The Cellar

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Après avoir participé à un concours de lancer de hache avec des mauvais esprit au détour de Witchboard (ou Ouija chez nous, 1986), on enfonce à nouveau nos petites têtes dans la besace de l’alors plutôt prolifique Kevin Tenney (Witchtrap, Demon House, Witchboard 2, Pinocchio’s Revenge) pour y mordre à pleine dents dans The Cellar (1989). Pas tout à fait une bande qu’il put faire sienne…

 

 

A entendre Kevin Tenney, The Cellar n’avait pas grand-chose de la partie de plaisir et ne tiendra pas de l’impérissable souvenir à ses yeux. Faut dire que s’il fut parachuté sur le projet, ce fut plutôt par accident qu’autre-chose, la production ayant décidé de virer le réalisateur originel, John Woodward (aussi scénariste de l’affaire), coupable après huit journées de shooting d’avoir trois ou quatre jours de retard sur un planning qui en comptait vingt. Les limaçons ne font pas long feu dans le sonique monde de la Série B… Appelé à la rescousse, Tenney fut forcé de sauver le projet à la hâte, sans même pouvoir s’octroyer quelques réécritures qu’il jugeait pourtant nécessaire au bon déroulement des opérations. Il reçoit le script le vendredi, rencontre les producteurs le samedi, s’envole pour l’Arizona le dimanche et dirige des comédiens qu’il ne connaît ni d’Eve ni d’Adam le lundi. Et tout cela sans pouvoir refaire les scènes emballées par Woodward, évidemment. Pas le temps pour le fignolage… De quoi ça cause, d’ailleurs, The Cellar ? Grosso-merdo d’un gros toutou pas jouette et guère du genre à vous ramener la baballe, sauf si celle-ci ressemble au crâne à moitié mâchouillé d’un marmot encore loin de sa puberté. Un démon invoqué jadis par des indiens Comanches pour repousser l’homme blanc, et qui se sont retrouvés par la suite avec un clebs infoutu de gagner le moindre concours canin sur les bras. Du coup ils l’ont enfermé dans une caverne souterraine, des siècles plus tard transformée en cave d’une fermette isolée. C’est là que l’habituelle et gentille petite famille recomposée vient poser ses valoches, le jeune Willy (Chris Miller, plus tard un habitué du doublage de dessins-animés) découvrant bien vite qu’un truc gluant et auquel on n’a pas envie de faire des doudouces tourne en rond dans le cellier. Comme son nerveux de père Mance (Patrick Kilpatrick, Minority Report et Coups pour Coups) ne croit pas une seconde au fait que son fiston a croisé un cerbère, pas plus que les mises en garde de Rord Rainey (Halloween II), classique vieillard qui en sait long sur l’histoire chahutée des lieux, le p’tit Willy devra se démerder seul pour renvoyer la bête dans sa niche.

 

 

Rien de très original à dire vrai, et c’est parce que Maman, j’ai raté l’avion ne sortira qu’une année plus tard que l’on ne peut crier à l’inspiration Home Alone. C’est qu’à l’image du blondinet Macauley Culkin, personne n’écoute vraiment Willy, forcé de poser des pièges un peu partout et d’enquêter avec ses propres moyens pour découvrir si, oui ou non, un big bad motherfucking monster vit sous son plancher. Du kids horror movie ? Oui et non : à la base prévu pour être interdit aux moins de 16 ans, c’était franchement que The Cellar devait taper de la patte sur la table et même proposer une scène de nu. Sauf que les pages les plus virulentes ou chaudes du calbute furent arrachées du script par les producteurs, finalement désireux de sortir une cassette que les marmots de 13 ans pourraient louer sans risque. De quoi frustrer sérieusement le pauvre Tenney… « L’histoire était trop mature pour attirer des enfants, mais aussi trop insipide pour plaire aux adultes. A chaque fois que l’on me demandait quel genre de film d’horreur j’étais en train de réaliser, je répondais que c’était le type d’épouvante que Disney ferait s’ils tournaient des films d’horreur. Et il y a une bonne raison pour laquelle ils ne font pas de films d’horreur. » Comprendre que difficile à trouver est l’équilibre entre film familial et effroi efficace… Et il est vrai que The Cellar peine à jongler entre ses différentes velléités, les gentillettes aventures de Willy se mariant assez mal aux attaques du monstre et aux coups de sang de son père, pas loin en fin de bobine de tomber les pieds joints dans la violence extraconjugale, Mance secouant sa femme et enfermant Willy et sa petite dernière, encore poupine, dans la cuisine en hurlant comme un beau diable.

 

 

Tenney voit donc juste : un spectateur en âge de se raser ne verra probablement que peu d’intérêt dans cette Série B correcte mais trop docile (quelques doigts coupés et ça sera tout question gore), mais des parents ne se risqueraient pas non plus à poser leurs chiards devant The Cellar, dont le monstre, au demeurant fort réussi, pourrait leur occasionner quelques nuits blanches. Un dur rôle d’équilibriste que ne parvient jamais vraiment à remplir Tenney malgré toute sa bonne volonté et l’efficacité de certaines scènes (toutes classiques soient-elles, les attaques de la bête font le taf’). Garni d’un bon esprit, le réalisateur tente dans tous les cas de tirer le meilleur de cette expérience décevante : «  C’était un bon apprentissage. J’ai eu l’occasion de travailler avec des enfants, des insectes et toutes sortes d’animaux pour la première fois, et cela m’a permis de voir si je pouvais réfléchir rapidement et retomber sur mes pieds. J’ai pu acquérir suffisamment de confiance en moi pour me lancer ensuite dans des projets difficiles qui m’auraient peut-être semblé trop compliqués si je n’avais pas fait The Cellar» Les ratages – très relatif dans le cas présent – sont souvent plus formateurs que les réussites.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Kevin Tenney, John Woodward
  • Scénario : John Woodward
  • Production : Steven Berman, John Woodward, Patrick Wells
  • Pays: USA
  • Acteurs: Chris Miller, Patrick Kilpatrick, Suzanne Savoy, Ford Rainey
  • Année: 1989

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