The Loreley’s Grasp

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Principalement et à jamais connu pour sa horde aveugle de templiers osseux, l’Espagnol Amando de Ossorio peut aussi à l’occasion être un homme à femmes. Bon, celle de The Loreley’s Grasp (1973) a la basane écailleuse et survit grâce à un régime très strict uniquement composé de coeurs humains, ce qui n’en fait pas vraiment la candidate idéale pour le concours de Miss Monde malgré le regard perçant de son interprète, notre vieille copine Helga Liné. Mais avouez qu’il y a un indéniable mieux question sex symbol, non ?

 

 

Si le vieil Amando troque, pour un temps seulement, ses blind dead chevauchant leurs montures en vue de rougir toujours plus de nuits pour une épouvante plus féminine, ce n’est pas pour autant avec la volonté de changer son fusil d’épaule ou bouleverser ses habitudes. The Loreley’s Grasp permet donc au réalisateur de maintenir à flots sa boucherie madrilène, mais aussi de garder au frais certaines de ses thématiques favorites, comme les menaces encapuchonnées fondant sur des victimes du sexe dit faible. Une certaine idée de la guerre des mondes, aussi, le modernisme ambiant se retrouvant encore et toujours meurtri par des croyances ancestrales et plus réelles que ce que le casting veut bien s’avouer. Aussi, et parce qu’il a la fibre commerciale, de Ossorio organise l’ordinaire défilé de jeunettes en jupettes, insouciantes et ricanantes jusqu’à ce que la petite sirène Helga Liné (Les Amants d’Outre-Tombe, Le Manoir de la Terreur, The Mummy’s Revenge) les rejoigne dans leur bain. Elle n’a bien sûr rien à voir avec la version tout en chansons au goût des cerises Haribo de chez Disney, notre belle des eaux, en fait une créature échappée de la mythologie nordique et se changeant, les nuits de pleine lune, en une démone mi-caméléon mi-baudroie, dont la principale occupation devient alors l’extraction de palpitant garantis gluten free des cages thoraciques. Après plusieurs morts dans une région en bordure de mer, Elke (Silvia Tortosa, Terreur dans le Shangaï Express), prof d’une école privée réservée aux filles de bonnes familles, commence à craindre pour ses protégées et, en accord avec la directrice des lieux (qui semble par ailleurs n’avoir rien à cirer des événements sordides qui noient la région dans le gros rouge), décide d’engager Sigurd (déjà chez au service d’Amando pour Le Retour des Morts-Vivants mais aussi visible dans Le Corps et le Fouet). Réputé comme étant un chasseur hors-pair et un traqueur ne lâchant jamais sa proie, il s’installe donc dans l’établissement scolaire, au grand désarroi d’une Elke peu ravie de découvrir que ses étudiantes se trémoussent à la seule vue de ce beau mâle. Elles ne sont pas les seules à craquer sur lui, la Lorelei tombant peu à peu sous son charme, tout comme une Elke de moins en moins récalcitrante…

 

 

Peu commun, le triangle amoureux peint dans Las garras de Lorelei, véritable ode au mâle alpha, symbolisé par un Tony Kendal qui ne dût pas se déplaire sur le tournage vu que tous les regards aux sourcils parfaitement épilés se retournent sur son torse bombé. Dégaine digne de celle du king Elvis, assurance et arrogance de tous les instants, guerrier presque parfait, Sigurd incarne le gladiateur moderne, celui qui transpire la violence et le sexe par tous les pores. Et si l’on pouvait imaginer que la sirène allait user de son célèbre chant pour attirer les marins dans ses griffes, on se surprend à découvrir que les rôles s’inversent. Ce seront donc ces demoiselles, et la plus monstrueuse du lot en premier lieu, qui seront inexplicablement aimantées par le trappeur, qui leur fait perdre la tête à toutes. Lorelei voit en lui le parfait époux, celui qui mérite de passer l’éternité à ses côtés au Walhalla, tandis que Elke, méfiante par nature envers la gent masculine, ravale peu à peu sa fierté et sa vigilance pour finalement tomber dans les bras du costaud qu’elle admire en secret. Quant à toutes les petites mignonnes du lycée de luxe et si typique du bis européen de l’époque – comprendre que la bâtisse n’est en rien un institut mais une belle villa avec piscine – elles n’en finissent plus de se tortiller à la moindre de ses apparitions, se présentant dans des tenues légères à leurs fenêtres dans l’espoir qu’il se hisse jusqu’à leur balcon. Une relative crétinisation des esprits féminins qui fait dire à certains que The Loreley’s Grasp, et l’oeuvre d’Amando de Ossorio en général, serait misogyne. On y verra plutôt une forme de machisme vieillot, ainsi qu’un ressort scénaristique facile pour multiplier les baisers mouillés et les étreintes interdites, l’ensemble se drapant d’un érotisme soft mais omniprésent.

 

 

L’amour c’est beau, mais l’épouvante aussi. En la matière de Ossorio confirme sa grande forme, les assauts et coups de griffes tailladant les poitrines pour en extraire leur battant tombant toutes les sept ou huit minutes. Une régularité appréciable et pratique pour faire oublier des effets très caoutchouteux, la face de reptile de Lorelei étant si ratée qu’elle s’en trouve reléguée à de très courts plans. Quant aux trucages gore, ils ne valent guère mieux et judicieuse fut la décision de les tremper dans une épaisse peinture écarlate, pour un rendu certes grossier mais aussi sacrément satisfaisant. Reste que la force du maître de l’effroi espagnol reste la même. Soit cette facilité à jongler entre un univers contemporain, les clichés du genre (l’aveugle expert en fables locales, ce savant échappé d’une série B des années 50, dont le laboratoire tient de l’animalerie, et dont la trogne sera effacée à l’acide) et une mythologie fascinante. Car malgré la maigreur de son budget, de Ossorio parvient à nous faire croire à la grandeur déchue de Lorelei, coincée dans une grotte sous-marine avec son fidèle servant Alberich (cette trogne de bis de Luis Barboo : Escalofrio, La Queue du Scorpion, Le Retour des Morts-Vivants ou encore Les Expériences Erotiques de Frankenstein) et quelques succubes se repaissant d’esclaves dont il ne reste que les ossements accrochés aux parois d’un donjon – que serait le cinéma du grand Amando sans quelques vieux crânes déposés ça et là ? Une voûte séculaire, un trône gisant au milieux de ruines rocailleuses, des trésors et leur or étalé à même le sol, quelques éclairages bien placés et vous avez votre temple paganique, ultime vestige des mondes passés. Presque de l’heroic fantasy, avec toutes ces références aux Nibelungen, ces décors magnifiques sentant la vieille pierre et les babioles millénaires, comme si votre vieux bouquins Dont vous êtes le héros se changeait sans crier gare en un bon petit roman de la Collection Gore. Le meilleur des trois mondes (car n’oublions pas cette aimable sensualité), réunis pour former l’une des plus belles réussites de la frousse ibérique.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Amando de Ossorio
  • Scénario : Amando de Ossorio
  • Production : Ricardo Muñoz Suay, Ricardo Sanz
  • Pays: Espagne
  • Acteurs: Tony Kendall, Helga Liné, Silvia Tortosa, Luis Barboo
  • Année: 1973

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