Zombie Nightmare

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Si le canadien Zombie Nightmare (1987) nous aura appris quelque-chose, c’est que mieux vaut éviter le délit de fuite lorsque l’on vient de renverser le costaud Jon Mikl Thor, culturiste et (petite) star du heavy metal, puisque ce blond Musclor se fera Skeletor et sortira du cercueil pour forger sa vengeance d’outre-tombe à la batte de base-ball. Songez-y la prochaine fois que vous ferez des dérapages sur le passage clouté.

 

 

Grâce ou à cause (c’est selon) du conquérant Freddy Krueger, indiscutable monarque de l’horreur des années 80, apposer le terme « Nightmare » sur un maximum de VHS huileuses faisait toujours bien, telle une assurance de vider les stocks en moins de temps qu’il n’en faut pour en rêver. Et tant pis si aucun personnage ne songera de zombies dans Zombie Nightmare, ni qu’aucun revenant peine à y trouver le sommeil d’ailleurs : nous connaissons la pratique et savons fort bien qu’il ne faut jamais prendre les titres de Série B au mot. Oublions donc l’onirisme et comprenons que l’ensemble se veut la cauchemardesque sortie de terre d’un costaud nécrosé, ivre de revanche. Pas le temps d’y gamberger de toute façon, le générique de début invitant au twerk sauvage en lançant les hostilités musicales via le classique parmi les classiques « Ace of Spades » de Motörhead. D’autres délices heavy sont d’ailleurs à prévoir, la bande-son renfermant les coups de Flying V de Girlschool, Pantera (bien avant qu’ils ne modernisent leur son), Virgin Steel et bien sûr Thor, groupe de Jon Mikl Thor. John Fasano, réalisateur des terreurs hard-rock Black Roses et Rock’n Roll Nightmare (tiens, encore un!) aurait-il quelque-chose à voir dans l’affaire, lui qui fit du dieu nordique du riff gras la star de Rock’n Roll Nightmare ? Oui et pas qu’à moitié puisqu’en plus d’être le scénariste de l’exhumation du jour, il en serait aussi le co-réalisateur non-crédité, laissant les relatifs honneurs à Jack Bravman, par la suite au rebond sur le slasher branché basket Night of The Dribbler (1990). Un mecton moins connu pour ses paniers à trois points que pour ses parcours à neuf trous puisqu’il fut avant tout l’une des chevilles ouvrières de l’industrie du porno. Un CV à l’odeur de foutre qui étonne à la seule vue de Zombie Nightmare, totalement safe for work vu qu’aucun soutif ne sera arraché par les dents gâtées de Jon le mort.

 

 

Est-ce à dire que Bravman aurait été peu à peu évincé par Fasano, ce que les rugissements fréquents de Lemmy et des guerrières de Girlschool en fond sonore laissent imaginer ? Peut-être pas, car en faisant du zomblard furibard un joueur de base-ball et en envoyant ses futures victimes sur un terrain de tennis, Zombie Nightmare se fait sportif et construit un petit pont vers Night of the Dribbler. On supposera donc que l’influence des deux auteurs fut à peu près égale. Est-ce à dire que le résultat en ressort grandi ? Pas vraiment, et comme bien des œuvres triturées par de trop nombreuses mimines, le présent come-back from the dead tire dans de trop nombreuses directions différentes et finit par aboutir à une étrange mixture entre vigilante flick, film de mort-vivant, slasher et polar 70’s. Tout débute ainsi par le meurtre d’un bon père de famille passionné de base-ball joué par Fasano lui-même, poinçonné alors qu’il défendait une jeune fille lors d’un viol. Décédé, il laisse derrière lui femme et enfant malheureux, le fiston devenant avec les années le beau et grand Tony (Jon Mikl Thor bien sûr), sorte de Steven Seagal avant l’heure, toujours présent pour aider tout le quartier. Surtout lorsque celui-ci se retrouve à nouveau terni par les agissements de quelques vestes en cuir sniffeurs de coke, qu’il chasse notamment du night and day de l’Italien le plus stéréotypé du septième art (« Mamma Miaaa ! » crie-t-il lors du braquage). Des bastons pas crédibles pour un sou – faut voir les positions et mouvements de Thor, hilarantes – mais qui donnent la gaule à notre héros, dont le jogging gris prend la forme d’un chapiteau assez fréquemment. Raide, il le deviendra pour de bon lorsque des gosses de bonnes familles persuadés d’être de vraies racailles le renversent avec leur bagnole, fuyant ensuite pour ne pas finir leurs jours en case prison.

 

 

Zombie Nightmare n’a qu’un petit quart d’heure à son actif qu’il fait déjà des merveilles question cheesyness : du fute cachant mal la demi-molle du Thor aux talents de comédiens des uns et des autres, sans compter ces pugilats dignes d’un épisode de Sous le Soleil, tout promet déjà un divertissement pur premium. Et ça continue dans le rire gras avec la réaction de l’épicier rital et de deux voisins, qui plutôt que d’appeler une ambulance ou la marée-chaussée décident d’envelopper la dépouille de Tony dans une vieille couverture de bûcheron et de l’amener à sa pauvre mère. Le sens des priorités. Connaissant une vieille dingue nommée Molly Mokembe présentée comme une prêtresse vaudou, la reum ordonne aux amis de son fils de lui livrer le corps, auquel la sorcière saura redonner sa vigueur d’antan. Quelques rites interdits et une énorme dose de surjeu plus tard – la fameuse voodoo girl mérite la couronne de pire actrice jamais passée sur un tube, et on ne s’étonnera guère que la Manushka Rigaud qui l’incarne arrêta le cinéma après cela tant elle est risible – Tony est fin prêt pour démolir du petit con tel un Hulk des cimetières. Certes, il n’a plus son joli teint (et n’est plus incarné par Thor, finalement peu présent à l’écran) et son beau sourire, mais sa hargne et sa soif de justice crèvent suffisamment le plafond pour qu’il brise des nuques et enfonce sa batte dans un estomac. Pas très gore, mais au moins le duo Fasano/Bravman s’amuse-t-il avec sa caméra lors des meurtres : cadrages audacieux (ou foirés et bizarroïdes, ça dépend du point de vue), courses-poursuites en vue subjective comme dans un bon slash’ des bois, ralentis sur la démarche d’un Tony déjà plus très vif depuis son passage devant Saint Pierre… Zombie Nightmare n’est sans doute pas la mieux réalisée des pelloches des 80’s, mais au moins donne-t-elle l’impression que son équipe technique fit autre-chose que de planter la caméra devant des acteurs inertes. Ca bouge pour le dire autrement, même si ce n’est malheureusement plus pour longtemps…

 

 

Car arrivé à mi-chemin, le film décide de freiner des deux pieds et coller aux basques d’un jeune inspecteur se battant à la fois contre ce titan plein d’asticots venu faire le ménage à coups de swing dans les caboches des teens, et contre une hiérarchie n’avalant pas sa version. Ou qui fait semblant de ne pas y croire, le capitaine de police (incarné par Adam West, le Batman des sixties) connaissant en vérité fort bien Molly la folle, avec laquelle il a un compte à régler. Si possible en lui vidant un chargeur dans le buffet… Et c’en est fini de Zombie Nightmare dès que la police s’en mêle, le récit s’embourbant dans des vérifications et entretiens de témoins dont tout le monde se branle, la présence de Tony et des gosses qu’il pourchasse (dont une jeune Tia Carrere) se réduisant à peau de chagrin pour faire plus de place à Adam West, seul nom véritablement connu du bidule puisque Thor ne causera qu’à trois ou quatre chevelus maximum. On s’emmerde un peu beaucoup, mais jamais passionnément, et il faudra attendre ce final voyant un mort sortir de sa fosse pour tirer le capitaine en enfer et le nouveau défilé de mimiques et gestuelles ridicules de la part de la Manushka Ribaud pour que notre intérêt remonte en flèche. Mais le mal est malheureusement fait : s’il se redresse bel et bien, Zombie Nightmare le fait trop tardivement. Fasano fera bien mieux avec les nettement plus dingues et mieux dirigés Rock’n Roll Nightmare et Black Roses.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Jack Bravman, John Fasano
  • Scénario : John Fasano
  • Production : Jack Bravman, Pierre Grisé
  • Pays: Canada
  • Acteurs: Jon Mickl Thor, Adam West, Frank Dietz, Tia Carrere
  • Année: 1986

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