Satan ne manque pas de s’adonner.

 

 

Passe encore ces quelques bons mots à l’esprit so british, où le vieux Dr. Van Helsing prétend que la sorcière est sa mère pour pouvoir en récupérer le corps auprès de la police, voire même ces sarcasmes à l’encontre des légendes locales dont le maigre effet est de coller un sourire en coin au brave Ogilvy. Par contre, nous n’avalerons pas cette course-poursuite finale en accéléré entre deux voitures, digne des moments les moins fins du Gendarme et les Gendarmettes. Ne manquent effectivement qu’un Cruchot râleur et une bonne sœur hilare pour que Revenge of the Blood Beast vire à la farce à la française, effaçant d’un rire forcé les belles mesures prises avant cela par Reeves pour alourdir l’ambiance. Difficile en effet de passer d’un Mel Welles (L’Attaque des Crabes Géants), paysan crasseux et pervers occupé à violer sa propre nièce, à des gags si gras que même un Benny Hill aurait hésité à caser dans son show. The She Beast devient mathématiquement le thé tiède de cette chaude trilogie du désespoir imaginée par Reeves, et à l’image du tragique destin de son auteur, elle nous abandonne à la frustration.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Michael Reeves
  • Scénario : Michael Reeves
  • Production : Paul Maslansky, Michael Reeves
  • Pays: Grande-Bretagne, Italie
  • Acteurs: Ian Ogilvy, John Karlsen, Barbara Steele, Mel Welles
  • Année: 1966

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