Le Monde des Vampires

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Avec son blase à faire frémir un hypocondriaque, Alfonso Corona Blake n’a rien pour devenir top tendance Allociné et Senscritique cette année. Et c’est bien dommage. Certes, son mexicain Monde des Vampires (1961) reprend de nombreux éléments du Dracula version Lugosi sans que son blood sucker ne parvienne à hypnotiser les foules comme le faisait le dieu Bela. Mais avec son armée de goules impassibles, sa cave aux gouffres de pointes, son bossu bagarreur et ses rituels flirtant avec le satanisme, le réalisateur de Superman contre les Femmes Vampires (1962) délivre suffisamment d’esquisses tombales pour attirer les oeillades.

 

 

Trônant au milieu d’une pièce simplement décorée de quelques rideaux et d’un portrait d’homme, un cercueil de pierre orné d’armoiries ouvre lentement sa mâchoire de roc pour que s’en extirpe le Comte Sergio Subotai (Guillermo Murray). Cape noire, col de vampire, regard fixe et lèvres scellées, le sinistre rejoint son sous-terrain où est entreposé son orgue osseux, auquel il s’installe pour que résonnent ses noires arias. Des mélodies à l’effet immédiat, puisque sortent des tombes environnantes et des creux dans la roche ses goules. De jolies demoiselles aux robes immaculées pour les femmes, hideuses et de marbre (et pour cause, les figurants n’ont pas eu droit à de véritables maquillages et se coltinent à la place des masques aussi ridicules qu’attendrissants) pour les hommes. Désormais bien entouré, Subotai s’aventure au dehors, là où la brume se fait épaisse et pousse à l’égarement un jeune couple, comme de juste capturé par l’armée des morts au service du Comte aux dents longues. Une fois sa victime attachée à une stèle, et alors qu’il s’apprête à la poignarder au nom d’un certain Astaro, probablement pas son épicier, Subotai dévoile ses cruelles intentions, dirigées par une haine sans limites pour la famille Colman, coupable de l’avoir assassiné cent ans plus tôt. Son but est donc simple : propulser six pieds sous terre le Sir Colman (José Baviera) après avoir transformé en esclaves nocturnes ses deux nièces, Mirta (Silva Fournier) et Leonor (Erna Martha Bauman). Et tant qu’il y est, il agrandira ses troupes maléfiques avec pour but ultime de réduire à néant la race humaine, remplacée par ce fameux monde des vampires. Les solariums tirent la gueule, mais l’amoureux de l’épouvante d’un autre âge se laisse enchanter par cette belle introduction, peut-être un peu grandiloquente lorsque le discoureur Subotai prend la parole mais beau fantasme noir et blanc même dans ces bavards instants. Les goules traversent de larges toiles d’araignées, leurs doigts griffus soulèvent le battant de leurs sarcophages et Alfonso Corona Blake s’amuse à faire glisser sa caméra dans cette grotte en liaison directe avec l’enfer.

 

 

Ca commence donc bien. Et se termine bien aussi : échange de coups de poing avec le bossu mutique au service de Subotai, pugilat avec les goules, chute dans un puits de pics, transformation progressive pour Rodolfo (Mauricio Garcés), preux héros venu défier les oiseaux de nuit, malheureusement mordu dans son sommeil par une Leonor ayant accepté le baiser glacer de Subotai. Car dans la grande tradition du genre, le vampire se veut charmeur, ces dames laissant leur fenêtre ouverte la nuit tombée dans l’espoir que leur glacial amant apparaisse au balcon. Et s’il ne vient pas à elles, elles iront à lui, traversant bois embruinés et cimetière pour recevoir la morsure finale. C’est d’ailleurs en cette moitié de métrage que Le Monde des Vampires se prend les pieds dans la cape, car reprenant trop bien à son compte la petite routine des adaptations de Bram Stoker, avec son notable maléfique s’invitant aux réceptions pour y jeter un froid et séduire la bourgeoise. Pas dérangeant malgré ses dialogues étirés, mais disons que l’on connaît la chanson. Il en est d’ailleurs plus que question ici, tant l’apport du scénariste Ramón Obón, dont on ne saurait minimiser sa participation à l’essor du cinéma populaire mexicain, au mythe vampirique se trouve dans l’utilisation des symphonies pour manipuler les hommes du Bien ou, à l’inverse, repousser les forces du Mal. Subotai se lance donc dans un concert underground pour contrôler les siens, tandis que Rodolfo, en bon étudiant des changements que peuvent opérer les sons sur les êtres vivants, joue du piano pour faire grincer les canines de l’ennemi. Un changement bienvenu dans le train-train du genre.

 

 

Très solide effort que celui-ci en définitive, dont les esprits chagrins ne déploreront que les scènes avec les chauves-souris, pas très crédibles. Des roussettes de farce et attrape que l’on agite avec trois fils devant la caméra, quelquefois honorées d’un visage humain pour un rendu très « autre », et le temps d’un plan un véritable chiroptère qu’un technicien tient en hors-champ. Pour le commun des fantasticophiles, les disgracieuses envolées de ces bouffeurs de moustiques a toujours été le pieu dans le palpitant du vampire flick d’antan, que l’on parle de la Universal, de la Hammer ou bien évidemment des productions plus bis et fauchées encore. Cela se comprend, mais j’avoue que réussis ou non, les ballets de ces chauves-souris caoutchouteuses me fait toujours l’effet d’être à la maison, de retrouver un cocon douillet que l’on ne connaît que trop bien, et sans doute jusqu’à ses pires défauts, mais un cocon tout de même. Le Monde des Vampires en est un véritable lui aussi, et se fait joliment remarquer dans un sous-genre pourtant particulièrement chargé à l’époque. Preuve de sa qualité.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Alfonso Corona Blake
  • Scénario : Ramón Obón
  • Production : Abel Salazar
  • Titre Original : El Mundo de los Vampiros
  • Pays: Mexique
  • Acteurs: Guillermo Murray, Silvia Fournier, Mauricio Garcés, José Baviera
  • Année: 1961

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