Sorority Slaughterhouse

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Depuis le coup d’envoi de sa carrière horrifique avec Dreamaniac en 86, David DeCoteau n’a pas pris beaucoup de récré. Car près de 160 films plus tard, la question se pose : faut-il encore attendre du gazier autre-chose que de l’érotisme soft car pensé pour les chaînes câblées et de l’effroi sans sautes d’humeur puisque taillé pour ne laisser aucun spectateur trop impressionnable sur le bas-côté ? Le pas glop Sorority Slaughterhouse (2016) ne fait en tout cas rien pour dissiper nos doutes…

 

 

Comment serait notre pauvre monde si Dave DeCoteau n’en ferait pas partie ? Meilleur ? Moins bon ? Ce qui est assuré c’est que les noms Linnea Quigley, Brinke Stevens et Michelle Bauer nous seraient restés étrangers et que ces Scream Queen jamais contre un petit savonnage entre bonnes copines se débattraient toujours avec l’anonymat. Sûr et certain aussi que sans le chauve à lunettes, nos zéderies du week-end contiendraient beaucoup moins de jeunes étalons en slip blanc, venus nous rappeler que l’on a encore une lessive à lancer. On se moque donc souvent du poto Dave, mais soyons aussi honnêtes et objectifs en rappelant que tout imparfaits furent-ils, et on pourrait entre autres leurs reprocher des ventres mous (l’une des marques de fabrique du réalisateur), ces Dreamaniac, Sorority Girls in the Slimeball Bowl-O-Rama, Creepozoids, Nightmare Sisters et autres Murder Weapon dispensaient leur lot de bons moments. Pas de la grande pâtisserie ou le ballotin de pralines hors de prix, mais des petits bonbons pas chers qui tiennent en bouche et ne risquent pas de vous coller une indigestion. N’empêche que depuis vingt piges, c’est plus trop ça, au point que DeCoteau en est largement retourné à ses premiers amours : les éphèbes aux gros carambars empaquetés dans des falzars immaculés, sa carrière revenant pour ainsi dire à son point de départ puisque le bonhomme débuta dans le porno gay. Avec de temps à autres quelques films d’horreur improvisés en un week-end pour tromper l’ennui et les soirées au dortoir de ces Messieurs, comme justement ce Sorority Slaughterhouse venu nous conter la belle histoire de Bobo le clown. Bobo, c’est une petite marionnette comme Charles Band aime à les ajouter à sa collection de Puppet Master, puisqu’il mesure 30 centimètres et se trouve fréquemment pris de pulsions meurtrières. Vengeance crie donc le petit jouet, animé par la rage qui habitait auparavant Eric Roberts, doyen d’une université fricotant à l’occasion avec les lycéennes et fraîchement largué par l’une d’elles. Déboussolé par la fin de sa liaison, il agrippe un pistolet, se fait une partie de roulette russe en surjouant et en jetant un regard à peine furtif vers le technicien sur droite, qui tient probablement des pancartes avec ses dialogues. Parce que c’est Eric Roberts, qu’il n’en a rien à foutre et qu’il est probablement payé vingt dollars pour une heure de présence sur le plateau. Evidemment, il perd sa partie, se prend une bastos dans le crâne, son âme est transférée dans la poupée vaudou et v’la-t’y pas qu’il décide d’aller faire payer à son ex ses envies de distance.

 

 

Du pur DeCoteau que ce Sorority Slaughterhouse, le metteur en scène signant d’ailleurs son crime au détour d’une scène mettant en avant un bellâtre digne d’un boy’s band portant le calbute blanc. On ne se refait pas. Et on ne devient pas du jour au lendemain, et surtout pas pour un gros Z que personne ne regardera jamais jusqu’au bout, un réalisateur zélé. Toujours aussi pantouflard, David se contente ainsi de ces sempiternelles et interminables promenades entre teenagers bavards dans une villa en bord de mer, les uns et les autres, à la mode McCain, parlant beaucoup de cul sans jamais consommer. Ca bronze, ça se douche, ça se touche, ça s’échange de prudes baisers dans la pataugeoire, mais ça ne montre jamais le plus petit bout de téton, ni même un cul sans sa serviette. Et ce sans forcément miser plus en avant sur le gore, car si Bobo varie ses méthodes d’équarrissage, il s’assure aussi qu’aucune ne pousse DeCoteau et sa clique à devoir passer un coup de serpillière dans la luxueuse bicoque qui leur a été prêtée. Ballon de baudruche gonflé dans la gorge (Bobo s’étonne lui-même du caractère saphique du meurtre : fallait diriger les mirettes sur le C.V. de ton employeur, gros), étranglement à la corde à sauter, bidon de Destop vidé dans le gosier… Du Chucky à la fois réservé aux adultes de par l’omniprésence des références sexuelles… et aux gosses de par l’absence de sang à l’écran, si ce n’est lors d’une tarte à la crème assaisonnée aux lames tranchantes et jetée à la face d’un petit brun. Mais l’effet se résumant à du coulis de framboise versé sur les pommettes de la victime, nous étoufferons notre joie dans l’oeuf. Frustrant tout de même…

 

 

Il y avait pourtant de l’idée dans le script, même si c’est probablement par accident. Ainsi, l’une des gourdes de la sororité s’entraîne à la magie noire et parvient à lier ses sensations à celles de l’une de ses camarades. Donc lorsque l’une atteint l’extase au lit, l’autre jouit aussi ; et quand la première se cogne le petit doigt contre la table de la nuit, la seconde hurle de douleur à son tour. De quoi, en principe, épicer un brin la traque de Bobo. Las, DeCoteau n’utilise ce ressort scénaristique que pour pousser ses dindes à se pincer les miches de façon vaguement (très vaguement) érotique et pour des gags enfantins… De même, sa scène la plus courageuse sur le papier devient incroyablement sobre à l’écran : étudiante en lettres, l’une des fifilles écrit un roman porno et décide de sortir le vibro pour stimuler son imagination. Mais en panne de piles, elle décide de remplacer le gode vibrant par Bobo, sensiblement de la même taille. Le pantin ne se fait évidemment pas prier et se laisse insérer dans l’intimité de la jeunette… pour mieux la tuer de l’intérieur ! Dit comme ça ça vend du rêve, mais on n’a même pas un petit cauchemar dans la lucarne, DeCoteau filmant des gros plans sur le sourire de son monstre et des draps de lit qui s’agite. Sorority Slaughterhouse aurait donc gagné à se radicaliser et travailler un peu son rythme, ne valant dès lors votre curiosité malsaine que pour entendre la voix désincarnée, et que l’on devine parfumée à la vodka, d’un Eric Roberts je-m’en-foutiste au possible. Certaines tirades étant plutôt drôles, c’est toujours ça de pris, même si cela fait encore trop peu.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : David DeCoteau
  • Scénario : Rolfe Kanefsky
  • Production : David DeCoteau
  • Pays : USA
  • Acteurs : Eric Roberts, Jessica Morris, Jean Louise O’Sullivan, Alexia Quinn, Anthony Caravella
  • Année : 2016

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